Édition internationale

Chine-Vietnam : un projet énergétique de 6 GW

Des entreprises chinoises et vietnamiennes ont signé un accord pour développer un vaste complexe énergétique bas carbone de 6 GW fondé sur l’éolien offshore et la production d’hydrogène vert. Ce projet illustre à la fois l’essor des coopérations énergétiques en Asie du Sud-Est et l’ambition de Pékin d’exporter ses technologies bas carbone.

Photo d'éoliennes offshorePhoto d'éoliennes offshore
Écrit par Arthur Fournon
Publié le 24 mars 2026, mis à jour le 30 mars 2026

Un cluster bas carbone au cœur de la coopération 

La coopération énergétique entre la Chine et le Vietnam franchit une nouvelle étape avec la signature récente d’un accord majeur visant à développer un vaste complexe énergétique bas carbone. L’entreprise chinoise Mingyang Smart Energy, le groupe vietnamien Xuan Thien et Power Construction Corporation of China ont annoncé la création d’un cluster énergétique d’une capacité totale de 6 gigawatts, reposant principalement sur l’éolien offshore.

Le projet doit être installé dans des zones maritimes favorables au large du Vietnam. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à exploiter le potentiel éolien de la région et à soutenir la transition énergétique du pays. L’infrastructure ne se limite pas à la production d’électricité : les partenaires envisagent également de développer une chaîne industrielle complète associant électricité verte, hydrogène vert et ammoniac vert, afin d’alimenter des industries locales et d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’export.

L’accord s’inscrit dans la dynamique du plan énergétique vietnamien (Power Development Plan VIII), qui prévoit un développement rapide des énergies renouvelables afin de réduire la dépendance du pays au charbon. Plusieurs entreprises chinoises participent déjà au développement de l’éolien vietnamien. Ainsi, le groupe Mingyang Smart Energy fournit notamment des turbines pour un important parc éolien côtier dans la province de Ca Mau, dans le sud du pays.

Pour Pékin, ces investissements participent d’une stratégie plus large d’exportation de ses technologies énergétiques. Les groupes chinois, qui disposent désormais d’une importante capacité industrielle dans les énergies renouvelables, cherchent à reproduire à l’étranger les modèles de développement énergétique mis en place sur leur propre territoire. L’Asie du Sud-Est constitue à cet égard un terrain privilégié, où la croissance de la demande électrique et les objectifs climatiques créent un marché particulièrement dynamique.

 

La Chine et les énergies renouvelables

Cette coopération régionale s’appuie sur une transformation profonde du système énergétique chinois au cours des deux dernières décennies. La Chine est aujourd’hui devenue le premier producteur mondial d’énergie éolienne et solaire. Cette domination industrielle s’explique notamment par les investissements massifs réalisés depuis les années 2010 dans les infrastructures de production et dans les chaînes d’approvisionnement. En parallèle, le pays a multiplié les projets de grande ampleur afin d’augmenter sa capacité de production d’électricité bas carbone.

L’hydroélectricité occupe une place centrale dans cette stratégie. Pékin envisage la construction d’un barrage hydroélectrique géant à Medog, dans l’Est du Tibet, sur le fleuve Yarlung Tsangpo. Avec une puissance prévue de 60 gigawatts, il deviendrait le plus grand du monde, produisant près de trois fois plus d’électricité que le barrage des Trois-Gorges. Inauguré au début des années 2000, ce dernier constituait déjà la plus grande centrale hydroélectrique du monde.

Au-delà de la production d’électricité, ces infrastructures répondent aussi à des objectifs industriels et stratégiques. Elles permettent de soutenir l’activité de nouvelles filières industrielles — batteries, turbines, panneaux solaires — qui sont devenues des secteurs clés de l’économie chinoise. Par ailleurs, elles contribuent à renforcer la sécurité énergétique du pays en réduisant la dépendance aux importations d’hydrocarbures.

 

Une transition guidée par la prudence 

Malgré cette expansion spectaculaire des énergies renouvelables, la politique climatique chinoise reste prudente. Le nouveau plan quinquennal présenté par le gouvernement chinois prévoit une baisse de 17 % de l’intensité carbone d’ici à 2030, c’est-à-dire du volume d’émissions par unité de produit intérieur brut. 

De nombreux secteurs industriels — sidérurgie, chimie, ciment — restent fortement dépendants du charbon. En Chine, la transition énergétique est conçue comme une politique industrielle, destinée à développer de nouveaux secteurs technologiques tout en préservant la stabilité économique.

Les considérations géopolitiques renforcent également cette approche. Le développement des énergies renouvelables apparaît aussi comme un moyen de renforcer l’autonomie énergétique nationale. 

 

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