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CRIMINALITE - Armes à feu et disputes, un cocktail dangereux

Écrit par Lepetitjournal Bangkok
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 février 2016

Un jardinier tue son collègue sur un campus, un ancien flic tue son ancien collègue lors d'une beuverie matinale entre amis, un père de famille assassine ses enfants, une série de faits divers sordide ces derniers jours rappelle le côté obscur de la Thaïlande met une fois de plus en évidence le manque de contrôle sur les armes à feu au pays du sourire.

Souvent définie par son côté chaleureux et accueillant, la Thaïlande est aussi un pays où l'on règle trop souvent ses différends, personnels ou professionnels, à coups d'armes à feu et d'une balle dans le corps. Pas une semaine ne se passe sans que l'un de ses faits divers ne fasse la une de la presse locale. Le principal mobile ? L'humiliation ou ce qu'on appelle plus souvent "perdre la face".

La police a dû rentrer de force dans une maison dans la province de Trang après qu'un père de famille ait tué ses 4 enfants lundi, deux garçons et deux filles, âgés entre 6 et 16 ans. "Nous avons dû prendre une échelle pour entrer dans la chambre où se trouvait les corps des enfants" a déclaré capitaine de la police locale Wittawat Paiboon à l'AFP, ajoutant que l'homme s'était vérouillé dans une autre pièce avait eu une longue et tumultueuse relation avec son ex-femme.

Un fait divers de plus aux conséquences macabres qui s'ajoute aux autres meurtres ou tentatives de meurtres de ces derniers jours. Dimanche, un jeune homme exaspéré par des pétards pour fêter le nouvel an chinois a tiré sur ses voisins dans le nord de Bangkok (lire notre article). Vendredi, un jardinier du campus de l'université de Thammasat Rangsit a tué un des ses collègues suite à une dispute. Le même jour, à Krabi, un policier à la retraite a tué un de ses amis de longue date, lui aussi ancien policier, après une nuit trop arrosée.

Le gouvernement thaïlandais ne fournit pas de chiffres précis sur le nombre de meurtres commis chaque année, hormis dans le sud du pays où une insurrection musulmane locale a déjà fait plus de 6.400 morts ces dix dernières années.

"Il y a une culture des armes. Une culture très militaire en Thaïlande, de l'uniforme, de la puissance virile, de l'ordre", détaille un policier occidental en poste à Bangkok.

--Une réglementation inexistante--

A la question de savoir comment se fait-il qu'un gardien puisse entrer sur le campus de l'université de Thammasat avec une arme, Chanan Phonprapai un assistant du directeur répond : "Nous n'avons pas de réglementation interdisant les armes, on n'a pas vu que le gardien pourrait ?péter les plombs'".

"Nous n'avons pas de vraie réglementation", confesse Ponrthip Rojanasunand, directeur de l'Institut Thaïlandais des sciences médico-légales. Par conséquent, "il y a des armes non autorisées partout dans le pays."

Selon le site Gunpolicy.org qui recense des statistiques globales sur les armes, géré par l'Université de Sidney, la Thaïlande a le taux le plus élevé de meurtres par armes à feu en Asie du sud-est après les Philippines avec 3,48 meurtres pour 100.000 personnes, trois fois plus que son voisin cambodgien. Un taux même légèrement supérieur à celui des Etats-Unis (3,43 meurtres pour 100.000 personnes) et sans commune mesure avec la France (0,21 meurtres pour 100.000 personnes).

D'après les statistiques du ministère de l'Intérieur, quelque 6,1 millions d'armes à feu circulent dans le pays pour une population de 67 millions de personnes. Gunpolicy.org évalue plutôt ce chiffre à 10 millions, en prenant en compte un marché prospère d'armes illégales.

La Thaïlande égale ainsi les Etats-Unis. "La Thaïlande a une ardente culture des armes équivalente à celle des Etats-Unis et elle est devenue un leader mondial dans les meurtres liés aux armes à feu", affirme un rapport du Bureau pour la Sécurité diplomatique du département d'Etat américain.

Malgré ce contexte, aucun débat autour du contrôle des armes à feu n'a émergé dans la société thaïlandaise. En théorie, la Thaïlande a une législation stricte et toutes les armes doivent être recensées. Les sanctions pour port illégal d'arme sont sévères. Mais en pratique, la loi est facilement contournée.

C.V. avec l'AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 10 février 2016
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Publié le 10 février 2016, mis à jour le 10 février 2016
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