Édition internationale

INTERVIEW – Charles Maridor, directeur réseau de l’UCCIFE

Écrit par Lepetitjournal Bangkok
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 février 2018

La Chambre de Commerce Franco-Thai tiendra ce soir son assemblée générale annuelle et élira un nouveau président. De passage dans la région, le directeur réseau de l’Union des Chambres de Commerce et d’Industrie Françaises à l’Etranger (UCCIFE), Charles Maridor, sera présent. A cette occasion, il a bien voulu répondre à nos questions

Charles Maridor, directeur réseau de l’Union des Chambres de Commerce et d’Industrie Françaises à l’Etranger (UCCIFE) (Photo LPJ Bangkok.com LTD)

Quelles sont les raisons de votre visite à Bangkok ?
Les raisons sont la réunion de zone Asie qui se déroule à Phnom Penh cette semaine. Une quinzaine de chambres seront présentes. Pendant deux trois jours échanges d’expériences, mises en communs de bonnes pratiques et les réflexions sur tous les sujets du moment concernant notre réseau, logique régionale comment mieux servir nos entreprises sur le réseau, les services qui fonctionnent et comment doper la présence française sur la zone. Et donc cela me donnait l’occasion de faire un passage sur la Thaïlande car c’est une chambre en plus qui a beaucoup évolué ces dernières années, qui a vu son nombre de membres s’accroître, son équipe s’étoffer – ses effectifs ont quasiment doublé ces deux trois dernières années – c’est donc pour nous une chambre très dynamique sur laquelle on a un peu investi il y a deux ans lorsqu’elle a ouvert son centre d’affaires, en développant sa capacité d’hébergement pour les entreprises française. Donc c’était l’occasion de voir comment cela se présentait maintenant, et puis il y avait l’occasion de l’assemblée générale, c’était tout à fait opportun de venir à ce moment là pour avoir in situ le compte-rendu d’activité de l’année.
J’ai rencontré quelques membres du conseil d’administration et je vais rencontrer Didier Farez d’Alsthom, puisqu’il y a une autre zone qui nous intéresse, le Myanmar, où l’on a un club d’affaires qui est en train de se structurer et qui s’achemine vers le statut de chambre de commerce française à l’étranger et on les accueillera au sein de l’UCCIFE en juin prochain. Donc je profite de ce voyage pour rencontrer des chefs d’entreprise qui sont sur deux pays, car leurs avis nous intéressent beaucoup sur le Myanmar mais aussi sur la Thaïlande comme plateforme sur la zone, une approche beaucoup promue par la FTCC.

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L’UCCIFE en quelques chiffres (2012)
http://www.uccife.org/

107 chambres de commerce dans 77 pays
Plus de 800 collaborateurs dans le monde
Plus de 30.000 entreprises membres sur 5 continents
51 M€ de CA généré par le réseau de CCIFE en 2011 (+11% par rapport à 2010)

Asie-Océanie
224 collaborateurs (158 en 2011)
5.706 entreprises membres (4.497 en 2011)
2.083 entreprises ayant bénéficié de l’appui
289 entreprises accompagnées en mission
100 journées d’information pays
491 événements organisés
12,2 M€ de CA total (9,5M€ en 2011)

Afrique/Moyen-Orient
232 collaborateurs (235 en 2011)
10.387 membres (8.855 en 2011)
517 entreprises ayant bénéficié de l’appui
271 entreprises accompagnées en mission
61 journées d’information pays
213 événements organisés
12M€ de CA total (11,5M€ en 2011)

Europe
243 collaborateurs (233 en 2011)
7.372 membres (7.174 en 2011)
1.987 entreprises ayant bénéficié de l’appui
516 entreprises accompagnées en mission
254 journées d’information pays
588 événements organisés
19,1M€ de CA total (17,56M€ en 2011)

Amérique du Nord
69 collaborateurs (62 en 2011)
4.586 membres (4.532 en 2011)
226 entreprises ayant bénéficié de l’appui
76 entreprises accompagnées en mission
60 journées d’information pays
206 événements organisés
4,7M€ de CA total (3,6M€ en 2011)

Amérique du Sud
82 collaborateurs (79 en 2011)
2.092 membres (1.889 en 2011)
448 entreprises ayant bénéficié de l’appui
103 entreprises accompagnées en mission
48 journées d’information pays
169 événements organisés
3,2M€ de CA total (3,5M€ en 2011)

L’analyse des chiffres et tendances par l’UCCIFE
La tendance globale est au développement du réseau, géographiquement, financièrement et en termes d’activités. Ce dynamisme tranche, dans un contexte économique difficile ! L’Asie, dans une moindre mesure l’Amérique du Nord, l’Afrique et le Moyen-Orient, sont les fers de lance de ce développement. A l’inverse, la zone Amérique du Sud  a connu une année 2011 plus contrastée. Le développement des services d’appui aux entreprises reste différencié. L’activité de service est ainsi très importante en Europe et en Asie, où elle contribue  massivement au chiffre d’affaires des CCIFE. A l’inverse, le service d’appui aux entreprises (SAE) doit progressivement monter en puissance en Amérique du Sud, Afrique et Moyen-Orient, mais surtout en Amérique du Nord.

Comment se situe la FTCC sur l’échelle du réseau UCCIFE et son importance au niveau de la région ?
La Chambre franco-thaïe a déjà une antériorité importante sur le marché, elle a toujours été une chambre active dans notre réseau, mais qui l’est beaucoup plus depuis deux trois ans. Son directeur, Lucas Boudet, assure en plus une coordination pour le groupe ASEAN puisque l’on est organisé en zones – on a un responsable Asie, mais l’Asean étant un sous-ensemble très cohérent, plutôt que d’avoir un seul coordinateur Asie, on a préféré avoir aussi un co-animateur de ce groupe pour pouvoir développer des stratégies propres à la région. Lucas est particulièrement actif sur l’animation de ce groupe Asean, pour preuve les missions organisées sur le Myanmar, sur le Laos, la coopération qui existe avec les chambres du Vietnam, de Singapour, de Malaisie, du Cambodge. Nous essayons donc de pousser toutes les actions transversales qui peuvent être organisées entre ces CCIFE de la zone : missions croisées, activités croisées, sachant que souvent nous avons des administrateurs ou des membres implantés dans l’un ou l’autre de ces pays et qui voyagent dans ces différents pays, il y a donc des vraies synergies à développer entre ces organisations.

Pourquoi la FTCC pour jour ce rôle de coordination ?
Il est vrai que la Thaïlande a une position assez centrale sur la région, mais cela tient aussi à des questions de personnes qui ont bien voulu prendre en main cette coordination. La chambre n’a pas de spécificités que l’on ne trouve ailleurs – les chambres de la région sont toutes très dynamique et ont toutes connu des taux de croissance de leur activité très importants ces dernières années et se sont toutes renforcées sur l’activité d’appui aux entreprises. Mais c’est vrai que la Chambre de commerce franco-thaïe s’est beaucoup renforcée ces deux trois dernières années : elle a renforcé ses activités d’animation de club à travers des comités sectoriels, thématiques, pour favoriser les échanges d’informations entre les membres, pour renforcer les actions de lobbying pour défendre les intérêts de tel ou tel secteur d’activité clé pour les entreprises françaises, elle a développé son activité de business center. La FTCC est donc un bon exemple du dynamisme du réseau ces dernières années et des initiatives prises dans les pays les plus porteurs.

Quelles sont les caractéristiques d’une bonne chambre selon vous ?
L’UCCIFE, c’est 107 chambres dans 77 pays avec des chambres qui vont de une personne qui tient la boutique jusqu’à 120 au Maroc [qui compte 4.000 membres, ndlr]. On a donc des réalités qui sont très différentes, il est de fait difficile de dresser un portrait type. Cela dit, la chambre moyenne, dans le bon sens du terme, est une chambre qui emploie une quinzaine de personnes et qui compte entre 200 et 400 membres et qui a dans sa panoplie toutes les activités qui vont bien aux autres chambres de commerce : une animation de la communauté d’affaires qui soit efficace avec une bonne segmentation de ses activités, des comités sectoriels qui fonctionnent bien, des événements récurrents (un ou deux au minimum par mois) pour faire vivre cette communauté d’affaires, et, après, une activité très pratique et utile d’accompagnement des entreprises (cela va de l’information concernant les marchés jusqu’à l’implantation), avec ce qui est le point fort de nos chambres qui est l’aide à l’implantation des entreprises (domiciliation, hébergement, recrutement, facilitation de toutes les démarches de création d’entreprise qui peuvent se faire en interne ou avec l’aide de membres avocats ou experts qui apportent leur aide à la chambre, recrutement, gestion salariale, portage salarial), toutes ces activités qui sont finalement les étapes de l’installation sur un marché et comment rendre au membre la vie plus simple - en résumé, tous les services pratiques qui vont lui permettre d’aborder un marché plus facilement et à moindre coût.

Cela signifie-t-il que le rôle premier d’une chambre consiste en premier lieu à l’installation d’entreprise ? Quelle est la vocation d’une chambre de commerce ?
Il y a deux missions principales : l’animation d’une communauté déjà existante et puis la croissance de cette communauté, son élargissement. Une chambre a donc vocation à faciliter l’intégration des entreprises sur un marché et défendre les intérêts de ces entreprises, et elle doit aussi être créatrice de richesse et d’opportunités pour de nouveaux entrants. C’est là qu’est le modèle économique des chambres de commerce françaises à l’étranger : on prend une entreprise à partir du moment où elle arrive dans le pays, on l’aide à trouver des partenaires, on l’aide à se structurer et à s’implanter, durablement et, une fois qu’elle est implantée, elle devient membre, elle participe activement aux activités de la chambre, elle développe son réseau de contacts à travers la chambre, et elle devient un membre actif que l’on va servir au quotidien dans toutes les activités.
C’est là le modèle actuel des chambres de commerce, on ne peut donc pas dissocier la partie appui aux entreprises du reste, tout cela forme un tout très cohérent où toutes les activités s’imbriquent de façon très complémentaire.

Où en sont les relations avec UbiFrance ? Comment évoluent-elles ?
J’arrive en Thaïlande et je constate avec plaisir que les relations sont excellentes ici entre la chambre et UbiFrance et avec l’ambassade d’une manière générale, ce serait aberrant qu’il en soit autrement de toute façon - même si ce n’est pas toujours exactement comme cela partout – les services entre les deux structures s’articulent plutôt bien : UbiFrance agit essentiellement sur la partie prospection et information sur les marchés (première approche) et la chambre de commerce franco-thaïe est davantage sur l’accompagnement dans la durée et des services portant sur l’implantation. Il y a donc une assez bonne complémentarité. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des zones grises, des territoires sur lesquels les deux peuvent se retrouver, mais à partir du moment où l’on a des gens qui travaillent en bonne intelligence, ils arrivent à s’entendre et à être le plus complémentaires possible, voire à collaborer sur certaines opérations ou missions.

Qu’est-ce qu’une chambre de commerce a à gagner à adhérer à l’UCCIFE ?
L’Union des Chambres de Commerce et d’Industrie Françaises à l’Etranger est une sorte de fédération de ce réseau de chambres qui sont toutes autonomes, privées, et indépendantes les unes des autres. Nous avons donc un rôle qui est fondamentalement fédérateur. Nous avons une fonction de représentation et de promotion de ce réseau en France. Représentation auprès des pouvoirs publics, des différents prestataires, et puis promotion à travers un certain nombre d’outils, de plaquettes, site web, newsletter, etc. nous faisons donc le plus parler possible en France de notre réseau. Ce qui constitue l’essentiel de notre temps cependant, c’est l’animation de réseau, nous avons 107 chambres toutes indépendantes qui moulinent dans leur coin, et s’il n’y avait pas l’UCCIFE, elles continueraient à mouliner, sans échanger d’informations, sans capitaliser sur les bonnes expériences. Il est donc notre rôle de former, d’informer le réseau, de le renseigner, lui recommander les bonnes pratiques, de lui indiquer les axes stratégiques de développement. Mais surtout, il faut faire en sorte que les bonnes pratiques se diffusent : prendre ce qui se fait de meilleur dans le réseau et essayer de le mutualiser. C’est quelque chose qui a très bien fonctionné sur les dix dernières années et on en récolte actuellement les fruits (CA +8%, effectifs +8%, membres en augmentation).  
Propos recueillis par Pierre QUEFFELEC (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mardi 12 mars 2013

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Publié le 11 mars 2013, mis à jour le 9 février 2018

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