Lundi 21 septembre 2020

PERE FRANÇOIS GLORY – De la pauvreté brésilienne aux communautés d’expatriés

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 22/11/2016 à 23:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Arrivé en Thaïlande il y a un peu moins de deux ans, le Père Glory s’apprête déjà à repartir. Loin de la vie bouillonnante qu’il a menée pendant trente ans au Brésil, le curé de la paroisse francophone des Missions Etrangères de Paris a profité de son passage à Bangkok pour écrire un livre retraçant son aventure auprès des petits paysans brésiliens, tout en découvrant une communauté de croyants d’un genre qu’il ne connaissait pas. Il présentera jeudi son livre intitulé "Mes trente années en Amazonie brésilienne". Lepetitjournal.com l’a rencontré

LePetitJournal.com : Qu’est-ce qui vous a amené en Thaïlande après toutes ces années au Brésil ?

Père Glory : Il y a 42 ans, faisant partie des Missions Etrangères de Paris, j’étais destiné à l’Asie donc je suis parti au Laos en 1975. Mais une fois arrivé, le Pathet Lao a pris le pouvoir et a mis tous les étrangers à la porte. Je suis parti en France ou j’ai passé trois ans dans mon diocèse d’origine à Perpignan avant de partir pour trente ans au Brésil avec une partie des pères des MEP qui ont également dû quitter le Laos, le Vietnam et le Cambodge. Après 10-12 ans, la plupart d’entre eux sont partis mais moi j’ai eu le choix, et je suis resté. On m’a ensuite demandé si je pouvais venir remplacer le père Gouriou qui était ici mais qui était assez malade, et j’ai accepté.

Lorsque vous étiez au Brésil, l’évangélisation et la pauvreté étaient au cœur de votre vie. Votre quotidien ici est très différent. A-t-il du sens malgré tout ?

Au Brésil, je travaillais avec des Brésiliens, avec l’Eglise brésilienne et avec des organismes de défense des petits paysans. J’ai fait de l’enseignement, donc j’étais intégré à un milieu particulièrement brésilien, loin de la communauté francophone. Ici en Thaïlande,  je suis venu au service de la communauté catholique francophone, dont on peut dire qu’elle est privilégiée sur les plans économiques et culturels du moins.

C’est une mission qui a du sens, que j’aime, mais à laquelle j’ai mis des limites dans le temps car je pense qu’il y a d’autres priorités. Dans deux mois, je pars à Paris et ma mission ici s’arrête. Pour moi, c’est une expérience intéressante à plusieurs égards. D’abord, elle m’a fait me replonger dans l’Asie. En plus, elle m’a permis de faire le bilan de mes trente ans au Brésil, et d’écrire un livre militant, qui intéresse les gens car il parle de l’Eglise dont est issu notre Pape François. Je n’aurais jamais écrit ce livre si je n’avais pas été en Thaïlande où j’ai eu le temps et les conditions pour l’écrire.

Le troisième point positif est que j’ai rencontré en Thaïlande des Chrétiens français différents, qui ont besoin d’un prêtre qui les écoute, mais sont aussi habitués à être servis, à avoir un prêtre pour eux. J’ai voulu leur montrer qu’une communauté pouvait se prendre elle-même en charge. Tout n’a pas marché, mais je pense qu’on a avancé sur beaucoup de points.

Les communautés en France sont différentes des communautés d’expats, mais j’ai découvert ici une nouvelle génération de chrétiens que je ne connaissais pas, étant au Brésil, avec de nouvelles réalités et des sensibilités au niveau de la foi qui n’existaient pas, je pense, il y a quelques années.

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CONFERENCE - "Mes trente années en Amazonie brésilienne" racontées par le père Glory le 24 novembre

Le père glory vous convie à une rencontre-débat le 24 novembre à 19h 30 à la médiathèque de l'Alliance française de Bangkok pour parler de son livre "Mes trente années en Amazonie brésilienne".  

Le père Glory présentera son livre en une trentaine de minutes, et pourra répondre à toutes les questions sur les thèmes notamment de la crise politico-sociale du Brésil et sur la question de la réforme agraire des paysans sans terres!

