Au cours de cette rencontre, elle a déclaré que l’Union européenne accueille la Macédoine du Nord “avec son identité et sa langue”, deux éléments qui selon elle enrichiraient l’UE.
Réactions sensibles en Grèce
En Grèce, toutefois, ces propos ont pu être reçus de manière sensible en raison de la signification du terme “Macédoine”. En effet, ce mot désigne également une région du nord de la Grèce dont fait partie Thessalonique. Ce terme renvoie à la région, mais également à la civilisation grecque et à son héritage historique. Or, pour Skopje, le terme “Macédoine” renvoie à sa propre histoire, sa culture et sa langue ce qui montre que les deux pays n’attribuent pas le même sens à ce mot, un désaccord qui a duré près de trente ans, jusqu’à l’accord de Prespa en 2018.
L’accord de Prespa en 2018
Dans cet accord, il est dit que la langue parlée en Macédoine du Nord s’appelle le “macédonien”, un nom accepté par les Grecs sous réserve de préciser qu’il s’agit d’une langue slave du sud qui n’a aucun rapport avec la langue de la Grèce antique ni avec l’héritage de la Macédoine grecque.
Il y est également précisé que le terme “macédonien” est utilisé pour désigner la nationalité. Pour les Grecs, cela est interprété comme une référence à la citoyenneté, c’est-à-dire un lien juridique avec l'État. Le ministère grec des Affaires étrangères affirme que l’accord ne reconnaît pas ce terme comme un moyen de désigner une nation, c’est-à-dire l’appartenance à un peuple, à son histoire et à sa culture au sens historique.
Ce qui pose problème aux Hellènes
C’est pourquoi l’utilisation du terme “identité” par Ursula von der Leyen pose problème à certains Grecs. Selon eux, l’utilisation de ce mot peut être entendue comme la reconnaissance d’un peuple macédonien, ce qu’Athènes ne reconnaît pas, contrairement aux habitants de Macédoine du Nord qui eux considèrent leur identité macédonienne comme bien réelle. Ainsi, le désaccord porte sur l’interprétation du mot en lui-même.
Cela pose d’autant plus problème en raison des précédents propos tenus par Ursula von der Leyen en 2022 : “Chers Macédoniens”, et en 2023 où elle parlait d’accueillir le pays avec son identité et sa langue. Cette constance dans les termes choisis et employés fait craindre aux Grecs une légitimation de l’identité macédonienne, ce que l’accord de Prespa ne prévoit pas.
Puisque les Grecs vivant dans la région de Macédoine se disent déjà Macédoniens, il s’agit d’une identité régionale comme on peut se dire Breton ou Provençal en étant Français. Ces individus se considèrent grecs mais voient leur identité macédonienne comme une part de leur héritage hellénique. Cela rend ainsi la question sensible étant donné que pour ces Grecs-là, “macédonien” est un terme qui leur appartient à eux seuls en raison de l’histoire de leur région, et qui ne peut désigner l’identité d’un autre peuple.
La question que se posent donc certains Grecs après les mots utilisés par la présidente de la Commission européenne est de savoir si l’utilisation de ce terme “identité” est réellement compatible avec l’accord de Prespa.
L’intégration de la Macédoine du Nord n’est pas encore finalisée
Dans cette même déclaration du 2 octobre 2026, Ursula von der Leyen a rappelé que l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE nécessite encore la réalisation d’une “étape clé”, à savoir la modification de sa Constitution visant à y reconnaître les Bulgares. On peut y lire deux messages : une reconnaissance explicite de l’identité et de la langue et une exigence ferme sur la Constitution afin de respecter les obligations du processus d’adhésion.














