Jeudi 2 décembre 2021
TEST: 2298

DIRIGEANT FRANÇAIS EN POLOGNE - Bruno Roux, LAFARGE

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 12/03/2014 à 23:00 | Mis à jour le 13/03/2014 à 02:30

Bruno Roux dirige depuis 2012 la filiale polonaise du Groupe Lafarge. Dans un pays où il y a tant à construire et reconstruire il nous présente son secteur, les spécificités du marché et nous fait partager son enthousiasme pour la vie en Pologne. Portrait.
 
Quelle place occupe Lafarge sur le marché polonais et quel poids a la filiale Pologne au sein du groupe ?
Lafarge, spécialisé dans le ciment, les granulats  et le béton, est présent dans 60 Pays dont la Pologne. Notre filiale est une filiale intermédiaire qui emploie 1500 personnes et représente une cinquantaine de sites de production.
 
Quelle est votre vision du marché de la construction ?
Lafarge en Pologne a bénéficié d'un pic du marché de la construction en 2011, complètement à contrecourant de ce qui se passait en Europe.
En raison de l'organisation de l'euro 2012, il y a eu un rattrapage très important en termes d'infrastructures, combiné à une croissance qui a favorisé l'investissement des ménages dans leur logement.
Mais paradoxalement ce pic de marché a engendré un énorme appel d'air de sociétés européennes (notamment espagnoles) qui ont proposé des chantiers à des prix anormalement bas avec des contrats mal négociés, sans clause de réévaluation des prix en fonction de celui des matières premières. Or, en Pologne les matières premières et notamment le bitume ont augmenté de manière importante et les marges dans les sociétés de construction se sont extrêmement rétrécies. En 2012 et 2013, quand le flux de nouvelles affaires s'est tari, beaucoup de sociétés se sont trouvées dans de grandes difficultés financières et certaines ont fait faillite.
 
Pourriez-vous nous présenter les aspects les plus tendances de votre secteur ?
Le béton est un matériau intemporel et extraordinaire. Il est parfois un peu moins à la mode  que le bois, le verre ou l'acier mais c'est très injuste car c'est un produit économique, très esthétique, et très performant !
C'est en premier lieu un produit écologique. Fabriqué à partir de matières naturelles, nous utilisons de plus en plus dans le process de fabrication du ciment des combustibles alternatifs comme des emballages provenant des ordures ménagères et des pneus usagés qui sont transformés à très haute température dans nos fours de cimenterie.
Inventé il y a plus de 200 ans, c'est un matériau qui n'a pas cessé d'évoluer et d'innover. Au moment où l'on parle de matériau renouvelable, le béton est un matériau extraordinaire qui n'a pas de concurrent en termes de coût, de durabilité et de technicité. Il reste ainsi un matériau privilégié par les architectes ; par exemple le nouveau musée de l'histoire juive à Varsovie réalisé exclusivement en béton.
 
Quelle est votre stratégie de développement en Pologne et quels sont les principaux enjeux ?
La première source de croissance est liée aux infrastructures. La deuxième vague de fonds européens ayant été validée, une partie sera certainement utilisée pour terminer les réseaux de routes et d'autoroutes inachevées.
Ensuite il y a le logement. En Pologne le taux d'habitation par rapport au nombre d'habitant est très inférieur à la moyenne européenne. On a encore une classe moyenne qui est amenée à se développer et qui aura des besoins en termes de logement. Enfin il y a également des rattrapages nécessaires en termes d'équipement commerciaux, le m² de centre commercial par habitant étant 3 fois inférieur à ce que l'on a en France !
Dans cet environnement Lafarge se positionne en leader pour construire des villes meilleures ; des villes plus propres, plus connectées, plus esthétiques.
 
Le nouveau branding de Lafarge est "construire des villes meilleures". Comment construire une "ville meilleure" à Varsovie ?
En termes d'urbanisme il n'y a pas eu à Varsovie de pensée globale mais le potentiel est immense car c'est une des villes les plus vertes d'Europe avec beaucoup de réserve foncière.
Lafarge travaille par exemple avec des architectes sur des projets d'aménagement de la Vistule. Aujourd'hui c'est un désert avec un très grand potentiel !
 
On entend souvent dire que le BTP est un secteur très corrompu? est ce que vous le ressentez ?
C'est en effet un secteur qui peut être assez exposé à la corruption mais nous observons que les autorités Polonaise ont fait d'énormes efforts pour lutter contre ce fléau allant parfois jusqu'à une certaine rigidité pour éviter tout soupçon de fraude !
 
En arrivant à ce poste, avez-vous rencontré des difficultés liées au contexte du pays et aux usages professionnels ?
Non, j'adore travailler avec des Polonais : ils sont bosseurs, performants et ouverts. Il y a des compétences, des gens ambitieux et adaptables. Preuve en est, j'ai une dizaine d'employés polonais expatriés qui ont été envoyés au Nigeria, en Russie, en France dans des postes de haute responsabilité et ils sont très bien vus ! Chez Lafarge nous évoluons dans un secteur qui est parfois très syndiqué. Mais ici, avec les syndicats nous arrivons à travailler d'une manière très constructive et à faire bouger les choses.
 
Quel a été votre parcours ?
J?ai une formation d'ingénieur. J'ai passé 14 ans à la Réunion et suis rentré chez Lafarge par hasard quand ils ont racheté ma société. J'ai ensuite passé 4 ans en Roumanie où je dirigeais les business de béton et de granulat puis je me suis occupé pendant 3 ans du granulat pour l'Europe centrale.Je me suis alors installé en Pologne car c'était plus simple en termes de logistique. J'ai pris la direction de la Pologne en 2012 lorsque le groupe est passé d'une organisation par ligne de produit à une organisation par Pays.
 
Quels sont vos lieux de prédilection à Varsovie et en Pologne ?
J'aime bien les forêts ! La forêt de Wawer par exemple. Je trouve cela génial d'avoir des forêts si grandes et si près de chez soi.

Ce que vous préférez en Pologne ou chez les polonais ?
J'aime que les polonais puissent être tout à la fois sérieux et travailleurs mais aussi très chaleureux et festifs. Ils passent d'un état à l'autre très rapidement ! On fait une grosse fête le soir et le lendemain matin tout le monde est à son poste, et complètement opérationnel !

Pauline de Bodman (www.lepetitjournal.com/varsovie) - jeudi 13 mars 2014

0 Commentaire (s) Réagir

Expat Mag

Lima

Juli, la "petite Rome d'Amérique"

Sur les rives du lac Titicaca, à une heure de trajet de Puno, capitale de la région, Juli doit son surnom à l’intense ferveur religieuse et à toutes les églises que l'on peut y trouver.

Sur le même sujet