En Irlande, les saisons se reconnaissent rarement au calendrier, et certainement pas à une météo fiable, mais plutôt aux petites choses qui recommencent à se produire. Au fil des années, ces rituels familiaux évoluent avec les enfants, tout en continuant à donner un rythme à la vie de famille. Ciara Winters, du blog Our Little House in the Country, nous raconte les petits rituels qui rythment la vie de famille en Irlande, de l’automne à l’été, et évoluent à mesure que les enfants grandissent.


Nous sommes samedi matin au moment où j’écris ces lignes, et les signes du mois de septembre sont partout. Les cartables ont été abandonnés dans l’entrée après la demi-journée d’école d’hier, les boîtes à déjeuner et les gourdes sont empilées près de l’évier de la cuisine et, devant la porte, se trouve notre habituelle collection de bottes d’écurie, de chaussures de marche et de bottes en caoutchouc, déjà bien plus boueuses qu’il y a quelques semaines.
Après un début de mois de septembre étonnamment chaud, l’automne est véritablement arrivé cette semaine. Hier, il pleuvait, il y avait du vent et il ne faisait que 12 degrés. En empruntant la petite route de campagne pour aller m’occuper de notre cheval, j’ai remarqué les feuilles éparpillées sur la chaussée, les haies qui commençaient à changer de couleur et cette première odeur si reconnaissable des feux que l’on rallume dans les maisons voisines.
C’est peut-être ainsi que nous reconnaissons vraiment les saisons en Irlande. Rarement grâce au calendrier, et certainement pas grâce à une météo fiable, mais plutôt à travers toutes ces petites choses qui recommencent à se produire.
Automne : tout recommence
Après plus de 25 ans dans l’enseignement, d’abord comme enseignante puis comme directrice adjointe, septembre m’a toujours davantage donné l’impression de marquer le début de l’année que janvier. Il y a quelque chose dans le retour à l’école et à la routine, dans la lumière qui change et les premières matinées plus fraîches, qui ressemble à un nouveau départ.
Chez nous, les vrais repas du dimanche reprennent eux aussi. J’aime ces matinées de dimanche en automne, lorsque la radio joue pendant que j’épluche les pommes de terre et prépare un rôti, tandis que chacun vaque à ses occupations du week-end. L’un peut être à cheval, un autre en randonnée, en train d’étudier ou simplement de prendre son temps, mais nous finissons toujours par nous retrouver autour de la table.
Lorsque nos enfants étaient petits, l’automne était synonyme de cueillette de mûres et de ramassage de marrons. Ils rentraient à la maison avec des marrons cachés dans les poches de leurs manteaux, leurs cartables et tous les endroits où ils pouvaient en glisser. Ils étaient traités comme des bijoux, alignés sur les rebords des fenêtres et farouchement protégés des frères et sœurs.

Les mûres avaient rarement autant de chance. J’ai une photo de nos enfants, encore dans leurs vêtements de maternelle et chaussés de bottes en caoutchouc, en train d’en cueillir dans la lumière dorée d’une soirée de septembre. Je leur disais d’attendre que nous soyons rentrés et que nous les ayons lavées. Inévitablement, la moitié avait déjà été mangée avant même que le seau n’arrive dans la cuisine. Ce qui restait finissait généralement avec les pommes du jardin dans un crumble ou une tarte.
Il y a quelques semaines, j’ai descendu du grenier nos décorations d’automne et découvert que certains de ces vieux marrons se trouvaient encore au fond d’une boîte. Je les ai de nouveau disposés dans la maison.
Halloween aussi a changé. Les feux de joie, les costumes, les jeux et la chasse aux bonbons de la petite enfance ont peu à peu laissé place à des citrouilles sculptées de manière élaborée et à un dîner d’Halloween en famille. La fête est toujours là ; nous avons simplement changé notre manière de la célébrer.
HALLOWEEN EN IRLANDE – Une expérience unique
Hiver : se retrouver à l’intérieur
En hiver, nos matinées commencent dans l’obscurité. Nos adolescents partent prendre leur bus scolaire vers 7 h 30 et 7 h 50 et, en décembre, le ciel peut encore être sombre lorsqu’ils franchissent la porte.
