Édition internationale

« C’est une question d’organisation » : vivre avec le décalage horaire en Thaïlande

Travailler avec l’Europe, appeler sa famille en pleine nuit ou regarder un match à 2h du matin : pour les expatriés en Thaïlande, le décalage horaire impose de nouvelles habitudes.

Globe et réveils Globe et réveils
Écrit par Juliette THORIN
Publié le 22 octobre 2026

Dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 octobre 2026, la France passe à l’heure d’hiver. Le décalage horaire avec la Thaïlande passe de cinq à six heures.

 

À Bangkok ou à Chiang Mai, il faut parfois décaler son réveil, prolonger sa journée de travail ou adapter son sommeil en fonction d’un rendez-vous à l’autre bout du monde. Cette vie à 10.000 kilomètres de Paris impose un rythme particulier aux expatriés qui conservent des liens professionnels et personnels avec l’Europe. Pour certains, cette contrainte devient une habitude.

 

Des journées organisées autour des fuseaux horaires

 

Installé à Bangkok depuis deux ans, dans le cadre d’un volontariat international en entreprise (VIE), Adrien Maruejouls travaille pour Phodé, une entreprise du sud de la France spécialisée notamment dans les compléments alimentaires pour animaux.

 

Son poste mêle commerce et accompagnement technique auprès de distributeurs en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, au Vietnam, en Malaisie et en Thaïlande. Seul représentant de l’entreprise sur place, il assure également des missions de marketing et de communication.

 

Ses journées s’organisent en fonction de ses interlocuteurs. « Le matin, je suis avec mes clients locaux, ceux en Asie qui ont la même heure que moi. » L’après-midi est consacré aux échanges avec la France avant de passer aux marchés américains en fin de journée. Certaines réunions avec ses interlocuteurs en Amérique peuvent ainsi durer de 18h à 21h, heure thaïlandaise.

 

Cette organisation demande aussi une certaine autonomie. Lorsqu’il a besoin de l’aide de ses collègues en France, il doit parfois attendre l’après-midi pour obtenir une réponse. « Être seul dans cette tranche horaire m’a fait beaucoup évoluer », explique-t-il.

 

Dans son secteur, les demandes peuvent également arriver en dehors des horaires habituels. Lorsqu’il travaille avec des exploitations agricoles, l’activité se poursuit sans nécessairement s’arrêter à la fin de la journée. Adrien Maruejouls dispose donc d’un téléphone professionnel et vérifie ses messages, même en dehors de ses horaires de travail.

 

Pour autant, le décalage horaire ne constitue pas un obstacle majeur à ses yeux. « Dans l’ensemble, ça se passe plutôt bien. C’est juste une question d’organisation. » S’il reconnaît que la fatigue peut se faire sentir, il considère cette contrainte comme une composante de son expérience à l’étranger. À 25 ans, il apprécie cette vie professionnelle et ne se projette pas nécessairement dans ce mode de fonctionnement pour toute sa carrière.

 

Une contrainte pour les entreprises internationales

 

Pour Alexis, qui travaille chez DocShipper, une société spécialisée dans la logistique internationale, la question des fuseaux horaires se pose également à l’échelle de l’entreprise. Celle-ci dispose d’une présence importante en Thaïlande et collabore avec des équipes réparties dans plusieurs pays.

 

Dans ce type d’organisation, les horaires des collaborateurs peuvent devenir un enjeu pour coordonner les opérations, communiquer avec les clients et faire avancer les dossiers. La présence en Asie permet notamment de travailler avec des interlocuteurs locaux tout en maintenant des échanges avec les équipes européennes.

 

Des réunions de famille parfois en pleine nuit

Le décalage horaire ne concerne pas uniquement le travail. Pour Paul, expatrié en Thaïlande avec sa femme et son fils depuis quelques années, il complique aussi les échanges avec ses deux filles adultes qui vivent en Europe.

Les réunions de famille en visioconférence demandent une certaine anticipation. Lorsqu’elles sont organisées en soirée en Europe, elles peuvent commencer à 1h ou 2h du matin en Thaïlande.

 

Pour éviter de veiller trop tard, Paul essaie donc de trouver des horaires qui conviennent à tout le monde. « Le plus simple, c’est d’utiliser l’heure du déjeuner en Europe, vers 13h, ce qui fait 18h chez nous », explique-t-il. Les échanges se font alors sur WhatsApp autour d’un rendez-vous organisé à l’avance.

 

Les habitudes ont aussi changé avec les outils numériques. « Merci les nouveaux moyens de communication parce que, quand j’étais en Thaïlande il y a 15 ans, ce n’était pas la même chose », souligne-t-il. Si les distances restent les mêmes, les appels vidéo permettent aujourd’hui de maintenir plus facilement les liens familiaux. « C’est un petit casse-tête mais un casse-tête rigolo », résume-t-il.

 

Des réveils à 2h du matin pour suivre le sport

Grand amateur de sport, Paul doit également composer avec les horaires des compétitions internationales. Les grandes affiches de football et de rugby, souvent programmées à 21h en Europe, sont diffusées autour de 2 ou 3 heures du matin en Thaïlande.

 

Deux solutions s’offrent alors à lui : dormir quelques heures avant le match et programmer un réveil en pleine nuit ou rester éveillé jusqu’au coup d’envoi et se coucher au petit matin. Son emploi du temps relativement flexible lui permet de récupérer le lendemain en se levant plus tard.

 

Le décalage horaire peut même devenir un avantage. Certaines compétitions diffusées en milieu d’après-midi en Europe, comme le biathlon, sont retransmises en soirée en Thaïlande. Il peut ainsi suivre les épreuves en semaine sans bouleverser son sommeil.

 

Lors des Jeux olympiques, il a poussé cette organisation à son maximum. « J’étais dans mon canapé de 17h à 3h du matin tous les jours pendant tous les Jeux pour tout suivre », raconte-t-il.

 

Ces nuits à rallonge ne semblent toutefois pas bouleverser son quotidien. « Je n’ai jamais eu vraiment besoin de beaucoup de sommeil non plus », plaisante-t-il.

 

Pour ces expatriés, le décalage horaire ne disparaît donc jamais complètement. Il oblige à anticiper les réunions, à adapter ses horaires et parfois à sacrifier quelques heures de sommeil. Mais avec un peu d’organisation et des habitudes adaptées, cette contrainte devient aussi l’une des réalités ordinaires d’une vie entre plusieurs pays.

Publié le 22 octobre 2026, mis à jour le 22 octobre 2026
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