Édition internationale

Armelle Hammoumi Müller : « Voter, c’est dire nous existons, nous comptons »

Dans le cadre de la campagne des élections consulaires, nous donnons la parole aux têtes de liste de l'Autriche. Armelle Hammoumi Müller se présente pour la liste UNION DE GAUCHE ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE.

Armelle Hammoumi Müller Armelle Hammoumi Müller
Écrit par La Rédaction
Publié le 20 mai 2026

 

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Je m'appelle Armelle Hammoumi Müller, je suis originaire de Paris et j'ai fait de Vienne mon chez-moi depuis 27 ans maintenant. J'ai passé 15 ans dans les ressources humaines et la gestion de projets dans le secteur informatique, à sillonner l'Europe centrale entre Vienne, Ljubljana, Budapest, Belgrad et Bucarest. Aujourd'hui je suis formatrice spécialisée dans la santé des femmes, un domaine qui me tient profondément à cœur.

Depuis toujours, je m'engage aussi dans la vie associative : d'Amnesty International à Ute Bock, puis dans des associations de défense des droits des patientes, et aujourd'hui au sein de NOUS, Neue Ökologie und Solidarität, une association française et francophone en Autriche que nous avons cofondée pour faire vivre la communauté française à Vienne et dans toute l’Autriche. Notre passion est de créer des espaces de réflexion, d’échange et de solidarité autour d’activités très diverses allant du cinéma au théâtre, en passant par des conférences sur l’IA et des ateliers fermentation. Il y a quelque chose de très satisfaisant dans nos rencontres : nous apprenons toujours quelque chose de nouveau et nous nous auto-formons et formons.

 

Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?

Pour moi, c'est d'abord une mission d'écoute et de lien. Nous vivons loin de la France, souvent dans des situations administratives complexes, parfois isolés et pourtant nous payons des impôts, nous votons, nous contribuons à la vie de nos pays d'accueil et à celle de la France. Être conseillère, c'est s'assurer que cette réalité-là est entendue, que personne n'est laissé de côté. J’attache beaucoup d’importance aux permanences dans toute la circonscription. Mon colistier Etienne Leroy et moi-même nous nous engageons à continuer à faire des tournées pour rencontrer tous nos concitoyens sur toute la circonscription, qu’ils soient à Innsbruck, Graz, Vienne, Bratislava, Ljubljana ou à Koper.

Le rôle de conseillère des Français de l’étranger consiste aussi à faire le pont entre les personnes de notre communauté et les institutions, pour que les droits ne restent pas théoriques mais deviennent des réalités concrètes dans la vie de chacun et que chaque personne puisse être bien informée et pris en charge par nos services publics. Il y a des informations et des ressources disponibles mais celles-ci n’atteignent souvent pas leur public. Notre ambition est de développer la communication, la transparence et une véritable démocratie participative. Lors de mes échanges avec la communauté française, beaucoup ont évoqué la charge importante qui repose encore sur les mères dans l’organisation de la vie familiale et administrative. Les femmes prennent souvent en charge les démarches pour toute la famille ainsi que le suivi de la scolarité et du quotidien des enfants, alors même que leurs besoins restent parfois peu visibles.

Dans notre circonscription, les quatre sièges représentant trois pays sont actuellement occupés par des hommes. Nous pensons qu’une représentation plus diverse permettrait de mieux prendre en compte les réalités de toutes et tous. Je suis tête de liste et une femme mais surtout tout notre programme est porté par cette attention au quotidien, à l’égalité et à la représentation de chaque personne.

 

Comment avez-vous constitué votre liste ?

Notre liste est née d'une envie collective de faire vivre la démocratie, d'un élan partagé pour représenter la gauche et l'écologie concrètement dans notre circonscription. Notre liste s’est développée de manière organique. Avec des Françaises et des Français engagés de Vienne, Graz, Linz, Salzburg, mais aussi de Bratislava et Ljubljana, nous avons construit quelque chose ensemble pas depuis un bureau, mais depuis les réalités du terrain. Nos réunions et rencontres sont toujours des lieux de partage pour la communauté française attachée à l’État de Droit, aux services publics et à l’écologie. Nos réunions sont devenues au fur et à mesure des lieux d’espoir, de solidarité et de joie.

