Édition internationale

INTERVIEW - Les secteur des télécoms en Grèce

Écrit par Lepetitjournal Athènes
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Marie Leos, spécialiste Ubifrance du secteur des télécoms, analyse les mécanismes du marché de l'Internet en Grèce et ses conséquences pour le consommateur final ainsi que pour les entreprises de e-commerce. Elle présente également les tarifications de la téléphonie mobile et les opportunités d'affaires pour les entreprises dans le secteur des TIC

Marie Leos, Chargée de développement Ubifrance (Photo Ubifrance)

Lepetitjournal.com : Si la libéralisation du marché des Télécoms est aujourd'hui enfin une réalité en Grèce, les prix et la qualité des services de l'Internet rapide accusent un important retard par rapport aux autres pays européens. Pensez-vous que la cession des parts détenues par l'Etat dans l'entreprise semi-publique OTE puisse changer la donne ?

Le marché de l'internet est toujours un marché en développement aussi bien en termes de taille mais aussi de concurrence. Le taux de pénétration est de 17,02 %, soit une augmentation de 3,62% en 2009. Cette valeur reste cependant en dessous des valeurs moyennes européennes et l'objectif du gouvernement est de se mettre à niveau à fin 2010.
L'arrivée de l'ADSL en 2004, a accru la concurrence entre les différents opérateurs et prestataires de services, multipliant les offres pour le consommateur final. La technologie ADSL domine le marché avec 99,6% des connexions large bande. En téléphonie fixe et internet, le secteur reste très concurrentiel avec douze principaux opérateurs. Les prix ont diminué du fait de cette concurrence accrue. Les offres double et triple play affichent des progressions  de +90% par rapport à 2008 ainsi que des prix qui se rapprochent des moyennes européennes. Ces offres représentent un des vecteurs de développement, en particulier grâce au développement de la télévision numérique, encore peu répandue. C'est pourquoi, Ubifrance organisera, l'année prochaine, des journées de rencontres entre sociétés françaises et grecques sur le sujet de l'IPTV.
Les opérateurs téléphoniques alternatifs ont gagné des parts de marché sur l'opérateur national OTE mais l'opérateur historique OTE reste le premier fournisseur de téléphonie fixe et internet. La participation au management de Deutsche Telekom qui possède aujourd'hui 30 % du capital d'OTE, lui permet son extension dans les Balkans (Bulgarie, Roumanie, Serbie). Ceci explique la volonté du DT, d'acquérir une plus grande participation au capital d'OTE. Techniquement, OTE a annoncé en avril l'augmentation des vitesses de connexion passant à 24 Mbps et une diminution de son prix.

Les particularités géographiques du territoire grec (montagnes et iles), rend la couverture internet de certaines régions plus difficile par les techniques les plus communes et explique le retard constaté. Cependant, l'objectif du gouvernement est clairement de désenclaver ces régions rurales avec l'accès à internet et de combler le décalage de taux de pénétration internet.
Par exemple, un projet ambitieux de déploiement d'un réseau de fibres optiques est mis en place par le gouvernement afin de fournir 2 millions de ménages d'ici à fin 2016. Ce projet a été évalué à 2,1 milliards d'euros, dont 700 millions seront financés par le gouvernement.

Les entreprises de commerce en ligne semblent avoir encore des difficultés à percer en Grèce. Pourquoi ? Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur de ce secteur ?

Le nombre d'utilisateurs d'internet croît de même que le nombre de connexions internet : 44% des Grecs ont accès à internet contre 38% en 2008 et 4 foyers sur 10 possèdent en 2009 une connexion internet. 64,4% des Grecs se connectent tous les jours à internet et 93,1 % d'entre eux pour rechercher des informations. L'utilisation d'internet pour les achats et les services en ligne a encore de grandes marges de développement : 13,2 % de transactions bancaires en ligne (moyenne européenne 47%) et 9% seulement font des achats en ligne.
Le développement du e-commerce est une évidence pour les groupes de distribution spécialisés qui investissent de nouveau fortement dans ce segment : Le groupe Germanos en collaboration avec Publicworld a ouvert un nouveau site en ligne www.getitnow.gr ainsi que des points de retrait, le groupe DGSi a investi dans le développement du site web de Kotsovolos et la version grecque des magasins Pixmania a démarré récemment.

L'augmentation des connexions et de leur vitesse ainsi que le comportement des consommateurs à la recherche du meilleur prix va accroitre cette tendance à l'achat en ligne en Grèce. L'aspect sécurité de la transaction, frein à l'achat, semble disparaître progressivement et ouvrir maintenant de réelles opportunités pour les entrepreneurs du secteur.

