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Un vendredi, un livre : le monde des hommes

Par Lepetitjournal Jakarta | Publié le 01/08/2019 à 23:30 | Mis à jour le 01/08/2019 à 23:30
le monde des hommes Pram livre indonesie

“Le monde des hommes” est le tome 1 de la tétralogie “Buru Quartet" de l'écrivain indonésien contemporain Pramoedya Ananta Toer dit ‘Pram’. Ce premier volet raconte l'histoire de Minke, jeune journaliste javanais à la fin du XIXème siècle sous la colonisation hollandaise. Cet indonésien, éduqué à l'européenne mais revendiquant son identité javanaise, évolue aisément au sein de la communauté coloniale.

Ce roman est le véritable chef-d'oeuvre de "Pram", celui d'une lutte contre les préjugés et pour le respect des droits de l'homme.

 

Bumi Manusia ou Le monde des hommes

 

Dans ce roman qui se situe à Surabaya, le héros, Minke, tire son nom de l’insulte ravalée d’un de ses professeurs dans un élan de racisme : « Vous n’êtes qu’un M…minke ! ». Il ne comprend pas alors la signification de ce sobriquet pourtant proche de « monkey » (singe), et l’adopte. Ce parti pris est l’allégorie de l’histoire qu’il nous raconte : celle d’un indigène fier, qui décide de s’élever dans une société dont les changements lui permettent cet espoir, tout en assumant de partir d’un statut social dégradé et en refusant de s’avilir à le renier.

Dans la société des Indes néerlandaises de la toute fin du 19ème siècle, la hiérarchie est claire : en bas de la pyramide, les indigènes à la peau foncée. Leur absence de nom de famille est révélatrice de leur statut, et source de mépris. Tout en haut, les Européens et avant tout les Hollandais. Les strates intermédiaires sont constituées des métis dont le physique révèle plus ou moins la part d’indigène. Voilà pour les distinctions physiques.

Les distinctions morales sont plus subtiles. Minke, élève brillant de la prestigieuse école HBS, gagne par son éducation et ses talents une aura sociale quasi égale à celle des Européens. Pourtant, il se heurte à la médiocrité de personnages dont le seul mérite est d’être nés avec les bons gènes, ce qui leur épargne la peine de devoir crédibiliser une hauteur sociale acquise de naissance.

Sans se lamenter sur cette injustice, Minke laisse ses ambitions suivre la vague des changements en cours. Son monde découvre le concept de « modernité », synonyme d’idéaux disruptifs. Par exemple, certains Européens réfléchissent à l’émancipation des populations indigènes avant même que celles-ci ne songent à l’indépendance. Cette initiation se fait au grès de discussions éclairantes avec des personnages de tous horizons : une concubine au rebut de la société, un ancien soldat colonial français, une professeure hollandaise aux points de vue progressistes, un médecin fin psychologue…

Minke rêve de devenir écrivain, il parle et écrit le néerlandais. Dans des journaux hollandais, il signe sous un pseudonyme des articles dénonçant le racisme dont les natifs sont victimes. Racisme qui s'exprime avec une violence et une cruauté particulières lorsqu'il se lie d'amitié avec Nyai, la concubine d'un riche colon hollandais, et tombe amoureux de sa fille Annelies, qu'il épouse, au mépris de toutes les conventions.

Une galerie de portraits, un pendant historique, de l’aventure, un incontournable donc à lire pour qui souhaite approfondir sa connaissance de l’Indonésie.

 

Les circonstances de l’écriture de ce livre :

 

Né en 1925 à Java, Pramoedya Ananda Toer, écrivain engagé, a d'abord été emprisonné par le gouvernement hollandais de 1947 à 1949. Puis, accusé de sympathie au communisme sous la dictature de Suharto, il est envoyé au bagne sur l'île de Buru (Moluques) de 1965 à 1979. C'est lors de sa détention sur l'île de Buru qu'il racontera ce récit à ses compagnons de détention. Faute de papier, ce n’est qu’ à partir de 1973 qu'il mettra par écrit ce récit qui se veut roman d’aventures et romanesque, il le termine en 1975. Grand humaniste et fidèle à ses idéaux, il sera surveillé jusqu’à la fin de sa vie et pratiquement toujours censuré.

 

Pramoedya Ananta Toer est l'auteur d'une cinquantaine de romans, essais et nouvelles traduits dans plus de 40 langues. Seules quelques œuvres sont traduites en français dont La fille du rivage (Gadis Pantai), Corruption (Korupsi), Le fugitif (Perburuan) et La vie n'est pas une foire nocturne disponible notamment à Jakarta à la bibliothèque de l'Indonesian Heritage Society.

 

Le monde des hommes Tome 1 - Pramoedya Ananta Toer - Édition Zulma

 

 

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