A la fois dictionnaire, lexique, et recueil historique, elle est un projet extrêmement ambitieux à une époque où la compilation et le partage d’informations sont bien moins aisés qu’aujourd’hui.


Du 9ème au 11ème siècle, l’Empire romain d’Orient (nom qu’il se donne lui-même, « byzantin » étant un patronyme utilisé à posteriori) est en plein âge d’or. Sous les règnes de Basile Ier à Constantin IX va se manifester la volonté de structurer la culture de l’Antiquité tardive, ce qui n’a pas pu être fait à l’époque à cause des troubles politiques liée à la fin de l’hégémonie romaine.
La Souda est donc un résultat de cette mouvance, qui vise dans le même temps à célébrer la culture helléno-chrétienne, alors que le Schisme de 1054 vient de séparer catholiques et orthodoxes. Écrite en ancien grec, elle rassemble et enrichit les connaissances de cette période en s’inspirant majoritairement de sources bibliques.
Une œuvre majeure qui n’est cependant pas à l’abri de la controverse
En premier lieu, l’identité de son auteur n’est pas claire. Certains historiens ultérieurs ont pensé que le mot « Souda » était dérivé de son prénom, Soudas ou Souidas. Mais d’autres pointent le fait que ce mot signifie « forteresse », ou château, en ancien grec. Le titre pourrait alors fait référence à la fonction de l’ouvrage, qui protège en son sein tout ces savoirs et témoignages, dont certains ont disparu sous leur forme originale.
La qualité et l’impartialité des articles pose aussi question : en tant que compilation, la Souda s’appuie sur des sources qui peuvent parfois être conflictuelles. En effet, la rigueur intellectuelle qui caractérise les encyclopédies actuelles n’a été théorisée que bien plus tard, les travaux de Diderot et d’Alembert étant pionniers dans ce domaine.
Une liste de contributeurs qui s’est enrichie au fil du temps
De l’aveu de l’auteur, la principale œuvre utilisée pour écrire la Souda est l’Onomatologion d’Hésiode de Milet, un historien et biographe du Vième siècle de notre ère ; la grande majorité des notices biographiques en proviennent. Parmi les autres écrits utilisés, on trouve les « Excerpta » de Constantin Porphyrogénète, ou encore le « Chronique » de Georges le Moine.
Cependant, une particularité de la Souda réside dans le fait que son contenu a été remanié plusieurs fois après sa création. A une époque où l’imprimerie au sens moderne n’existe pas encore (Gutenberg la popularisera en Europe au XVème siècle), les reproductions de livres se font à la main. Comme la majorité des textes de l’époque sont en possession de l’Église, il revient aux moines dits copistes de s’acquitter de cette tâche. Or les livres ainsi obtenus n’étaient jamais exactement les mêmes, les moines prenant la liberté d’ajouter ou de modifier des passages. C’est ainsi que la vie de souverains byzantins contemporains de la Souda est relatée en son sein, alors que cela semble impossible.
D’oubliée à référence contemporaine, le parcours d’une encyclopédie assez atypique
Après son écriture, la Souda va être progressivement oubliée par l’Histoire, alors que l’Empire byzantin disparaît en 1453, lors de la prise de Constantinople par les Ottomans (originaires de l’actuelle Turquie). Elle est une première fois exhumée lors de la Renaissance, lorsque les textes antiques et du début du Moyen-Age sont redécouverts par des érudits, puis pour de bon au XVIIIème siècle.
Aujourd’hui considérée comme inestimable pour les informations qu’elle contient, elle est de plus au centre d’une réalisation ambitieuse : celle d’une édition en ligne, traduite dans plus de 200 langues. Officiellement ouvert au public en 2014, après 16 ans de mise au point, le site Internet permet de rechercher chaque entrée spécifiquement, et propose une bibliographe complète des sources de la Souda. Un projet que l’auteur de l’œuvre originale aurait probablement rêvé accomplir.
Le lien vers ce site est disponible ici, et celui vers un récapitulatif de son histoire ici.






















