Le virus des sports à roulettes s’empare de la Thaïlande !

Par Catherine Vanesse | Publié le 25/01/2022 à 02:06 | Mis à jour le 23/08/2022 à 09:12
Photo : PIXNIO sous CCO -
Des skateurs dans un skatepark

Avec la pandémie, le roller et le skate ont regagné en popularité un peu partout dans le monde. La Thaïlande n’échappe pas à la tendance et voit se développer des communautés et des infrastructures.

Avec leur côté années 1990, les sports à roulettes tels que le roller ou le skateboard ont de nouveau le vent en poupe un peu partout dans le monde depuis le début de l’épidémie du Covid-19. Les marques Rollerblade et Powerslide, leaders sur le marché des rollers, ont ainsi augmenté leurs ventes mondiales entre 300 et 600% après la première vague d’épidémie en avril 2020. Tandis qu’aux Etats-Unis, les ventes de skateboards ont progressé de 118%. 

Plus souvent nommé par sa traduction anglaise, le roller-skating, roller-blade ou patin à roulettes est à la fois un mode déplacement, un loisir et un sport. Il donne lieu à différentes disciplines telles que le speed-roller, le roller freestyle, le roller agressif ou extrême et le roller-derby, pour les plus connues. 

Si le patin à roulettes trouve son origine en Belgique au milieu du 18ème siècle, il faut attendre les années 1940 pour que sa version avec double train de roues avant et arrière ne s’impose comme accessoire de loisirs à travers le monde. Le modèle avec quatre roues en ligne unique, ou roller-inline, ne connaîtra son heure de gloire qu’à partir des années 1990.

Un rayon de roller dans un magasin de sports a roulettes de Bangkok
À Bangkok, le magasin Skate Plus a constaté une augmentation de ses ventes depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Photo Catherine VANESSE

De son côté, le skateboard est apparu dans les années 1970 et le surfskate à la fin des années 1990.

Question de virus et de nostalgie

En Thaïlande, le roller et le skate ont connu une première vague d’engouement en 1995 qui est rapidement retombée au point que ces sports n’étaient plus pratiqués que par des enfants ou un groupe d’initiés.

Mais depuis le début du Covid-19, on constate un nombre croissant de jeunes et moins jeunes qui se réunissent dans les parcs en Thaïlande patins aux pieds ou sur leur planche. 

Pour beaucoup, ce regain d’intérêt tient aux souvenirs d’enfance ou à l’attrait pour le "vintage" suscité par cette mode des années 90.

Quant au déclencheur, s’il varie d’une personne à l’autre il est souvent lié de près ou de loin à la situation du Covid-19. Certains ont perdu leur emploi ou se sont retrouvés dans l’impossibilité de travailler lors du confinement de la première vague, pour d’autres c’est le besoin de faire de l’exercice alors que les salles de sports et les piscines sont fermées, il y a également l’aspect social tout en gardant un minimum de distance physique et un investissement de base relativement bon marché puisqu’une paire de patins d’entrée de gamme coûte 1.200 bahts. 

Groupe d'amateurs de roller a Chiang Mai
Des roller-skateurs se retrouvent régulièrement au stade des 700 ans de Chiang Mai. Photo Catherine VANESSE 

Cela fait quatre ans que je viens faire du roller au stade des 700 ans de Chiang Mai", commente Jean-Charles, un Français septuagénaire. "À l’époque, j’étais le seul. Je suis très content de voir de plus en plus de gens en faire depuis un an et demi”. 

Jean-Charles fait aujourd’hui partie d’un groupe d’une quinzaine de roller-skateurs de 7 à 70 ans qui ne se connaissaient pas et se retrouvent désormais régulièrement en fin de journée pour s’entraîner à réaliser des figures. Et lorsque l’on pose la question, ce sont des histoires similaires qui reviennent du type: “J’ai fait du roller enfant, puis j’ai arrêté pendant avant de m’y remettre au moment du Covid-19”. 

Des hauts et des bas

À Bangkok, le magasin Skate Plus a effectivement constaté une augmentation de ses ventes depuis le début de l’épidémie, avec un intérêt plus poussé pour le surf-skate, selon le propriétaire Suebsakul ‘Sueb’ Prombanpong. 

Passionné de roller depuis le début des années 2000, Sueb a ouvert Skate Plus en 2008, le premier magasin de roller et skate de Thaïlande. Au fil des années, il a également ouvert quatre pistes de roller en intérieur à Bangkok. Aujourd’hui, deux d’entre eux sont définitivement fermés en raison des difficultés dues à la crise économique liée au Covid-19. 

Une enfant thailandaise a roller
Photo Catherine VANESSE

À chaque vague d’épidémie, les autorités ont imposé des restrictions sur les Skateparks, les salles de gym et même les parcs extérieurs, en particulier dans la capitale," explique le professionnel qui est également l’entraîneur de l’équipe thaïlandaise de ski. 

"Nous avons eu de bonnes ventes de matériels pendant quelques mois, mais la tendance semble déjà s’essouffler, d’autant qu’il y a une concurrence de plus en plus forte avec les sites de ventes en ligne", regrette-t-il. Et d’ajouter : "Le roller et le skate ont de toute façon toujours connu des périodes de forte popularité avant de retomber”. 

Plus de 110 skate-parks en Thaïlande

Un phénomène que confirme Nueng Phansuwannakee, un roller-skateur de 35 ans avec près de 20 années de glisse derrière lui et plusieurs participations à des compétitions en Thaïlande et en Malaisie. “Il y a des périodes où il y a plus de monde, comme en ce moment, mais ce sport reste marginal et avec des contrastes selon les villes”, détaille-t-il.

Originaire de Hat Yai, Nueng était l’un des rares rollers-skateurs de cette ville du sud de la Thaïlande proche de la frontière malaisienne. Ce n’est que lorsqu’il est venu étudier à Chiang Mai qu’il a rencontré une communauté plus large. 

En s’installant à Pai en 2014, il a construit un skatepark sur le terrain à côté de sa guest house afin d’offrir un terrain de jeu et de susciter des vocations. “Avec succès, jusqu’à ce que le Covid-19 ne mette un frein et que je sois contraint de fermer ma guest house. Aujourd’hui, je suis revenu à Chiang Mai et je prévois de construire un skatepark à Mae Rim près de ma maison”, ajoute Nueng qui vend également des rollers sur internet. 

Quatre Thailandais a roller
Nueng Phansuwannakee (gauche) et ses amis se retrouvent presque tous les soirs au stade des 700 ans à Chiang Mai pour s’entraîner au roller. Photo Catherine VANESSE

De son côté, Dale Meier, un Américain résident à Phuket a établi un recensement des skateparks en Thaïlande. À ce jour, sa carte sur Google Maps compte 110 lieux, sans compter les parcs publics et centres sportifs où il est possible de pratiquer le roller ou le skateboard. 

Surfant sur la vague, l’Office du tourisme de Phuket lançait en février 2021 une campagne “Amazing Thailand Phuket Surfskate Series 2021” pour inviter les skateurs à découvrir l’île sur leur planche au cours de plusieurs événements qui se sont tenus tout au long de l’année. 

Une image pas toujours positive

Le roller ou le skate ont l’avantage de pouvoir se pratiquer partout. Malheureusement, l’image associée à ses sports n’est pas toujours positive", explique Nueng. Un constat partagé par Sueb. 

Depuis 2014, il est interdit de faire du roller au parc Lumphini de Bangkok excepté entre 10h et 15h tandis qu’au parc Benjakitti ce sport est complètement proscrit. 

À Chiang Mai, les autorités ont voulu chasser les skateurs de la place du monument des Trois Rois, sans succès. Dans un même temps, la municipalité de Chiang Mai prévoit la construction d’un skatepark aux abords de la rivière Ping. 

C’est un sport de rue où l’on utilise beaucoup le mobilier urbain pour s’entraîner et cela ne plaît pas à tout le monde. Au début des années 2000, le centre commercial Kad Suan Kaew de Chiang Mai nous avait donné un espace, nous étions environ une centaine de skateurs à nous y retrouver régulièrement. Mais il y a eu des plaintes et en 2003, nous avons été chassés", déplore Nueng dont la spécialité est le roller agressif. 

Bon moyen pour socialiser

Cette image négative contraste avec les valeurs véhiculées au sein de cette communauté de skateurs, un groupe qui d’ailleurs ne fait pas trop la différence entre les patineurs et les skateurs. Ils mettent surtout en avant l’aspect communautaire où les différences d’âges ou de genres n’ont que peu d’importance et où la bienveillance est la règle que vous soyez débutants ou d’un niveau avancé.

Une Thailandaise a roller au coucher du soleil
Photo Catherine VANESSE

En fait, la pratique du roller est très influencée par l’entourage ou les amis. Si vous avez une communauté qui se retrouve régulièrement quelque part, elle aura tendance à s’agrandir. Tout comme nous avons souvent au magasin des parents qui viennent acheter une paire de patins pour leurs enfants et finalement en achètent pour eux aussi”, ajoute Sueb.

Moins encombrants qu’un vélo, les rollers peuvent être emportés facilement partout. “Grâce au roller, j’ai rencontré des gens à travers la Thaïlande, mais aussi lors de voyages à l’étranger, c’est un outil incroyable pour te faire des amis et directement tu sens que tu fais partie de la communauté”, relate Nueng. 

Un sport en quête de reconnaissance

En parallèle, le nombre de clubs continue d’augmenter. Dans les années 2014-2015, l’Association thaïlandaise des sports extrêmes qui rassemble les amateurs et professionnels de rollers, skateboards et BMX comptait une vingtaine de clubs. Aujourd’hui, il y en a environ 50.

Depuis 2013, le roller freestyle, le speed-roller et le roller agressif font partie des sports en compétition aux Thai National Games, dont la dernière édition s’est tenue en 2018 à Chiang Rai. Un premier pas en avant selon Sueb, même s’il regrette que le roller ne bénéficie toujours pas de subsides comme pour d’autres sports.

Au niveau mondial, la reconnaissance des sports à roulettes est également à la traîne. Ce n’est en effet qu’en 2014 que le roller de vitesse (ou speed-roller) est inclus aux Jeux Olympiques de la Jeunesse. Lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 (qui se sont finalement tenus du 23 juillet au 8 août 2021 en raison du Covid-19, NDLR), le skateboard a fait sa première apparition, relançant les espoirs auprès des fédérations de roller à travers le monde de voir un jour ce sport y apparaître. 

catherine_vanesse-LPJ-Bangkok

Catherine Vanesse

Après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine s’est expatriée en Thaïlande de 2013 à 2022, collaborant avec des médias locaux ainsi que Lepetitjournal.com pour qui elle a notamment co-dirigé la rédaction de Chiang Mai de 2020 à 2022
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