Pour la conception de notre programme nous avons, par exemple, mené un sondage, des réunions inversées, c’est-à-dire que nous avons conduit des entretiens avec de nombreux membres de la communauté française pour écouter leurs préoccupations. Puis nous étions une vingtaine de personnes de tous horizons qui se sont retrouvés pendant plusieurs jours entiers pour travailler ensemble sur notre programme et notre circulaire. Chaque personne amenait une connaissance profonde de son domaine et de sa géographie : milieu associatif, enseignement au lycée, recherche, enseignement de la langue française, … Notre liste est le résultat d’une envie d’un collectif engagé pour faire vivre la démocratie. Nos réunions font parfois penser à des conventions citoyennes.

Notre liste, l'Union de gauche écologique et solidaire, porte des valeurs d'écologie, de solidarité et de justice sociale profondément ancrées dans le quotidien des Françaises et Français.

Notre liste a le soutien des forces actives de gauche dans notre circonscription : les Écologistes, les Grünen Wien, la France Insoumise et l’Après. Certains d’entre nous sont adhérents d’un parti, d’autres pas. Moi-même j’ai fait le choix d’adhérer au parti Les Écologistes en 2024 après les longues réflexions et après avoir vu le travail fait par notre sénatrice, Mathilde Ollivier, elle-même résidant à Vienne. Son engagement et son attachement au terrain, sa proximité, son accessibilité et son écoute font d’elle une jeune sénatrice qui rend la politique meilleure et qui donne de l’espoir.

 

Pourquoi est-il important pour les Français de l'étranger de prendre part à ces élections consulaires ?

Les conseillers des Français de l'étranger sont tout d’abord des élus de proximité, des porte-paroles et acteurs de la solidarité. Il y a un autre aspect crucial, un levier important : les conseillers des Français de l'étranger élisent les membres de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) et participent à l'élection de nos sénateurs et sénatrices. Ils peuvent ainsi peser sur des sujets très concrets comme l'accès aux services consulaires, la protection sociale, l’égalité des droits pour les retraites internationales, une éducation française accessible, un droit effectif au compte bancaire en France ou encore les liaisons ferroviaires avec la France. Voter, c'est refuser d'être invisible et renforcer la parole des Français de l’étranger. C'est dire "nous existons, nous comptons, et nous voulons des représentantes et représentants qui se battent vraiment pour nous."

Nous avons la chance d’avoir deux sénatrices très engagées et à l’écoute ainsi que des élu·es à l’AFE qui représentent avec passion nos intérêts. Nous sommes aussi en contact avec noe élu·es de l’Union Européenne. Nous avons ainsi organisé la visite de David Cormand en novembre 2025.

 

Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?

Il y en a plusieurs, mais je vais parler de deux qui nous touchent particulièrement. Le premier, c'est la disparition du train de nuit Paris-Vienne. Avec près de 90 000 voyageurs par an, ce train était bien plus qu'un moyen de transport : c'était un lien vital avec la France, avec nos familles, nos proches. Sa subvention a été supprimée fin 2025 et depuis, il n'existe plus aucune liaison directe entre la France et l'Autriche. La raison annoncée est une restriction budgétaire mais le train de nuit Paris-Vienne coûtait 5 millions et il a été remplacé par la ligne d’avion Strasbourg-Munich pour 10 millions d’euros. C'est un véritable déchirement pour notre communauté, et nous nous battons pour le retour du train de nuit Paris-Vienne.

Le second défi, moins visible mais tout aussi injuste, c'est celui des retraites. Les Françaises et Français ayant construit une carrière internationale sont, à nouveau et depuis 2022, pénalisés par les méthodes actuelles de calcul et les femmes le sont encore davantage. Il s’agit de pertes de retraite dépassant les 50%. C’est pour cela que j’ai par exemple organisé un webinaire d’information avec le coordinateur du groupe de travail sur les retraites au sein de l’AFE. Nos élus AFE et nos sénatrices les Écologistes sont mobilisés pour mettre fin à cette discrimination des Françaises et Français de l’étranger.

Lors des élections consulaires la communauté française a la possibilité et la chance de choisir ses représentant·es pour 6 ans. Ces élu·es représenteront la communauté et pourront être amenés à être un rempart face à une échéance des élections présidentielles de 2027 très proche et qui nous fait craindre une vague autoritaire qui menacerait immédiatement notre communauté et nos droits. Nous avons besoin d’une gauche forte et unie.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos