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Pourquoi les Chinois ont-ils le temps ? Rencontre à Parenthèses

Par Marc Schildt | Publié le 29/11/2017 à 05:41 | Mis à jour le 29/11/2017 à 06:33
Photo : Christine Cayol à la librairie Parenthèses
Cover Cayol

Christine Cayol, l’auteur de Pourquoi les Chinois ont-ils le temps ? partageait ses réflexions sur la conception qu’ont les Chinois du temps et leur rapport au temps bien différent des occidentaux.

Elle a pu dialoguer avec ses lecteurs lors d’une Rencontre - signature organisée par la Librairie Parenthèses mardi 21 novembre. 

Philosophe de formation, Christine Cayol part d’un constat simple : le monde va de plus en plus vite et les gens sont de plus en plus débordés alors que les outils pour gagner du temps sont plus nombreux. À ses yeux, un autre rapport au temps est possible et la culture chinoise est un moyen d’y accéder. 

L’idée du livre nous explique-t-elle lui est venue alors qu’elle travaillait sur son précédent ouvrage A quoi pensent les Chinois quand ils regardent Mona Lisa ?

"Dans ce dialogue avec un universitaire chinois, je lui posais trois questions majeures sur le regard face à une œuvre et donc le rapport à l'Art : qu’est-ce que tu vois ? Qu’est-ce que tu ressens ? Qu’est-ce que tu comprends ? Et dans ses réponses, la question du temps revenait régulièrement et de manière étonnante." 

Ce rapport particulier au temps, elle l’a aussi vécu lors de son arrivée en Chine : être conviée à la dernière minute dans des congrès situés à l’autre bout du pays ; voir comment des proches étaient capables d’aménager leur agenda pour l’accueillir ; ou comment de grands patrons pouvaient se libérer sans préavis pour régler un problème. Elle s’amuse maintenant de la "souplesse mentale" qu’il faut avoir pour s’adapter à la gestion du temps chinoise.

Partant de ces étonnements, elle a souhaité approfondir la question dans un ouvrage sous forme de méditations et d’une longue promenade.

Elle y combine son expérience personnelle authentique (15 ans de vie en Chine) et une approche interculturelle … sans vouloir en faire un sujet philosophique nous confie-t-elle, bien que le temps "soit la question par excellence en philosophie, comme en science (on mesure le temps, on l’analyse, on interprète les changements dans le temps...) et très certainement pour le business." 

Simple public, lecteur ou futur lecteur, on prend plaisir à écouter quelques-unes de ses méditations:

 

Christine Cayol Librairie Parentheses
Christine Cayol à la librairie Parenthèses

 

"Le temps en Occident n'est pas un ami". En Occident, on aime le mesurer et le définir. La pensée occidentale s’est construite sur l’idée de la mesure du temps et la mesure du changement, donc de l'espace-temps. "Depuis Platon, depuis Descartes, on veut maitriser quelque chose qui n’est pas maîtrisable."

Elle met en opposition la conception chinoise où le temps est plus inscrit dans l’histoire longue, celle de la Chine ancestrale. Il a une valeur plus cyclique. "Il est incertain certes, mais il apporte quelque chose, à l’image des saisons : on sème puis on récolte, les familles s’agrandissent et les générations se succèdent". C’est aussi une vision plus positive que celle occidentale.

La Chine aurait donc une chose bien différente. "On se guérit de la maladie du temps quand on sait que le temps ne se maîtrise pas et qu’il nous dépasse".

Elle interroge également la révolution numérique. "Cette omniprésence du digital qui plonge l’individu dans l'instantané, dans la réactivité". Pour elle, il ne s’agit plus d’un rapport au temps mais d’un état, celui d'être dans l'instant uniquement. Elle déplore que la technologie ne vienne plus réduire le temps comme par le passé (les temps de transport, de production, diminués pendant la révolution industrielle), ici le digital plonge littéralement dans l’instant et altère complétement ce qu’elle nomme "la capacité de présence" ou "la qualité de présence". 

Étonnamment, l'auteur semble avoir un regard différent sur l’usage du digital en Chine. "Le digital n’est pas exclusif de la rencontre en Chine", mais c'est un outil pour déclencher la rencontre. WeChat serait assez proche de la culture millénaire du réseau, de la culture des relations en Chine.

Elle nous livre également une belle image sur le temps qui serait en Chine "un temps plus émotionnel et plus affectif" qu’en Occident. Pour preuve, lors des rencontres ou des déjeuners, un long moment est réservé pour instaurer un climat, une atmosphère, alors que le convive pourrait avoir l’impression que ce temps et perdu.

Dans la gestion de ce temps, on apprend que le summum pourrait être lorsque certains Chinois arrivent à s’aménager "des temps vides, où rien n’est prévu ; mais cela ne veut pas dire que rien ne se passe". 

Christine Cayol n’est pas une adepte de la lenteur comme elle l'expliquait et c’est vrai ! En une heure, elle a pu partager un grand nombre de réflexions que le lecteur pourra retrouver dans son livre.

 

Livre Christine CayolPourquoi les Chinois ont-ils le temps? 
Christine Cayol
Edition Tallendier, 256p.

 

 

 

 

Prochaine rencontre : Jeudi 30 novembre sur la Crise environnementale en Chine - Détail ici 

 

Livre Pourquoi les Chinois ont ils le temps

 

Marc Schildt Hong Kong lepetitjournal

Marc Schildt

En charge de l'édition de Hong Kong du site lepetitjournal.com
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