Édition internationale

CHURCHILL - Il y a 70 ans, il dessinait l'avenir de l'Europe à Zurich

Écrit par Lepetitjournal Zurich
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 septembre 2016

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, était en visite à Zurich à l'occasion de l'anniversaire du discours de Churchill. Retour sur cet évènement qui a marqué l'histoire de l'Europe.

Winston Churchill (Crédits : Imperial War Museum)

"N'est pas Churchill qui veut". C'est par ce constat lacunaire que Jean-Claude Juncker,  président luxembourgeois de la Commission européenne, a entamé lundi son entrevue à l'Université de Zurich avec Johann Schneider-Ammann, président de la Confédération suisse. Sur fond de négociations entre UE et Suisse au sujet de la mise en oeuvre de l'initiative UDC contre l'immigration de masse, Jean-Claude Juncker est revenu sur la "polycrise? que traverse l'Union Europenne en abordant le sujet du Brexit, du déclin démographique, du conflit syrien et de la défiance croissante d'une partie des populations vis à vis des institutions européennes.

Il a ainsi tenu tenu a rappeler que "l'UE n'a pas été créée par et pour les élites. C'est un projet qui est né sur les ruines des camps de concentration pour assurer la paix." Des paroles en échos au "discours sur de Zurich" tenu 70 plus tôt par Winston Churchill dans cette même université.

Bains de foule à Genève et Zurich

En 1946, c'est un Churchill politiquement sur la touche qui entame une visite en Suisse destinée à rester dans les annales. Défait l'année précédente lors des législatives britanniques, le "Vieux Lion" reste malgré tout une des grandes voix de l'époque et son influence est toujours considérable. C'est pourquoi les milieux financiers et industriels helvétiques, mis au ban du commerce international par les vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale, font appel à lui pour tenter de plaider leur cause. L'homme d'état est ainsi invité à se ressourcer, tous frais payés, dans une villa du lac Léman. Il visite Genève, puis Berne, et peut mesurer sa popularité internationale à la foule qui l'attend dans chaque ville qu'il traverse.

A Zurich, où il réside au Grand Hotel Dolder avant de quitter la Suisse, plusieurs milliers d'habitants l'acclament dans se berline décapotable. Sa présence ne fait pourtant pas l'unanimité, les autorités helvétiques craignent en effet de s'attirer le courroux de l'URSS et l'université de Zurich lui refuse même un doctorat honoris causa.

"Tourner le dos aux horreurs du passé"

C'est pourtant là qu'il prononce le 19 septembre un discours de 17 minutes considéré depuis comme un des points de départ de la construction européenne. Si le projet européen est déjà une idée en gestation depuis les années 1920, il lui offre alors une caisse de résonance inédite avec ce plaidoyer à l'impact considérable. Dans son costume de tribun, Churchill déroule alors un exposé lucide sur l'Europe meurtrie d'après-guerre et propose une vision audacieuse pour son futur.

L'idée maîtresse de ce discours ? L'urgence de construire l'unité européenne pour éviter que ne se répètent les tragédies de l'histoire : "Nous devons tous tourner le dos aux horreurs du passé et regarder vers l'avenir. Nous ne pouvons pas continuer de porter la haine et le désir de vengeance tels qu'ils sont nés des injustices passées. Si l'on veut préserver l'Europe d'une misère sans nom, il faut faire place à la foi en la famille européenne et oublier toutes les folies et tous les crimes du passé. Les peuples libres de l'Europe pourront-ils se hisser au niveau de cette décision ?"

"Les Etats.Unis d'Europe"

Sujet encore particulièrement sensible à l'époque, Churchill formule la condition sine qua non de cet avenir européen, à savoir la réconciliation franco-allemande : "Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l'Allemagne des partenaires. (...) On ne peut pas s'imaginer une renaissance de l'Europe sans une France intellectuellement grande et sans une Allemagne intellectuellement grande."

Pour l'homme d'état britannique, cette renaissance passe par la création de "quelque chose comme les États-Unis d'Europe". Une entité bâtie sur une identité et une histoire commune à même de relever les défis de l'avenir et de constituer une matrice de progrès pour les peuples : "Si l'Europe pouvait s'unir pour jouir de cet héritage commun, il n'y aurait pas de limite à son bonheur, à sa prospérité, à sa gloire, dont jouiraient ses trois ou quatre cents millions d'habitants."

"En avant l'Europe !"

Il évoque même en filigrane l'idée d'une citoyenneté européenne : "Et pourquoi n'y aurait-il pas un groupement européen qui donnerait à des peuples éloignés l'un de l'autre le sentiment d'un patriotisme plus large et d'une sorte de nationalité commune ? Et pourquoi un groupement européen ne devrait-il pas occuper la place qui lui revient au milieu des autres grands groupements et contribuer à diriger la barque de l'humanité ?".

Il y a 70 ans, Churchill terminait son discours sur ces mots : "En avant l'Europe !".

Jean-Baptiste CHATAIN (www.lepetitjournal.com/zurich) mardi 20 septembre 2016.
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Publié le 20 septembre 2016, mis à jour le 21 septembre 2016
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