Immigration, agriculture, industrie, fiscalité, « agenda woke », politique environnementale ou encore « Pfizergate » : en quelques minutes, la présidente du parti grec Voix de la raison a concentré une série de critiques contre la présidente de la Commission européenne.


Son intervention a eu lieu le 16 septembre 2026, dans le cadre du débat sur l’état de l’Union au Parlement européen. La veille, les eurodéputés avaient voté la levée de son immunité parlementaire dans le cadre d’une procédure judiciaire en Grèce.
Un discours particulièrement offensif contre Ursula von der Leyen
Afroditi Latinopoulou s’est adressée directement à Ursula von der Leyen, lui reprochant d’abord sa politique migratoire. Elle a également accusé la Commission d’avoir pénalisé les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs européens et d’imposer une fiscalité et une bureaucratie excessives. Son attaque s’est ensuite déplacée sur le terrain économique. L’eurodéputée grecque a dénoncé la fermeture d’usines européennes et la disparition de centaines de milliers d’emplois, dont elle attribue la responsabilité aux politiques menées par la Commission.
La situation de l’industrie européenne dépend toutefois de nombreux facteurs, parmi lesquels les prix de l’énergie, la concurrence internationale, les réglementations européennes et nationales, les politiques commerciales ou encore les décisions des entreprises. L’attribution directe de ces difficultés à Ursula von der Leyen relève donc de l’analyse politique de Latinopoulou. L’eurodéputée s’est également attaquée aux orientations environnementales et sociétales de l’Union européenne, dénonçant ce qu’elle qualifie de « folie verte », d’« agenda woke » et d’« islamisation de l’Europe ».
Immigration : les accusations les plus dures du discours
C’est sur l’immigration que l'intervention de Latinopoulou a pris son ton le plus virulent. Elle a accusé l’Union européenne de financer des millions de migrants en situation irrégulière et a directement associé cette immigration à des actes criminels. Ces déclarations correspondent à la position politique défendue par Latinopoulou et son parti. Elles ne permettent cependant pas d’attribuer des comportements criminels à l’ensemble des migrants.
La question migratoire occupait par ailleurs une place importante dans le discours sur l’état de l’Union prononcé le même jour par Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission a notamment annoncé un nouveau cadre européen destiné à faire face à des arrivées migratoires massives dans des situations exceptionnelles.
« Pfizergate » et transparence de la Commission
Latinopoulou a également évoqué le « Pfizergate », en référence à la controverse entourant les échanges entre Ursula von der Leyen et le dirigeant de Pfizer lors des négociations européennes sur l’achat de vaccins contre le Covid-19. L’eurodéputée grecque s’est appuyée sur cette affaire pour mettre en cause la transparence de la présidente de la Commission et évoquer des « soupçons de corruption ». Il convient cependant de distinguer les faits établis des accusations formulées dans le cadre du discours. Les questions relatives à la conservation et à la transparence de certains échanges ont effectivement donné lieu à des controverses et à des procédures. Les accusations de corruption restent, elles, des accusations formulées par Latinopoulou.
Elle a enfin contesté la légitimité politique d’Ursula von der Leyen, estimant que celle-ci devait son maintien à la tête de la Commission au soutien de groupes politiques européens plutôt qu’à une élection directe par les citoyens.
Le discours intégral d’Afroditi Latinopoulou
Voici la traduction française de l’intervention d’Afroditi Latinopoulou :
« Madame von der Leyen, personne n’est plus raciste envers les Européens que vous. Et nous en avons les preuves.
Vous nous avez remplis de migrants illégaux.
Vous nous avez étouffés sous les impôts et la bureaucratie.
Vous avez écrasé nos agriculteurs, nos éleveurs et nos pêcheurs.
Vous fermez les usines européennes et des centaines de milliers d’emplois disparaissent.
Vous avez détruit la famille nucléaire.
Vous nous imposez la folie verte. L’agenda woke. L’islamisation de l’Europe.
Vous payez, avec notre argent, des millions de migrants illégaux qui ont détruit nos quartiers, qui violent, harcèlent, tuent, et à qui, à la fin, vous donnez aussi des papiers pour qu’ils puissent voter.
Mais… vous nous avez donné des pailles en papier, des bouchons attachés et des Gay Prides !
Vous n’êtes pas seulement la meilleure élève de Merkel. Vous l’avez dépassée.
Vous êtes empêtrée dans des scandales, avec de sérieux soupçons de corruption. Pfizergate. Messages disparus. Refus de vous soumettre à un contrôle.
Et tout cela sans la légitimité du vote des citoyens européens. Uniquement grâce au soutien et aux connexions des socialistes et de Weber.
Madame von der Leyen, vous nous avez ruinés ! »
Qui est Afroditi Latinopoulou ?
Afroditi Latinopoulou est une avocate et femme politique grecque. Candidate de Nouvelle Démocratie lors des élections législatives de 2019, elle s’est ensuite éloignée du parti aujourd’hui au pouvoir en Grèce.
Elle dirige désormais « Φωνή Λογικής - Αφροδίτη Λατινοπούλου », soit « Voix de la raison - Afroditi Latinopoulou ». Élue au Parlement européen, elle siège au sein du groupe Patriotes pour l’Europe.
Latinopoulou et son parti mettent notamment en avant le patriotisme, la famille, la religion et une politique restrictive en matière d’immigration. Elle a également affiché sa proximité avec plusieurs figures de la droite nationale et conservatrice européenne, notamment Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Viktor Orbán, tout en rejetant pour sa part les qualificatifs d’extrémiste ou de populiste.
Son immunité parlementaire levée la veille
L’intervention est survenue dans un contexte judiciaire particulier pour l’eurodéputée grecque. Le 15 septembre 2026, soit la veille de son discours, le Parlement européen a voté la levée de son immunité parlementaire. Cette décision permet à une procédure judiciaire engagée en Grèce de suivre son cours. L’affaire porte sur des allégations concernant les signatures utilisées lors de la création de son parti. La levée de l’immunité ne constitue toutefois pas une déclaration de culpabilité. Elle permet à la justice grecque de poursuivre la procédure sans que l’immunité parlementaire de Latinopoulou y fasse obstacle. L’eurodéputée conteste cependant les accusations portées contre elle.
Un discours qui illustre les fractures politiques européennes
Le discours de Latinopoulou intervient alors qu’Ursula von der Leyen fait l’objet de critiques provenant de plusieurs courants politiques européens, mais pour des raisons parfois très différentes. Une partie de la droite souverainiste concentre ses attaques sur l’immigration, les politiques environnementales, la réglementation européenne et les questions sociétales.
D’autres critiques adressées à la Commission portent sur les politiques commerciales, l’agriculture, le climat ou encore la politique extérieure de l’Union. L’intervention de Latinopoulou rassemble ainsi en quelques minutes plusieurs thèmes désormais récurrents dans le débat européen : immigration, compétitivité industrielle, poids de la réglementation, transition écologique, souveraineté et évolution des valeurs sociales.
Au-delà de la virulence des termes employés, son discours illustre la confrontation entre différentes conceptions de l’Union européenne : celle défendue par la Commission et celles portées par des formations qui réclament notamment davantage de souveraineté nationale, un contrôle renforcé des frontières et des orientations sociales plus conservatrices.











