Vendredi 3 juillet 2020

Coronavirus Côte d'Ivoire : 1275 cas ! Yako !

Par Jean-Marie Milleliri | Publié le 04/05/2020 à 15:20 | Mis à jour le 04/05/2020 à 15:34
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Abidjan, 30 avril – Les bouchons et les ralentissements ont repris sur le boulevard François Mitterrand et le boulevard de France. Aux carrefours, les petits nettoyeurs de pare-brise essaient de vendre leurs services aux automobilistes immobilisés par des feux rouges qui égrènent leurs secondes.

Après plus d’un mois de mesures contraignantes, et le vide initialement suscité sur les voiries par les injonctions gouvernementales face au Covid, il semble que la population ivoirienne ait pris à sa façon la mesure d’une épidémie silencieuse. En dehors des chiffres quotidiens donnés par les autorités sanitaires, les Abidjanais ne voyant ni les malades ni les morts, considèrent que le Covid-19 n’est finalement pas si grave que cela.

Le pays compte au 30 avril 1275 cas cumulés, et depuis le premier malade du 11 mars la courbe des cas nouveaux lance sa progression régulière dont les spécialistes ont noté une accélération le 5 avril. 95% des cas sont enregistrés sur la capitale économique ivoirienne, avec des foyers plus actifs dans certains quartiers comme celui de Cocody-Bingerville, de Treichville ou d’Adjamé. Le confinement du Grand Abidjan décidé mi-mars, et interdisant – sauf dérogation – de quitter la ville, semble avoir permis d’éviter la diffusion virale à l’intérieur du pays. Et même si des cas ont été déclarés à Bouaké ou à Korhogo, la Côte d’Ivoire ne connaît pas jusqu’à présent la vague épidémique tant redoutée. Cette situation durera-t-elle ?

Malgré l’obligation demandée par le gouvernement du port du masque, force est de constater que dans la rue, tous les passants n’arborent pas sur leur visage la protection préconisée. Dans les taxis, on assiste parfois à des scènes étonnantes où le chauffeur donne un masque à un client qui n’en a pas, lequel le porte le temps de la course, avant que le chauffeur ne le récupère… pour le proposer au client suivant !

A Abobo, les habitants portant des masques sont raillés par d’autres habitants qui ne croient pas au Covid – une maladie importée d’Europe ; ces habitants dubitatifs sur la réalité de l’épidémie se moquent de leurs congénères masqués en leur criant « Corona, corona ! », et en les montrant du doigt.

Le 30 avril, sur les 385 prélèvements réalisés pour tester des patients, 37 se sont révélés positifs. Globalement, depuis le début de l’épidémie environ 10-12% des prélèvements quotidiens crachent leur positivité. Les tests manquent ? A Marcory, pourtant, face à la boulangerie abidjanaise, s’ouvre un centre de dépistage dont les autorités espèrent un meilleur rendement.

 

masque en pagne coronavirus Côte d'Ivoire

 

1275 cas, Yako ! Heureusement, seuls 14 morts sont venus endeuiller des familles.

Les enfants des carrefours ne portent pas de masques, et en dépit de l’annonce gouvernementale du 20 avril d’une commande de 200 millions de ce que les ivoiriens appellent des « cache-nez », de nombreux ateliers de couture commencent à en fabriquer dans les quartiers, espérant que l’épidémie pourra rapporter plus qu’elle ne coûte.

Sur les marchés ouverts où les vendeuses espèrent écouler quelques légumes pour pouvoir récolter suffisamment d’argent afin de nourrir la famille, le Covid reste toujours un sujet de curiosité mais pas forcément d’intérêt.

A l’inverse des grandes surfaces et des galeries marchandes aux enseignes occidentales, et dans lesquelles les entrées sont contrôlées, du gel hydro-alcoolique distribué et des marquages au sol indiquent le mètre de distanciation à respecter, les quartiers populaires n’ont pas encore vraiment pris la mesure du risque épidémique. Et ce ne sont pas les grands panneaux qui fleurissent dans la ville vantant le devoir de se protéger que ces populations regardent mais plutôt ce qu’elles engrangent au quotidien pour la pitance du soir.

Le pic épidémique, modélisée par des spécialistes, est attendu le 15 juin en Côte d’Ivoire mais cette épidémie aura-t-elle autre chose qu’un impact socio-économique sur les populations qui dans les discussions du matin ont d’autres sujets de préoccupations.

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