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A Chiang Mai, plus inquiétant que le Covid-19, la pollution de l’air

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 31/03/2020 à 00:00 | Mis à jour le 01/04/2020 à 07:06
Photo : AirVisual.com - Le 14 mars, Chiang Mai affichait un AQI moyen de 412, correspondant à un air de qualité "dangereuse"
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Alors que l’épidémie de coronavirus a fait baisser la pollution dans plusieurs grandes villes du monde, la province de Chiang Mai ne change rien et étouffe comme chaque année sous une épaisse chape de particules fines produite par les fumées de feux de forêt qui font rage depuis plusieurs jours sur les montagnes environnantes.

Les mois de mars et avril correspondent dans le nord de la Thaïlande au pic de ce que beaucoup appellent "la saison des fumées", une période durant laquelle plusieurs facteurs, humains et météorologiques, se combinent pour former une couverture dense de pollution aux microparticules.

Alors que des feux de forêt font rage tout autour de la ville depuis ces deux dernières semaines, les taux de microparticules de moins de 2,5 microns, appelées PM 2,5, tournent régulièrement autour des 150-200 microgrammes par mètre cube d’air (µg/m3). Ils ont parfois toutefois dépassé par endroit les 400 µg/m3 et ont en revanche rarement baissé sous la barre 100 µg/m3, avec un indice de qualité de l’air (AQI) n’indiquant quasiment jamais mieux qu’un air "malsain".

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le niveau d'exposition maximum quotidien aux PM 2,5 ne doit pas dépasser les 25 µg/m3 tandis que les autorités thaïlandaises fixent ce seuil à 50 µg/m3. Un indice de qualité de l’air (AQI) au-dessus de 100 est considéré comme préoccupant pour les personnes sensibles.

Respirées en quantités excessives et de manière prolongée, les microparticules de pollution peuvent contribuer entre autres au développement de maladies cardiovasculaires et respiratoires voire au cancer du poumon.

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Historique jour par jour en mars 2020 de l'indice AQI moyen de Chiang Mai (AirVisual)

Selon un rapport de 2019, les PM2,5 ont causé 23.800 décès prématurés en Thaïlande en 2017, rapporte le journal Bangkok Post, qui souligne que la pandémie de Covid-19, qui a plongé le pays dans la panique, amenant les autorités a littéralement mettre le pays à l’arrêt, a jusqu'à présent tué [neuf] personnes.

De plus, les données recueillies depuis le début de l’épidémie de coronavirus semblent montrer que le Covid-19 est le plus souvent mortel chez des patients âgés et/ou fragilisés, particulièrement ceux souffrant de pathologies respiratoires, ce que favorise précisement une exposition prolongée à la pollution aux particules fines.

Alors que les mesures de confinement parfois très strictes prises dans de nombreux pays touchés par l’épidémie de coronavirus ont eu pour effet de faire baisser le niveau de pollution, Chiang Mai reste en haut du classement AirVisual des villes les plus polluées du monde avec un indice AQI oscillant entre 150 ("malsain") et plus de 400 ("dangereux"), largement supérieur à d'autres villes dont beaucoup ont des populations dix fois plus importantes. 

Vieilles pratiques tenaces

Les épisodes prolongés de smog sur le nord de la Thaïlande ont lieu chaque année entre la mi-février et la mi-avril, lorsque des conditions météorologiques défavorables -air sec sans vent ni pluie- se combinent avec des émissions accrues de particules fines dans l’air. 

Ces émissions sont imputées principalement à une pratique ancienne et généralisée du brûlis dans toute la région et les pays voisins qui commence en décembre. Les gens recourent généralement au brûlis pour défricher, se débarrasser des résidus organiques, ou encore pour favoriser la pousse d’un champignon très prisé sur les marchés. Outre les émanations propres aux brûlis, il arrive que ces feux dégénèrent et enflamment la forêt, dont la végétation est particulièrement sèche en cette saison sans pluie. Il arrive aussi que les incendies soient provoqués volontairement dans une forme de représaille, comme le souligne le journal local Chiang Mai City Life.

Comparatif-pollution-Chiang-Mai

L'activité industrielle et urbaine du pôle Lamphun-Chiang Mai est aussi pointée du doigt. Néanmoins, au regard des taux tout aussi inquiétants de particules fines dans d'autres provinces de la région peu peuplées et non industrialisées il semblerait que le facteur industriel/urbain reste encore relativement marginal.

Malgré la mobilisation croissante d’une partie de la population de Chiang Mai, région très dépendante du tourisme, qui a multiplié les appels et les initiatives pour changer les choses, les autorités se montrent totalement impuissantes - ou complices suggèrent certains, pointant l’influence des géants de l’agro-alimentaire. Chaque année, alors qu’un décret interdit de faire des feux en extérieur pendant cette période, plusieurs milliers de points chauds ("hot spots") sont répertoriés par les images satellites, tandis que la population du nord de la Thaïlande est amenée à porter le masque N95 et s’équiper de purificateurs d’air, et que les écoles doivent procéder à des fermetures temporaires lorsque les taux de PM 2,5 sont trop élevés.

Néanmoins, selon Chiang Mai City Life, il reste une petite lueur d’espoir, les autorités thaïlandaises travaillant semble-t-il sur la création d’un marché du carbone en Thaïlande, un système d'échange de droits d'émissions de gaz à effet de serre, de crédits carbone et de quotas carbone, conçu pour limiter les émissions et déjà adopté dans plusieurs pays.

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