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Cristina Morales: le phénomène littéraire qui irrite l’Espagne

Par Manon de Cabarrus | Publié le 31/10/2019 à 20:00 | Mis à jour le 31/10/2019 à 20:00
Photo : Image extraite de la conférence Cristina Morales: "Lectura Fácil", Espacio Fundación Telefónica Madrid 
Cristina Morales

La jeune auteure, originaire de Grenade, vient d’être récompensée par le Prix National de Littérature Narrative remis par le ministère de la Culture pour son roman Lectura Fácil.

Son ouvrage présente la vie de quatre femmes, ayant un handicap mental, qui vivent dans un appartement sous la tutelle de la Généralité de Barcelone. Elles sont confrontées à plusieurs formes de contrôle social. Nati, Patri, Marga et Àngels vivent libres et sans complexe dans une ville qui ne leur est pourtant pas adaptée. Ce roman célèbre le corps, la sexualité, et la dignité des personnes stigmatisées par l’étiquette du handicap. C’est une critique sociale qui dresse le portrait de la société espagnole actuelle, avec comme décors la ville de Barcelone. 

Récompensée pour sa "proposition radicale", c’est un texte absolu dans ses idées, sa forme et sa langue, selon son éditeur. Le style est en effet résolument moderne : on y retrouve des messages WhatsApp, un fanzine et des passages de ces fameuses lecturas fáciles, textes éponymes adaptés pour faciliter leur compréhension. Ce n’est pas la première récompense de cet ouvrage, couronné l’année dernière du prestigieux Premio Herralde de la Novela. 

 

cristina morales


Un roman éminemment politique et féministe

Diplômée de droit international, Cristina Morales vit aujourd’hui à Barcelone. En 2017, son roman Terroristas Modernos avait fait parler de lui : retraçant une tentative d’assassinat ratée contre Fernando VII, il avait pour thème la colère citoyenne et la violence de l’Etat, questions qui résonnent avec l’actualité.  

"Un livre ne renverse pas un gouvernement, mais la lecture est en soi un acte émancipateur" a déclaré l’écrivaine, interviewée par El Pais sur le pouvoir politique de la lecture. Ce livre représente sa prise de conscience, et elle admet qu’elle ne s’attendait pas à une telle unanimité. Lectura Fácil est en effet un roman éminemment politique et féministe, et la jeune artiste ne cache pas ses opinions politiques anticapitalistes, antisystème et antipaternalistes et décrit son pays comme "fachiste et machiste". 

Cristina Morales a également pris position sur les violences à Barcelone, déclarant qu’elle se réjouissait du soulèvement et qu’on ne pouvait espérer de la police que de la violence. La porte-parole du gouvernement, Isabel Celaá, a vivement critiqué cette opinion, répondant que personne ne pouvait se réjouir de voir les rues de son pays s’embraser, ajoutant que "la violence n’entraîne que la violence". 


Le paradoxe de l’écrivain antisystème

Les critiques de toutes parts ne se sont pas faites attendre : ABC titre "Le paradoxe de l’écrivain antisystème : 20.000€ pour un prix du Gouvernement et des voyages aux frais de l’Etat", faisant référence à la tournée organisée par le ministère des Affaires Etrangères à Cuba pour promouvoir la littérature espagnole. Albert Rivera, à la tête du parti Ciudadanos, se dit indigné par cette dotation de 20.000€. Elle permettra, selon l’auteure, de continuer à écrire et à en vivre. 

L’éditeur, Anagram, par ailleurs a annoncé la sixième réimpression de l’ouvrage. Aujourd’hui, pour espérer obtenir un exemplaire dans l’une des bibliothèques publiques de Madrid ou Barcelone, il faut s’armer de patience car les listes d’attentes s’allongent et atteignent cinq mois. Les polémiques ne portent finalement pas atteinte au succès de l’ouvrage. 
 

manon de cabarrus

Manon de Cabarrus

Etudiante en Sciences Politiques à Paris, Manon est en échange cette année à Madrid. Passionnée de politique, d’économie, de photographie et de débat, elle souhaite devenir journaliste.
3 Commentaire (s)Réagir
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Avo 7 mer 06/11/2019 - 00:23

Pays fasciste dont le Ministère de la Culture lui remet un prix : décidément le mot fasciste est tellement galvaudé qu'il ne veut plus rien dire...

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Avo 7 mer 06/11/2019 - 00:20

Elle a le profil psychologique voulu pour être atteinte du syndrome de Stockholm.

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Pas ven 01/11/2019 - 12:24

Un pays fasciste l'Espagne, c'est tellement excessif que l'on ne peut pas prendre l'auteure au sérieux

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