C’est peut-être à cause de cette obscurité que la maison prend alors un autre rôle. À la tombée du jour, je ferme les rideaux et les stores, j’allume les lampes dans la maison, quelques bougies et, s’il fait suffisamment froid, le poêle. Les plaids ont élu domicile en permanence sur nos canapés. La cocotte et la mijoteuse reprennent du service : currys, soupes, purées de pommes de terre et plats mijotés généreux qui peuvent cuire doucement pendant que chacun poursuit le rythme chargé des journées de semaine.
Et puis Noël commence à se faire sentir.
Depuis que nos enfants sont tout petits, le jour où ils terminent l’école pour les vacances de Noël est consacré à la fabrication de maisons en pain d’épices. Ils sont adolescents maintenant. Nous continuons à les faire.
D’autres traditions ont naturellement changé. Autrefois, la veille de Noël tournait autour de la crèche vivante pour enfants organisée dans notre église locale, dans laquelle nos deux enfants ont incarné au fil des années aussi bien Marie et Joseph que les Rois mages ou les aubergistes. Aujourd’hui, ce sont plutôt mes parents qui viennent dîner chez nous.
Pourtant, une fois qu’ils sont repartis, nous sommes toujours tous les quatre à enfiler nos pyjamas de Noël, à ressortir notre exemplaire de The Night Before Christmas et à regarder The Snowman. Il y a certaines choses que, apparemment, personne n’a l’intention d’abandonner en grandissant.
J’aime tout autant les journées plus calmes qui suivent. Il peut y avoir une promenade sur la plage dans le froid, tout le monde emmitouflé dans son manteau, puis le retour à la maison, les vêtements confortables, les restes du repas et un feu. Pendant quelques jours, personne ne sait vraiment quel jour nous sommes et il n’y a nulle part où il est particulièrement urgent d’aller.
Les traditions de Noël en Irlande
Printemps : guetter la lumière
En Irlande, le printemps s’annonce rarement par la chaleur. Février et mars peuvent être extrêmement froids, et même avril peut encore nous surprendre.
Ce que je remarque, en revanche, c’est la lumière.
Un matin, nous ne nous sommes plus réveillés dans l’obscurité totale. Peu après, quelqu’un finit inévitablement par remarquer que « les soirées s’allongent vraiment ». Les perce-neige apparaissent alors que l’hiver semble encore décidé à s’attarder, les oiseaux deviennent nettement plus actifs dans notre jardin et, soudain, cinq heures de l’après-midi offre suffisamment de lumière pour faire encore une promenade.

La Sainte-Brigitte m’a accompagnée à travers de nombreuses étapes de ma vie. Enfant, je fabriquais des croix de Sainte-Brigitte et j’en portais une sur mon foulard lorsque j’étais Brigín (NDLR: Le terme brigín désigne une jeune fille membre d'un mouvement de scoutisme). Plus tard, j’en ai fabriqué avec les enfants dans mes propres classes, improvisant parfois avec des pailles de loisirs créatifs lorsque les joncs étaient difficiles à trouver. Puis, avec le temps, mes propres enfants ont commencé à rapporter leurs croix de l’école.
La Saint-Patrick et Pâques nous ont accompagnés de manière assez similaire. Il y a eu les défilés, les trèfles, les paniers de Pâques et les chasses aux œufs très élaborées qui s’étendaient autrefois dans tout notre jardin et jusque chez nos voisins. Aujourd’hui, les week-ends de printemps ont davantage tendance à tourner autour des concours équestres de notre fille.
Mais le sentiment associé à la saison reste le même : les meubles de jardin ressortent, nous prenons le café dehors chaque fois que la météo le permet, les oiseaux ramassent des brindilles pour leurs nids et la vie de famille se déplace progressivement de nouveau vers l’extérieur.
Été : suivre la météo
Pour notre famille, les vacances d’été commencent souvent par la France. Nous y allons depuis que nos enfants sont tout petits : d’abord avec une tente et une remorque remplie à ras bord de matériel de camping, puis en camping-car et aujourd’hui dans un camping que nous aimons particulièrement dans la vallée de la Loire. Désormais, nous avons tendance à partir presque aussitôt l’école terminée. C’est devenu notre manière de quitter doucement un rythme pour en adopter un autre.
Pourtant, certains de mes souvenirs les plus forts des étés de nos enfants se trouvent bien plus près de chez nous.
