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DIRIGEANTS FRANÇAIS EN POLOGNE - Michel Oldenburg, Directeur Ubifrance en Pologne

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 28/10/2013 à 23:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

 

Michel Oldenburg est directeur de Ubifrance en Pologne. Arrivé depuis 2 ans en Pologne, il occupe également le poste de chef de la zone Europe Centrale et Balte. Une fonction qui l'amène à accompagner les PME françaises qui cherchent des débouchés sur ces marchés. Il nous expose sa vision de la Pologne, les opportunités commerciales qui sont à prendre, ainsi que ses principales actions pour renforcer la présence de la France en Pologne. 

Lepetitjournal.com/Varsovie - Pouvez-vous rappeler aux lecteurs du Petit Journal quelles sont les missions d'Ubifrance en Pologne ?
Michel Oldenburg
- Ubifrance est le bras armé du commerce extérieur de la France. En Pologne, comme ailleurs dans le monde, les équipes d'Ubifrance ont pour objectif de déceler les opportunités commerciales du marché polonais et de mettre en face une entreprise française. Facilitateur d'export, Ubifrance accompagne les PME françaises dans leur développement à l'export. C'est une agence qui dépend du ministère français de l'Economie des Finances et de l'Industrie. A ce titre, elle répond à une mission de service public car il faut savoir que 1 milliard d'euros d'exportations font 10.000 emplois créés ou sauvegardés en France.

Pourquoi la Pologne résiste-t-elle mieux à la crise qu'ailleurs en Europe ?
La Pologne connait des résultats économiques meilleurs que les autres pays d'Europe. Et si elle voit son rythme de croissance se ralentir en 2013 et tomber à un taux de 1,5%, ce ralentissement n'est que "relatif"  ! En 2014, on s'attend déjà à 3% de croissance. 

Trois raisons principales expliquent que la Pologne résiste mieux que ses voisins européens. C'est un gros marché intérieur avec près de 40 millions de consommateurs. Son modèle économique n'est pas trop centré sur les exportations, ce qui limite les effets du ralentissement global de l'économie. Enfin, la Pologne bénéficie de Fonds Structurels Européens (FSE) qui lui permettent de financer son développement économique. D'autant plus qu'elle a très bien su absorber ces fonds, ce qui n'est pas le cas de tous les bénéficiaires ! Hors PAC, 67 milliards d'euros ont été versés à la Pologne sur la période 2007-2013, et 72 milliards le seront sur 2014-2020. 

Quel est le poids économique de la France en Pologne ?
La France a un poids important en Pologne qui est méconnu. A titre d'illustration, en stock d'investissement, notre pays représente 20 milliards d'investissement direct, juste derrière l'Allemagne ! Tous les grands du CAC 40 sont présents, tous les secteurs sont représentés. 800 à 1.000 filiales françaises sont implantées en Pologne, employant plus de 150.000 salariés sur le marché polonais.

Quelles sont vos actions prioritaires pour accroitre les flux commerciaux de la France vers la Pologne ?
Sur 120.000 entreprises françaises exportatrices, seules 10% exportent en Pologne. Il y a donc encore du potentiel !

Toutefois, l'enjeu principal de nos actions n'est pas tant de trouver des opportunités d'affaires – car il y en a ! – que de convaincre les Français de venir en Pologne. Nous devons lutter contre l'image poussiéreuse que certains Français ont encore de la Pologne. Sans parler des nombreux clichés encore très présents : beaucoup disent qu'il n'y a pas de place pour la France en Pologne car ce pays «est un Hinterland allemand ! » D'après moi, si l'Allemagne avec ses niveaux de prix réussit à vendre en Pologne, alors la France a certainement beaucoup de business à y faire. 

Avec mes collègues des pays concernés, il nous paraissait important de travailler sur l'image de cette zone Europe centrale. Nous avons remplacé l'appellation zone PECO, un peu désuète, par celle de ECB (Europe Centrale et Balte). Ma responsabilité de chef de la zone m'a ainsi amené à planifier une campagne de sensibilisation à la zone ECB pour changer cette image.

Au-delà, les actions que nous menons sont conformes à celles de tous les bureaux Ubifrance dans le monde : présence sur les salons commerciaux en France pour présenter le marché polonais, travail avec les conseils régionaux et les chambres de commerce et d'industrie en France, organisation de missions collectives et individuelles pour aider les PME françaises à trouver des débouchés commerciaux… 

Quels sont pour vous les secteurs prioritaires ?
Les Polonais, c'est vrai, sont performants dans beaucoup de secteurs et fabriquent pour moins cher. Mais les opportunités restent nombreuses dans les secteurs suivants : les infrastructures ferroviaires et routières, le secteur énergétique, la santé privée et les dispositifs médicaux, dans l'alimentaire les produits gourmets et le vin, les machines agricoles, les TIC, le nautisme, l'environnement…

Quels conseils donnez-vous aux entreprises qui souhaitent entrer sur le marché polonais ?
Le point principal est l'adaptation des produits au marché local. Les entreprises françaises doivent faire en sorte d'apporter quelque chose de plus que leurs concurrents. 

Une PME qui veut entrer sur le marché polonais doit également montrer à son partenaire local qu'au-delà du contrat, elle reste à ses côtés et lui apporte son soutien. Par exemple, il faut qu'elle puisse aider son distributeur à monter des campagnes de communication/marketing pour amorcer la pompe dans la phase de lancement.

Le conseil essentiel pour moi et de rester à l'écoute et de s'adapter à l'environnement polonais. 

Nos PME ont-elles la taille suffisante pour réussir à l'export ?
En effet, c'est la grosse différence avec les PME allemandes. Nos PME sont de taille plus petite et n'ont pas toujours la puissance financière qui leur donne la flexibilité nécessaire pour s'adapter. Elles ont plus de mal à encaisser les coups et à se projeter à moyen terme. 

Si on en vient à parler de vous, maitrisez-vous le polonais ?
Depuis 2 ans que je suis arrivé en Pologne, je me débrouille ! J'ai une assez bonne compréhension du polonais, mais il m'est plus difficile de m'exprimer.

Ce que vous aimez ; ce qui vous agace chez les Polonais ?
Venant de Roumanie où les gens partagent une culture latine, je trouve que les Polonais ont du mal à travailler ensemble. Il faut casser les silos entre les équipes ! Par contre, ce que j'apprécie, c'est qu'une fois qu'on les connait, ils sont faciles d'approche et très sympathiques.

Il faut d'abord commencer par avoir l'humilité de les écouter.

Magali de Bienassis (www.lepetitjournal.com/varsovie) - Mardi 29 octobre 2013

Photo : C. Verrier-BSM International Communication

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