S'ensuivra une collation et une séance de dédicaces.

L'événement est gratuit, ouvert à tous et ne nécessite pas de pré-inscription! 

Vous êtes passé du Brésil, pays catholique le plus peuplé du monde à la Thaïlande, où les catholiques sont minoritaires. Que dire des différences entre ces deux Eglises ?

On dit que le Brésil est le plus grand pays catholique du monde. En apparence, oui. Dans la réalité, une bonne partie des catholiques part dans les différentes Eglises évangéliques, et on assiste à une mentalité très païenne, avec une chrétienté plutôt culturelle. La corruption est également à tous les niveaux, pas dans l’Eglise brésilienne mais dans certaines institutions ecclésiales. A côté de cela, on a une Eglise qui dans l’ensemble tient la route, prend des positions et suit fidèlement le Pape.

Ici, on est dans un monde totalement différent, où on ne voit pas les catholiques, et quand on les voit, ce sont des communautés assez structurées, fermées sur elles-mêmes. C’est une Eglise bien constituée et organisée, mais pas pauvre pour les pauvres comme la voudrait le Pape François. Elle touche des classes privilégiées et le Clergé, souvent issu de la classe moyenne,  a des conditions de vie très favorables par rapport à celles des populations pauvres.

Interviewé par la chaîne de télévision KTO, vous avez expliqué la nécessité pour l’Eglise brésilienne de s’adapter à la culture locale et de prendre une certaine distance avec les principes et les règles théoriques de l’Eglise. Est-ce une nécessité pour la Thaïlande elle aussi ?

Il m’est difficile de porter un jugement sur l’Eglise de Thaïlande car je la connais peu, mais je pense que, globalement, dans l’Eglise en général, on avait des papes qui jusque-là rappelaient la doctrine officielle de l’Eglise.

Le Pape François ne change pas les règles de l’Eglise, mais il nous rappelle ce que Jésus a dit et fait. Il nous redit l’Evangile. La question est de savoir si on choisit de vivre l’Evangile, d’accueillir la bonne nouvelle ou si on veut s’enfermer dans notre citadelle avec un discours moral et exigeant.

Dans l’émission RFI "Religions du monde", vous avez dit avoir appris à être prêtre, au Brésil. Qu’apprenez-vous ici ?

J’ai vécu mon sacerdoce d’une manière différente ici, donc j’ai dû m’adapter à ma nouvelle situation. Je refuse de rester inactif la plupart du temps, je refuse une vie où je sois tout le temps servi, et j’ai choisi à présent de retourner en France, pour résister à la tentation de l’inertie. Je veux retrouver ma liberté d’action que je n’ai pas ici, et la possibilité de ne pas être limité dans ce que je fais à cause de la barrière de la langue, qui m’enferme dans l’enclos de la communauté catholique francophone.

J’ai vécu ici des expériences intéressantes où j’avais dans l’assemblée 90% de gens non croyants qui ont découvert un nouveau type d’Eglise. C’est important, mais ça arrive rarement. Il est difficile de rejoindre ces gens.

Que pouvez-vous nous dire de la communauté francophone catholique de Bangkok ? Est-ce qu’elle tend à s’élargir ?

Je pense que c’est une communauté dynamique, jeune et ouverte. Compte tenu du milieu duquel beaucoup de membres de cette communauté sont issus, on pourrait s’attendre à trouver des gens qui sont attachés à une forme plus traditionnelle de pratique de la foi, mais j’ai été étonné de voir l’ouverture d’esprit et le dynamisme de la communauté, et dès qu’on a des gens de passage, ils sont étonnés de constater un tel accueil et une telle ouverture de la part de cette communauté.

