BANGKOK - Plus importante manifestation d’opposants depuis le coup d’Etat

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 22/05/2016 à 22:00 | Mis à jour le 08/07/2022 à 05:54
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Des centaines d'opposants ont commémoré dimanche le deuxième anniversaire du coup d'Etat en Thaïlande avec des discours et des bannières appelant à un retour de la démocratie, plus importante manifestation depuis le retour des militaires au pouvoir dans ce pays d'Asie du sud-est.

Sous la supervision de dizaines de policiers, des opposants se sont réunis pacifiquement, en danse et en chanson devant de la Monument de la démocratie à Bangkok, pour dénoncer le pouvoir militaire. "Nous sommes ici pour que nos voix soient entendues par les gens qui dirigent ce pays et que nous ne reconnaissons pas", a déclaré à l'AFP un étudiant, Rangsiman Rome.

Depuis le coup d'Etat du 22 mai 2014, effectué au nom de la monarchie et pour mettre fin aux divisions politiques, les généraux ont interdit les manifestations politiques et repoussé à plusieurs reprises un scrutin pourtant promis.

La junte militaire contrôle le pays, même si elle est aujourd'hui sous le feu des critiques pour sa mauvaise gestion de l'économie du royaume, atone, avec notamment une chute des investissements étrangers.

Au lendemain du coup d'Etat, les militaires s'étaient engagés à "ramener le bonheur dans le c?ur des Thaïlandais", lançant les soldats dans les rues avec guitares et trompettes pour entonner des chansons dignes de la méthode Coué, parmi lesquelles une "écrite" par leur chef Prayuth Chan-O-Cha en personne. Mais deux ans après, le sentiment général n'a pas vraiment évolué vers davantage de bonheur, comme le démontre un sondage récent réalisé par l'institut Nida, pourtant contrôlé par la junte.

L'ex-Première ministre thaïlandaise évincée en mai 2014 par l'armée a ainsi dénoncé dimanche les "souffrances" du peuple thaïlandais et appelé les généraux à rendre le pouvoir, deux ans après le coup d'Etat.

"Je suis de plus en plus préoccupée parce que les gens souffrent aujourd'hui à cause des difficultés économiques, de la pauvreté, des problèmes sociaux et de l'usage de plus en plus fréquent de drogue", a écrit dimanche sur son compte Facebook Yingluck Shinawatra.

Cette dernière avait dû quitter le pouvoir après des mois de manifestations en 2013-2014 suivis par le coup d'Etat du 22 mai 2014. Interdite de vie politique pour cinq années par la junte, elle était restée très discrète jusqu'à récemment.

Dimanche, elle a affirmé espérer que le peuple thaïlandais se trouve "à nouveau en mesure de choisir par lui-même sa destinée" et a rappelé que le 22 mai 2014 marquait le jour où "le peuple avait perdu ses droits et sa liberté".

Cité par le Bangkok Post, l'ex-ministre de l'Energie et figure du parti Puea Thai, Pichai Nariptaphan, a souligné le recul du pays ces deux dernières années en particulier du point de vue économique, rappelant que la Thaïlande avait affiché en 2014 et 2015 le taux de croissance parmi les plus faibles de l'ASEAN (0.7% et 2.8% respectivement).

Alors que le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, âgé de 88 ans, est hospitalisé depuis des mois et vient de subir une deuxième intervention en une semaine, le royaume est fortement divisé entre les partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, frère aîné de Yingluck Shinawatra, comme les Chemises rouges, et des élites traditionnelles soutenues par l'armée. Celles-ci profitent de son autorité pour tenter de sortir de la scène politique les Shinawatra sur le long terme, grâce notamment à une nouvelle Constitution qui propose notamment un Premier ministre non élu, un Sénat entièrement nommé et un renforcement du pouvoir des tribunaux, bastion des élites traditionnelles.

La Constitution a déjà subi une dizaine de réécritures depuis la fin de la monarchie absolue en 1932 - la plupart du temps après des coups d'Etat militaires.

Ironiquement, ce dimanche 22 mai a également été marqué par la visite en Birmanie du chef de la diplomatie américaine John Kerry qui a salué la transition, après un demi-siècle de dictature militaire, vers un pouvoir civil piloté par Aung San Suu Kyi, estimant qu'elle faisait avancer la cause de la démocratie dans le monde (lire notre article).

Avec AFP  lundi 23 mai 2016

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