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RENCONTRE - Xavier Panseri, un champion en Pologne

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Xavier Panseri, 3 fois champion de Pologne entre 2007 et 2009, champion de France en 2010 et vainqueur du mythique rallye de Monte Carlo en 2011 est l'un des 15 meilleurs copilotes au monde. Or ce sympathique français vit à Varsovie depuis 3 ans et demi ! LePetitJournal.com se devait de le rencontrer... [archive 2012]

(3 photos, X. Panseri en Pologne et au Rallye de Monte Carlo, CR X. Panseri et wikicommons)

Lepetitjournal.com : M. Panseri bonjour, pouvez-vous, pour les non-initiés, expliquer en quelques mots en quoi consiste votre sport ?
Xavier Panseri : Alors en fait, le rallye, c'est très simple. C'est de la compétition automobile. On part d'un point donné, très souvent une ville. On se déplace pour aller sur des épreuves spéciales, qui sont des tronçons de route fermés à la circulation et complètement sécurisés. Il y a en général une quinzaine de ces épreuves par course.

Le but du jeu, c'est d'aller le plus vite possible sur chacune d'entre elles. En tout ça représente en moyenne entre 150 et 250 km d'épreuves spéciales, même si ça peut monter jusqu'à 400 km.

Et moi, en fait, je suis copilote. Mon travail consiste à dicter la route au pilote, pour qu'il puisse aller le plus vite possible.

Comment avez-vous commencé le rallye?
Après mes études, j'ai travaillé au bureau d'études Renault. Quand j'ai commencé à être un peu indépendant, je me suis mis au rallye. Avec des amis, en tant que bénévole. A l'époque je ne voulais pas forcément être copilote, mais faire de la mécanique. Je voulais travailler sur les voitures de course.

Et puis, petit à petit, j'ai pu me perfectionner. Au bout d'un moment, en 1995, je me suis dit qu'il fallait que je fasse tout pour être au moins un an professionnel. Sachant qu'en France, on doit être au total 8 copilotes professionnels. Je voulais, au moins pendant un an, pouvoir vivre de ma passion. Parce que vous savez, le rallye automobile est un sport qui revient très cher. Par exemple, un amateur possédant déjà une voiture de course, et concourant dans son propre pays, devra dépenser en moyenne entre 1.500 et 4.000 euros par rallye? Et ça monte souvent beaucoup plus haut !

Et comment passe-t-on d'amateur à professionnel ?
Avec beaucoup de travail ! C'est beaucoup de rallyes, beaucoup de reconnaissance... Mais malheureusement c'est aussi un peu laisser sa vie privée de côté, comme tous les sportifs de haut niveau. Je n'ai pas d'enfants pour l'instant, c'est un choix que j'ai dû faire. Je suis aussi souvent à l'étranger. J'étais récemment au Portugal. Mes prochaines courses auront lieu en France et en Suisse. En tout, l'année dernière, j'ai passé plus de 180 jours ailleurs qu'à Varsovie !

Au départ, à partir de 1994, je copilotais des amateurs, des gens qui investissent leur propre argent pour faire du rallye, comme certains achètent des tableaux. En 1995, j'ai intégré une équipe en tant que semi-professionnel. Je ne gagnais pas encore d'argent, mais au moins, je ne payais plus rien.

En 2000, grâce à du bouche à oreille, parce que le monde du rallye est un tout petit monde, une équipe m'a contacté. Je gagnais un petit peu d'argent, mais pas encore assez pour vivre. J'ai donc gardé en parallèle mon job à l'ingénierie Renault. En 2003, j'ai été contacté par Peugeot Sport pour encadrer un jeune pilote, qui débutait. Ils avaient besoin de quelqu'un d'expérience à côté de lui. Donc depuis 2003 je gagne ma vie avec ma passion. Enfin, quand je dis gagner ma vie... On n'est pas footballeurs hein !

Lorsque vous avez été embauché par Peugeot, vous ne concourriez déjà pas qu'en France ?
Non. Quand c'est comme ça, nous sommes à la disposition des écuries, au fur et à mesure des contrats. C'est d'ailleurs comme ça qu'on a atterri en Pologne ! En 2004, Peugeot Pologne a voulu faire une opération médiatique, autour d'un jeune pilote, Bryan Bouffier. Et le courant est très bien passé avec l'équipe et avec les Polonais. Mais c'en était resté là. En 2007, Peugeot Pologne a encore eu besoin de pilotes, et ils nous ont recontactés. Après plusieurs courses, on a fini par prendre la tête du championnat de Pologne !

A l'époque, habitiez-vous déjà en Pologne ?
Non. Nous ne venions en Pologne que pour les épreuves, donc par tranches d'une semaine. Et puis ce devait être uniquement à court terme. Mais en 2008, l'écurie nous a recontactés. Et après la première course, j'ai décidé de m'installer en Pologne, parce que je m'y sentais bien.

Je ne sais toujours pas vraiment expliquer pourquoi. Beaucoup m'ont déjà demandé si c'était pour une fille, parce que c'est souvent le cas quand des Français s'installent ici ! Mais à l'époque non. C'était un choix de vie lié au pays lui-même.