Je ne pense pas que la communauté augmente réellement numériquement. Tous les ans, il y a un renouvellement avec des gens qui partent et arrivent. Mais si on regarde les scouts par exemple, on a commencé avec de petits effectifs. Mais malgré de faibles moyens et un encadrement limité, on trouve le moyen de faire marcher le groupe. Il y a des sensibilités différentes dans cette communauté, mais elles ne s’entrechoquent pas, elles fonctionnent comme une mosaïque et lui donnent de l’éclat. On peut dire de cette communauté qu’elle est chrétienne, elle vit de la charité, elle aide les autres, elle est ouverte, accueillante et dynamique, car il y a de nouvelles initiatives.

On a actuellement plus de 140 inscrits en catéchèse, le groupe scout augmente, le groupe biblique marche bien, tout comme les équipes Notre Dame et la préparation au mariage.

Quels changements majeurs la paroisse a-t-elle vus ces dernières années ?

J’ai eu un petit laboratoire intéressant sur les possibilités d’une pastorale pour des Français, ici. Je ne me considère pas comme le chef, mais comme celui qui essaie de favoriser les initiatives et de donner aux paroissiens des responsabilités. Ce sont eux qui prennent de plus en plus en charge les activités. Mon rôle est d’organiser tout cela.

Par exemple, ce sont des laïcs qui gèrent les finances de la paroisse qui, animent la liturgie, qui font le catéchisme, et qui s’occupent de la préparation au mariage.

On a lancé les scouts l’année dernière, et le groupe s’est bien agrandi cette année. J’ai aussi créé un groupe de recherche d’études bibliques (CEBi) qui fonctionne assez bien et a permis à des gens de se rencontrer et de faire le point sur la foi, ce qui est positif. Enfin, nous avons mis sur pieds une équipe de préparation au mariage qui a préparé l’an dernier 11 couples dont 5 franco-thaïs.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de l’aide aux réfugiés et aux populations Karen dans laquelle la paroisse s’investit ?

Environ dix familles de réfugiés pakistanais sont en grande difficulté. Nous avons une commission qui les aide, et une équipe réfléchit aux moyens de les faire sortir de l’assistanat.

Trois pères MEP travaillent en milieu karen et, depuis des années, la communauté francophone apporte son soutien.

Une collecte est effectuée pendant le carême et une campagne [de distribution, ndlr] a lieu  à Noël. Elle est soutenue par la communauté francophone et essaie d’atteindre les jeunes du lycée français. Cela permet aux jeunes de fournir 300 sacs cadeaux pour des enfants Karen. C’est une action de dialogue, d’amitié et de solidarité qui ouvre à une autre culture, car les Karen sont marginalisés.

Nous avons d’autres projets soutenus par des équipes dans des quartiers pauvres comme Khlong Toey, par exemple. Ces projets ne s’adressent pas exclusivement aux Chrétiens. Ils sont intéressants car ils nous font sortir de notre monde.

Des francophones peu pratiquants peuvent-ils s’intégrer à cette communauté paroissiale ?

La majorité des Français de Thaïlande ne sont pas pratiquants et ne se disent pas chrétiens. A la paroisse, on touche 350 Français environ, ce qui est peu. Et tous ne sont pas très pratiquants, beaucoup sont des clients du religieux [c’est-à-dire ceux dont l’assiduité se limite aux sacrements et les grands rendez-vous, ndlr]. Mais il ne faut pas mépriser cet aspect car c’est le seul lien qu’il leur reste avec l’Eglise, par conséquent, il faut les accueillir tels qu’ils sont.

D’autres ne sont pas conscients que l’Eglise a changé, qu’ils peuvent y trouver leur place. Ils sont touchés lorsqu’ils viennent, et s’intègrent en prenant des responsabilités. Certains viennent au groupe de recherche biblique sans être intéressés par la prière, par exemple. Chez les scouts, une petite minorité n’est pas catholique pratiquante. Par des activités extra, on arrive donc à atteindre des gens qui sont pleins de bonne volonté mais qui n’ont pas encore découvert ce que pourrait leur apporter une communauté chrétienne.

Lors de certaines célébrations, l’assemblée est très peu croyante, mais trouve dans l’Eglise le réconfort de la célébration spirituelle dont elle a besoin.
Propos recueillis par Sixtine DELORT-LAVAL () mardi 22 novembre 2016
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