Comment expliquez-vous le taux de pénétration extrêmement élevé du marché de la téléphonie mobile ? Les tarifs des opérateurs sont-ils plus attractifs ?
Le marché de la téléphonie mobile est évalué à 4,4 milliards d'euros en 2009 et participe à hauteur de 1,8 % au PIB grec.
Le secteur de la téléphonie mobile est un marché mature, avec le taux de pénétration le plus élevé d'Europe atteignant 189,34 % en 2009. Ce phénomène s'explique surtout par la possession de plusieurs cartes Sim par les consommateurs grecs, afin de bénéficier des meilleurs conditions en fonction du réseau. Les trois principaux opérateurs (Cosmote, Wind et Vodafone) se partagent le marché et affichent des offres de plus en plus concurrentielles. Non seulement la bataille se fait sur les prix mais aussi sur la gratuité des communications vers les numéros du même opérateurs. Depuis novembre 2009, l'obligation d'identification des abonnés demandée par l'autorité de régulation EETT, a commencé et doit se terminer le 1er août 2010 par l'arrêt du fonctionnement des numéros non identifiés.
Dans un contexte cependant de baisse des marges des opérateurs, la progression va se faire via l'internet mobile, les services à valeur ajoutée, notamment grâce au boom des Smartphones (qui connaissent une progression à trois chiffres en 2009) et la fidélisation de la clientèle.

Quel pourrait être l'impact des TIC et Télecoms sur une économie en crise ?

Le secteur des TIC est un secteur relativement privilégié de l'économie car encore en développement et soutenu par le gouvernement comme étant une priorité. L'accès aux technologies des télécommunications pour un maximum de citoyens grecs est d'une part un facteur de développement de certains secteurs.
D'autre part, la volonté de réduire les  coûts du service public va  passer par le développement des services en ligne, indispensable dans la réduction du déficit public attendu.
Les réformes annoncées d'assainissement budgétaire, de transparence fiscale et de relance de la compétitivité se traduisent par la mise en place d'un système informatisé de contrôle de l'exécution du budget, et de transactions en ligne entre les entreprises et les services de l'état (fiscaux, etc?) et entre les entreprises et les réseaux bancaires. La procédure d'appels d'offres par exemple est en ligne depuis mars 2010 et la création d'une banque de données est prévue d'ici la fin de l'année.
L'accès au fonds structurels, plus particulièrement à ceux du Cadre National Stratégique de Référence, bénéficient de procédures simplifiées et vont permettre la mise en place du programme de développement des TIC, pour un montant total de 1,47 milliards dont 860 millions de la communauté européenne.
Par ailleurs, les entreprises des secteurs d'activité de l'espace, du commerce, de l'informatique, de l'édition et des médias sont concernées par le programme opérationnel pour la convergence numérique, doté de subventions qui atteindront pour la seule année 2010, 190 millions d'euros. Le budget total du programme, annoncé le 15 juin par la ministre de l'Économie, de la Compétitivité et de la Marine, Louka Katseli. est de 1,5 milliard d'euros, dont 500 millions destinés au secteur privé et 1 milliard au secteur public.
Enfin, la Grèce est particulièrement intéressée par la concession des fréquences récupérées par le dividende numérique lors du passage diffusion analogique à numérique. Ce passage, d'ici à 2012 selon la demande de la communauté européenne, va également générer des recettes et le développement de nouveaux services numériques audiovisuels ou télécom.

Tout cet environnement va créer des opportunités et des investissements dans ce secteur aussi bien au niveau public que privé.
Les solutions innovantes et génératrices de revenus, les outils de réduction de coûts vont intéresser les opérateurs en tout premier lieu. C'est dans cet logique que nous organisons les 16 et 17 septembre des rencontres avec les opérateurs Télécom grecs à Athènes pour les entreprises françaises désireuses de profiter des opportunités qui vont se présenter.
Propos recueillis auprès de Marie Leos, Ubifrance (www.lepetitjournal.com/athenes.html) Mardi 20 Juillet 2010

Une liste complète des opérateurs est disponible dans le guide répertoire ?Les opérateurs Télécom et Internet en Grèce et à Chypre' publié par Ubifrance.

Zoom sur le marché des Télécoms
Le marché grec a été marqué cette dernière décennie par un taux de croissance parmi les plus élevés en Europe.
Selon l'EITO (European Information Technology Observatory), le montant global du marché des TIC s'est élevé en Grèce à 10,9 milliards d'euros en 2009 avec une prévision de croissance de l'ordre de 3% pour 2010. La répartition entre informatique et télécommunications est très en faveur des télécommunications, avec un marché atteignant 8,5 milliards d'euros.
On estime à plus de 1.800 le nombre d'entreprises appartenant au secteur TIC en Grèce, employant un peu plus de 100.000 personnes. Par sa position géographique, la Grèce offre une voie d'accès privilégié à l'Europe du Sud-est et au Moyen Orient, avec lesquels les relations se développent. Des entreprises y sont déjà implantées, notamment l'opérateur national OTE présent en Roumanie, Serbie, Albanie, Bulgarie.
D'autre part, la Grèce qui participe à l'Agence spatiale européenne, fournit des services de télécommunications en Europe Orientale et Asie Occidentale avec son satellite Hellas Sat.
L'arrivée de l'ADSL en 2004, a ouvert la porte à une concurrence très forte entre les différents opérateurs et prestataires de services, multipliant les offres pour le consommateur final.
Depuis 2006, on a observé une évolution positive du secteur aussi bien au niveau du chiffre d'affaires que du bénéfice des principaux opérateurs alors qu'actuellement, la priorité est donnée à la recherche de solutions à valeur ajoutée générant de la marge et les solutions innovantes permettant de réduire les coûts.

lepetitjournal.com Athènes
Publié le 20 juillet 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos