Samedi 19 juin 2021
Athènes
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Quand pollution rime avec création

Par Hélène Decaestecker | Publié le 17/02/2021 à 22:59 | Mis à jour le 28/04/2021 à 09:34
Photo : Aegean Rebreath Material
polution rescousse covid 19

Au large des côtes de la Thaïlande, l'un des plus gros producteurs de déchets océaniques du monde, une équipe de plongeurs met ses compétences au service d’une double cause : la lutte contre la dégradation des écosystème marins et la lutte contre la covid 19.

"Les filets de pêche utilisés par l’industrie de la pêche locale sont une véritable catastrophe environnementale. Sans le projet “Net free sea”, ces filets peuvent rester à la dérive pendant des décennies, capturer des animaux marins ou devenir leur nourriture", selon Ingpat Pakchairatchakul (AFP). (Membre de la Fondation pour une justice environnementale EJF).

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Photo : plastic Generation

Des filets ainsi récupérés sont extraits les morceaux de plastique qu’ils contiennent, afin d’en faire des écrans faciaux des vaporisateurs de gel hydroalcoolique ou encore des écrans de séparation de table qui ont toute leur place à Bangkok depuis le début de la crise sanitaire.

L'enjeu pour les acteurs de ce projet, qui ont pu retirer 15000 tonnes de filets durant en un an, est de faire de la protection marine un commerce viable.

Le fléau mondial des filets des pêches

Des initiatives se développent qui tentent de régler le fléau mondial des filets de pêche abandonnés, à la source. Les images montrant des estomacs d’espèces marines remplies de plastiques ou emprisonnées dans des filets ont fait le tour du monde. 20 à 30% de la pollution plastique marine mondiale serait constituée de filets de pêches selon la fondation Ellen Macarthur.

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A l’échelle de l'Europe, le projet indigo a donné naissance à des filets de pêche biodégradables. Cette initiative, en phase de test, pourrait bien être une piste intéressante pour une pêche plus respectueuse de l’environnement.

En Grèce, des initiatives fleurissent

La pêche au plastique a le vent en poupe depuis quelques années en Grèce. L’association Aegean Rebreath a repêché 15 tonnes de filets de pêches et 65000 pièces de plastique depuis sa création, en 2017. Elle est aussi la première organisation à avoir établi un réseau de stations de collectes de déchets marins dans le pays. Citoyens, pêcheurs, autorités communales et membres de l’association travaillent ensemble pour collecter les déchets marins et leur donner une seconde vie. Aegean travaille avec Blue cycle, installée au Pirée, qui revalorise les équipements de pêche et les morceaux de plastiques repêchés en sièges, tables, ou pots de fleurs.

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Photo : Blue Cycle

A l’origine, un groupe de personnes aux intérêts communs s’intéresse à la question de la pollution côtière et océanique. Quelques années plus tard, l’équipe regroupe des spécialistes dans une diversité de domaines, ce qui permet d'élargir le champ d’action et de compétences de l’association à la sensibilisation, la recherche, ou encore la collecte de données.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

Dans la même veine, Lefteris Arapakis et son équipe, sous le nom de Mediterranean Cleanup, récupèrent environ 12 tonnes de plastique chaque mois, en collaboration avec 700 personnes, sur 145 bateaux, en Grèce et en Italie.

Leur partenaire basée aux Pays-Bas, Healthy seas, transforme les filets de pêche en chaussettes, tapis, maillots de bains, et masques. Le plastique lui est envoyé dans une filière de mode à Madrid, qui en fera des vêtements. L’organisation, récemment récompensée par l’organisation des nations Unies, collabore avec 12 ports de Grèce pour récupérer leur matériel de pêche.

Les problématiques liées à la pollution marine, Lefteris Arapakis les connaît bien. Né dans une famille de pécheur, il a vu peu à peu le plastique remplacer les poissons dans les filets. C’est donc naturellement qu’il a créé en 2016 une école ou l’on y apprend à pêcher de manière plus respectueuse. Il est convaincu que la clé du changement et de commencer, à son échelle, pour éviter qu'il n’y ait plus de plastique que de poissons dans l'océan d’ici 2050 (Ellen Macarthur fondation).

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Dans un pays ou la mer occupe une place si importante, ce type d’actions sont un facteur clé pour la prospérité sociale et économique d'innombrables communautés côtières. Collecte, recyclage, et valorisation en sont les mots d'ordre.  L’enjeu est aussi de modifier les habitudes et d’instaurer une nouvelle culture autour de l’économie circulaire et du respect de l’environnement, pour qu’à terme, la pêche aux déchets ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

 

Hélène Decaestecker

Hélène Decaestecker

Après une licence de sociologie-ethnologie, je me suis tournée vers le journalisme et suis actuellement étudiante en master. Je suis passionnée d'écriture et de photographie.
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