En Thaïlande, il y a musulman et musulman. L'Islam représente la deuxième religion du pays, mais pour autant les musulmans de Thaïlande sont regroupés en plusieurs communautés distinctes et aux origines diverses. Visite guidée d'une communauté religieuse aux mille visages
Souvent présentée comme intégralement Bouddhiste, la Thaïlande comprend pourtant une grande diversité religieuse et ethnique. Les musulmans de Thaïlande représenteraient 12% de la population thaïlandaise qui compte plus de 63 millions d'habitants, selon le ministère des affaires étrangères thaïlandais. Ces quelques 7,5 millions de musulmans de Thaïlande ont de multiples origines et forment des groupes sociaux distincts, ce qui rend difficile l'apparition d'un sentiment d'appartenance à une même communauté. Beaucoup de musulmans non malais portent d'ailleurs un regard très critique sur l'attitude des fauteurs de trouble dans le grand sud.
Une diversité insoupçonnée répartie dans tout le pays
44% des musulmans du pays se trouvent dans les provinces de Pattani, Satun, Yala et Naratiwat. Le reste est éparpillé dans toute la Thaïlande.
A Bangkok, les différentes communautés musulmanes se rassemblent par quartiers, nous indique le Docteur Imtiyaz Yusuf, professeur de Religion à l'université d'ABAC à Bangkok et spécialiste de la question de l'Islam en Thaïlande. Les malais venus du sud se trouvent majoritairement à Ramkhamhaeng, qui constitue le cœur de la communauté musulmane de la ville. A Bang Kwa se sont regroupés les descendants des soldats Cham (musulmans cambodgiens et vietnamiens) servants par le passé à la cour de Siam. Dans le quartier de l'hôpital Siriraj résident les descendants des plus anciennes familles musulmanes de Bangkok, d'ascendance Perse (voir l'encadré). Au fil des siècles, ils se sont progressivement convertis au bouddhisme et ont intégré l'élite dirigeante du pays. Enfin la communauté la plus récemment installée, autour de Silom-Bangrak, originaire de l'état indien du Kerala.
Un second foyer se trouve dans le Nord, principalement entre Chiangmai, Chiangrai et Mae Hong Son où l'on distingue deux communautés musulmanes : les Sud-asiatiques (principalement bengalais, pakistanais ou afghans) et les Chinois, originaires du sud de la Chine ou descendants de soldats musulmans de l'armée Nationaliste chinoise n'ayant pu rejoindre Taïwan après la victoire des communistes en 1949. De nombreuses familles musulmanes sont aussi restées autour d'Ayutthaya malgré le déménagement de la capitale il y a deux cent ans.
Une relation harmonieuse avec les bouddhistes
Malgré l'omniprésence du conflit sud-Thaïlandais dans l'actualité, une acceptation mutuelle et un respect discret caractérise la relation entre Bouddhistes et Musulmans en Thaïlande. Comme nous le fait remarquer le Docteur Yusuf, professeur de religion à l'Université d'ABAC, il arrive souvent qu'un monastère bouddhiste se trouve flanqué d'une mosquée et vice-versa. En politique également, les candidats de confession musulmane sont régulièrement élus par une majorité d'électeurs bouddhistes.
Le Docteur Yusuf nous rappelle que sur le siècle qui vient de s'écouler, les conditions de vie des musulmans en Thaïlande se sont grandement améliorées, leur garantissant une liberté qu'ils ne pourraient goûter dans tout autre pays musulman;fait dont la majorité des musulmans en Thaïlande sont tout à fait conscients aujourd'hui.
Mathieu RAPHAT - article déjà paru le mardi 8 juillet 2008 (www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 5 août 2009
Quelques références :
Livres (en anglais) : Imtiyaz Yusuf, (ed.) The Role of Civic Religions In Emerging Thai Civil Society, Bangkok, Assumption University and Konrad-Adenauer-Stiftung , 2004)
Livres (en français) disponibles à la médiathèque de l'Alliance française) :
Michel Guilquin, Les Musulmans de Thaïlande, Bangkok-Paris, l'Harmattan-IRASEC, 2002 env.14€
Collectif, Les Musulmans d'Asie du Sud-est face au vertige de la radicalisation, Bangkok-Paris, IRASEC-Les Indes savantes 2003, env. 21€
Sites internet : www.thai2arab.com;www.halalthailand.com
Les Perses, une communauté à part
Au milieu du XVème siècle le royaume de Siam connaissait une période de grande prospérité, caractérisée par l'activité soutenue de sa capitale Ayutthaya. Très tôt (peut-être dès le XIIIème siècle) des marchands persans se sont installés au royaume de Sukhothai, tissant des liens commerciaux et culturels forts entre les deux régions, apportant marchandises, technologies mais aussi du vocabulaire nouveau (le plus connu étant "Farang", mais aussi des noms de fruits ou des termes techniques). Sous la protection du roi de nombreux commerçants de tous horizons s'installèrent mais les plus influents devaient être les Perses, créant une élite musulmane chiite (les Arabes étant pour la plupart sunnites) et gagnant la confiance de la famille royale. Un titre de conseiller du roi pour les affaires islamiques fut créé au milieu du XVIème siècle : le Chularajamontri, nommé par le roi. Cette fonction existe toujours aujourd'hui, son bureau se trouvant sous la tutelle du ministère de l'éducation et des affaires religieuses. Le chef des armées et chef d'orchestre du coup d'état de septembre 2006, Sonthi Boonyaratakalin, ou les membres de la famille Bunnag se présentent eux-mêmes comme des descendants de cette première élite perse à la cour du royaume de Thaïlande. (www.lepetitjournal.com)