Il y avait les petites piscines installées au bas du toboggan construit par leur père, les arroseurs, les bombes à eau, les flamants roses et les licornes gonflables, les poules et les canards, les livres lus perchés dans les arbres et les longues soirées où l’heure du coucher devenait de plus en plus théorique. Ils passaient des heures dehors à fabriquer des choses, à inventer des jeux et à disparaître dans des mondes créés par leur imagination.
L’ouest de l’Irlande a également toujours fait partie de notre vie. Ma mère est originaire du Mayo et j’y ai moi-même passé de nombreux étés lorsque j’étais enfant. Mes parents y ont aujourd’hui une maison, et mes propres enfants ont grandi en connaissant le même paysage. Après le long trajet vers l’ouest, apercevoir Clew Bay et Croagh Patrick procure toujours cette merveilleuse sensation de pouvoir enfin souffler.

Bien sûr, un été irlandais exige une certaine souplesse. Vous pouvez partir vous promener sous un ciel bleu et rentrer en découvrant que les montagnes ont été englouties par la brume. Je me souviens d’avoir nagé, fait du kayak et de la planche à voile sous la pluie lorsque j’étais enfant. Parfois, la seule approche raisonnable consiste à enfiler les vêtements adaptés et à y aller malgré tout.
Ce qui revient
Nos enfants sont aujourd’hui dans la deuxième moitié de leur adolescence et, au fil des années, je suis devenue de plus en plus convaincue que les traditions familiales devraient elles aussi avoir le droit de grandir.
Nous n’allons plus voir le Père Noël et nous n’organisons plus d’immenses chasses aux œufs de Pâques. La chasse aux bonbons d’Halloween a disparu. La petite piscine a été rangée depuis longtemps.
Pourtant, les citrouilles sont toujours attendues à Halloween. Les maisons en pain d’épices marquent toujours le début des vacances de Noël. Nous décorons toujours le sapin ensemble. Le repas du dimanche continue de donner son rythme à un week-end d’automne. Et, heureusement, nos adolescents ont toujours envie de faire leurs valises et de voyager avec nous.
Je ne pense pas que les traditions aient besoin de rester exactement les mêmes pour avoir de l’importance. Nous ne devrions pas non plus continuer à faire quelque chose simplement parce que nous l’avons toujours fait. Les familles changent. Les enfants grandissent. Le rituel qui enchantait un enfant de cinq ans n’a peut-être plus beaucoup de place dans la vie d’un adolescent de quinze ans.
Peut-être que ce qui compte, c’est de continuer à marquer les différentes périodes de l’année d’une manière qui ait du sens pour les personnes que nous sommes aujourd’hui.
Et pour les familles qui construisent leur vie en Irlande, je ne pense pas qu’il existe une seule bonne manière de créer une vie de famille « irlandaise ». Allez voir le défilé local, participez à une célébration de Samhain, découvrez la Sainte-Brigitte, prêtez attention à ce que vos enfants rapportent de l’école. Laissez les traditions de l’endroit où vous vivez se mêler à celles que vous avez apportées avec vous, et permettez aux vôtres de se développer au fil du temps.
Car ce que les enfants gardent avec eux n’est pas toujours lié aux occasions que nous nous sommes donné le plus de mal à créer.
Parfois, ce sont simplement les choses qui revenaient fidèlement.
Les mûres en septembre. Un livre familier la veille de Noël. La première soirée lumineuse du printemps. Une route menant vers la mer en été.
Ou une poignée de vieux marrons, ramassés des années auparavant par de jeunes enfants, retrouvés au fond d’une boîte et ressortis pour marquer l’arrivée d’un nouvel automne.
À propos de Ciara Winters
Ciara Winters est l’autrice et la créatrice du blog Our Little House in the Country, où elle explore la vie au fil des saisons, la famille, l’art de créer un foyer chaleureux et le sens que l’on peut trouver dans les petits rituels du quotidien. Institutrice et ancienne directrice adjointe d’école, elle vit dans la campagne irlandaise avec son mari et leurs deux adolescents. Ses écrits sont nourris par son amour de la maison, le rythme des saisons et l’envie de vivre davantage en accord avec ce qui compte vraiment.
Site : Our Little House in the Country
Instagram : profil Instagram d’Our Little House in the Country
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