L’entrée en Bourse d’Unitree Robotics avait tourné à la démonstration de force : +460 % dès la première séance à Shanghai et une valorisation qui a brièvement atteint 66 milliards de dollars. Quelques jours plus tard, le fabricant chinois de robots humanoïdes abandonnait près de la moitié de sa valeur au plus haut. Une spectaculaire correction qui pose une question : les investisseurs sont-ils allés trop vite dans leur pari sur la robotique chinoise ?


Un bond de 629 % à l’ouverture
Le 19 août restera comme une journée hors normes pour Unitree Robotics. Introduite sur le STAR Market, le compartiment technologique de la Bourse de Shanghai, l'entreprise de Hangzhou avait fixé son prix d'introduction à 150,8 yuans par action. Dès l'ouverture, le titre bondissait de 629 %, atteignant momentanément 1.100 yuans.
À ce niveau, la valorisation d'Unitree frôlait 445 milliards de yuans, soit environ 66 milliards de dollars. Le titre a finalement terminé sa première séance à 845 yuans, conservant une hausse spectaculaire de 460 % par rapport à son prix d'introduction.
Une performance d’autant plus remarquable que, selon Reuters, les introductions en Bourse chinoises avaient enregistré au cours des trois dernières années une progression moyenne de 226 % lors de leur première séance. Unitree a donc fait deux fois mieux.
30 milliards de dollars envolés
L'euphorie n'a pourtant duré que quelques jours. Après son envolée initiale, le titre a rapidement décroché. Au 25 août, l'action avait perdu environ 45 % par rapport à son sommet, après trois séances consécutives de baisse. La chute de valorisation représentait alors environ 30 milliards de dollars, soit près de 200 milliards de yuans partis en fumée.
La correction s'est encore poursuivie : le 26 août, l'action est descendue jusqu'à 571 yuans, soit près de 48 % sous son sommet de 1.100 yuans. Le lendemain, elle rebondissait légèrement pour terminer à 615 yuans, valorisant encore Unitree autour de 249 milliards de yuans.
Même après cette correction, le contraste reste saisissant : les investisseurs ayant obtenu des actions au prix d'introduction de 150,8 yuans restent largement gagnants, tandis que ceux entrés au plus fort de l'euphorie ont subi de lourdes pertes.
La star des robots chinois
Cette frénésie s'explique en partie par la place particulière occupée par Unitree dans l'industrie chinoise. L'entreprise est devenue le premier fabricant spécialisé dans les robots humanoïdes coté en Chine continentale, lui conférant une valeur de rareté auprès des investisseurs.
Ses robots sont également devenus des vedettes médiatiques. Les humanoïdes d'Unitree ont été vus en train de danser, courir, boxer ou exécuter des mouvements de kung-fu lors de grands événements en Chine. L'entreprise a récemment présenté un nouveau modèle baptisé « Superman », capable, selon elle, de sauter jusqu'à deux mètres et d'atteindre 12,66 mètres par seconde.
Mais derrière les démonstrations spectaculaires se trouvent aussi des chiffres en forte progression. Unitree aurait livré plus de 5.500 robots humanoïdes en 2025, tandis que son chiffre d'affaires serait passé de 393 millions à 1,7 milliard de yuans, selon les données citées lors de son introduction en Bourse.
Des profits qui ralentissent
C'est précisément sur les fondamentaux financiers que les premières interrogations apparaissent.
Reuters souligne qu'au premier trimestre 2026, le bénéfice net ajusté d'Unitree a reculé de 53 %, à seulement 40 millions de yuans, soit environ 6 millions de dollars, selon son prospectus.
L'écart entre ces résultats et les dizaines de milliards de dollars de valorisation atteints en Bourse nourrit les craintes d'une bulle. « Les investisseurs se sont laissés emporter par le récit de la révolution technologique », estime Dong Baozhen, président de la société de gestion Lingtong Shengtai, cité par Reuters.
D'autres analystes défendent cependant une lecture moins alarmiste. Pour Tian Feng, ancien responsable du SenseTime Intelligence Industry Research Institute cité par le Global Times, la baisse correspond davantage à un retour à une valorisation rationnelle qu'à une dégradation des perspectives de l'entreprise.
Le défi de la commercialisation
Car le principal défi d'Unitree ne se joue peut-être pas en Bourse mais dans les usines.
Malgré les progrès technologiques, les robots humanoïdes restent encore loin d'un déploiement industriel massif. Selon un rapport cité par le Global Times, leur taux de pénétration dans les applications industrielles demeure inférieur à 5 %. Une grande partie des machines est encore destinée à la recherche, à l'éducation ou au divertissement.
Wang Xingxing, fondateur et président d'Unitree, l'a lui-même reconnu lors de la World Robot Conference 2026 : les humanoïdes restent moins efficaces que les humains pour de nombreuses tâches et doivent souvent être réentraînés lorsqu'ils sont confrontés à une nouvelle situation. Il estime néanmoins que la robotique pourrait connaître son « moment ChatGPT » dans les deux à dix prochaines années.
Autrement dit, la technologie impressionne, mais son modèle économique à grande échelle reste encore à démontrer.
Une industrie stratégique pour Pékin
Le pari dépasse largement Unitree. La Chine a placé la robotique et « l'intelligence incarnée » au cœur de sa stratégie technologique, aux côtés de l'intelligence artificielle, des semi-conducteurs ou des véhicules électriques.
Le secteur connaît déjà une croissance rapide : les entreprises chinoises de robotique dépassant une certaine taille ont réalisé 165,5 milliards de yuans de chiffre d'affaires au premier semestre 2026, soit environ 24,6 milliards de dollars, en hausse de 24,5 % sur un an, selon des chiffres de CCTV repris par le Global Times.
Plus de 140 entreprises chinoises auraient par ailleurs lancé plus de 330 modèles de robots humanoïdes en 2025, illustration d'une compétition devenue particulièrement intense.
Pékin commence cependant à mettre en garde contre les excès. La Commission nationale du développement et de la réforme a récemment appelé les acteurs du secteur à éviter de suivre aveuglément les tendances et de multiplier les investissements sans débouchés commerciaux réels.
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