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Le carnaval fougueux de Metaxourgeio

Par Fanny VAURY | Publié le 05/03/2019 à 07:10 | Mis à jour le 07/03/2019 à 10:19
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Dimanche 3 mars 2019 : s'il est bien un quartier où baguenauder en ce jour, c'est le populaire et éclectique Metaxourgeio, qui célèbre la dixième année de son Carnaval fait maison. Nous nous y sommes égarés avec délice...

Il est environ 14 heures. À mesure que l'on approche du cœur de Metaxourgeio, on croise des créatures étranges. Ici, un homme à tête de vase, là, trois méduses aux bras ballants, puis un cosmonaute doré. Au loin, les premières percussions résonnent déjà, annonciatrices d'une fête qui palpitera tard, cette nuit. Puis on l'aperçoit : c'est le cortège de chars, de fanfares et de batucadas qui commence à sillonner le quartier. Les rues Iera Odos, Peiraios, Iasonnos ou Achilleos vont peu à peu être gagnées par la folie et la créativité.

carnaval metaxourgeio

Un carnaval humaniste

carnaval Metaxourgeio
Procession du carnaval de Metaxourgeio

Le Carnaval de Metaxourgeio tient une place à part au royaume des carnavals. Dans un quartier mixte, qui rassemble différentes communautés se côtoyant le plus souvent sans porosité, il invite à l'universel, à l'ouverture, sans prétention. Ainsi, quand il investit la cour de l'immeuble de Chinatown, à l'ordinaire lieu de commerce pour la communauté chinoise, mais aussi de misère et d'errances, il choisit de braquer son faisceau lumineux sur un lieu hors-circuit, habituellement à l'écart. Il s'achemine ensuite vers d'autres pans du quartier dans lesquels ateliers d'artistes, troquets et petits commerces se succèdent : il se fait accolade et englobe, un jour au moins, tous les aspects d'un même quartier, sous sa bienveillance.

Le règne du « fait-maison »

Organisé par les riverains eux-mêmes et par de nombreux autres habitants d'Athènes, c'est avec beaucoup d'humour que le Carnaval de Metaxourgeio célèbre l'inventivité et le système D. Rares sont ici les déguisements « tout-prêts » que l'on trouve dans les commerces. Peu de Spiderman et autres princesses Disney. En revanche, masques de papier, ailes en tulle, cornes de chèvres ou abat-jour transforment vos voisins en êtres hybrides, joyeux monstres de bric et de broc. Les cafés du quartier font salle comble, les terrasses sont pleines : on veut être aux premières loges pour voir passer ce défilé hirsute.

carnaval Metaxourgeio
La reine du carnaval...

Plusieurs tendances se dégagent dans le choix des déguisements : on compte les minimalistes qu'un simple loup de papier colorié a transformés en oiseaux, les conceptualistes (Den eimaije n'existe pas, peut-on lire sur le dos d'une jeune femme), les messagers politiques (I am here for violence, brandit cet autre tout sourire sur un drapeau blanc), les surréalistes (homme à tête de lampadaire), les transformistes déchus, tout juste sortis du bain, ou encore les satires et autres créatures dionysiaques. Ce dernier thème est d'ailleurs exploré avec jubilation. D'étranges êtres cornus promènent leur regard sombre sur la foule. Derrière eux, point de phallus dionysiaque, mais un char en forme de sexe féminin qui s'ouvre sur un homme des plus barbus... la reine du Carnaval.

Des heures durant, cette faune affolante prend possession des rues, sous le regard curieux des balcons alentour. De petits stands mobiles proposent des grillades, des brochettes, tandis que les bières s'écoulent à tour de bras dans les épiceries et autres kiosques. De plus en plus exalté, on sautille au rythme des batucadas, dont les couleurs virevoltent dans le cortège.

carnaval Metaxourgeio

Le grand final

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@ Maria Karavatou

La nuit est tombée ; autour de la place Avdi, sur laquelle on s'apprête à brûler le Carnaval, les rues sont envahies. Quand le feu s'élève sur fond de ciel, la liesse est générale. Les percussions, les cuivres, résonnent toujours et tiennent la foule de danseurs dans un état hypnotique. On fait la ronde autour du foyer déclinant mais encore brûlant. La scène tient du rituel païen. Elle semble ancestrale. Les flammes s'éteindront peu à peu, plus vite que l'ardeur à festoyer.

L'histoire ne dit pas à quelle heure le Carnaval s'est couché. Mais ce qui est sûr, c'est que dans un an, on retournera l'honorer.

 

 

 

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Fanny VAURY

Fanny VAURY a vécu à Paris, Metz et Lyon avant de voyager en Amérique du sud. Webdesigner, dès son retour, elle partage son temps entre l’écriture et son métier. En 2018, elle s’installe à Athènes, ville qu’elle aime depuis toujours.
1 Commentaire (s)Réagir
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Lardon Allumette mer 06/03/2019 - 13:41

Ce qui est sûr c'est que dans un an, je veux y être !!

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