C'est également en 2008, à votre arrivée, que vous avez lancé votre affaire de lavage de voiture ?
Oui. Quand je me suis installé en Pologne, je me suis dit qu'il fallait que je trouve quelque chose à faire ! Y'a pas que le rallye. Et puis, il faut préparer la retraite ! J'ai donc créé avec deux associés Polonais cette société de lavage écologique de voiture, Autobella.

Vous parliez donc polonais ?
Euh... en fait, non. En arrivant, j'ai pris 15 jours de cours intensifs. Et je parlais mieux après ces 15 jours que je ne parle maintenant ! La grosse erreur pour moi c'est de ne pas avoir continué ces cours... Je me suis dit, "je verrai plus tard"... Mais maintenant, après 3 ans et demi ici, c'est un peu difficile de m'astreindre à aller reprendre des cours...

J'essaye de pratiquer et de parler en polonais avec mon amie, à la maison, car elle est Polonaise. Mais évidemment, elle, elle veut pratiquer son anglais ! Et puis je suis quelqu'un d'assez timide, je n'ose pas vraiment parler de peur de faire des fautes. Parce qu'en polonais, c'est quand même vite arrivé d'appeler une femme "monsieur" et un homme "madame" !

Cela ne vous pose pas de problème pour votre entreprise ?
En fait, mes associés sont franco-polonais, donc on parle en français. Et je parle généralement anglais avec les employés. Mais je ne vais pas vous mentir, ça pose quelques problèmes avec ceux d'entre eux qui ne parlent que polonais.

D'autant plus que, depuis l'année dernière, je me suis lancé dans une nouvelle affaire et j'importe maintenant une marque française de vélos. Et disons que ce n'est pas simple ! Je dois faire traduire mes e-mails dès que je veux en envoyer...

Pour l'instant, vous ne regrettez pas de vous être expatrié ici ?
Non, pas du tout ! Enfin, on ne sait jamais de quoi l'avenir sera fait, peut-être que dans 10 ans je serai dans un autre pays. Mais, sincèrement, je pense que je vais rester encore un peu à Varsovie.

J'avais vécu plus ou moins de temps dans d'autres pays par le passé, comme en Roumanie, en Slovénie... Mais je n'avais jamais ressenti ce que je ressens ici.

Je ne saurais pas trop vous dire pourquoi j'aime Varsovie. Déjà peut-être parce que c'est une capitale, donc on peut avoir tout ce qu'on veut, quand on veut. Tous les meilleurs concerts, tous les services... Moi c'est quelque chose qui m'étonne de pouvoir, par exemple, faire des photocopies 24h/24 ! Et en même temps, on n'a pas trop les inconvénients d'une capitale... Je vous avoue que quand j'entends les Varsoviens dire qu'il y a trop d'embouteillages, je leur dis d'aller faire un tour à Paris, Londres ou Milan ! Et puis, pour moi qui voyage beaucoup, mettre moins de 25 minutes pour aller à l'aéroport, c'est quelque chose de très appréciable.

Dans quelle partie de Varsovie habitez-vous ?
J'ai déménagé à Praga, parce que c'est un endroit très cosmopolite. On y retrouve toutes sortes de populations, de classes sociales complètement différentes? Avant j'étais au centre de Varsovie, et je me sentais moins à l'aise. Contrairement à tout ce que tout le monde dit, Praga n'est pas particulièrement dangereux... Enfin, il faut dire que je n'écoute pas les infos polonaises, peut-être que je ne suis tout simplement pas au courant des problèmes!

A Praga, c'est très agréable de se balader dans les petites rues. On tombe souvent sur des cafés, qui, de l'extérieur ne paient pas de mine, mais qui sont très coquets et agréables de l'intérieur.

Je pense même que, d'ici 10 ans, Praga sera un des endroits les plus « tendance » de Varsovie... Enfin, je suis pas agent immobilier ! Mais en ce moment, plein d'artistes y sont, ils ont racheté des usines, des hangars pour faire des lofts? En fait, ça devient très bobo !

Un bon plan pour les Varsoviens?
Difficile de répondre à cette question : je vais un peu partout ! Dans certains clubs assez haut de gamme, tout comme, à Praga, dans des petits bars qui proposent des concerts live, très underground, avec la bière à 4-5 zlotys!

Personnellement, j'adore aller à la Fabryka Trzciny, à Praga. L'endroit est génial.

Et en tant que sportif automobile, que pensez-vous des routes polonaises, et de la façon de conduire des Polonais... ?
Les routes polonaises ? Catastrophiques ! D'une part à cause de leur état, même si cela change peu à peu, mais surtout à cause de la signalisation, et de leur logique de fonctionnement... Par exemple, il n'y a quasiment jamais de signalisation indiquant des travaux temporaires... Je ne sais pas si ceux qui travaillent sur les chantiers routiers se rendent compte de la dangerosité de leur travail !

Et sur leur façon de conduire... Euh... Et bien... Comment dire... Certes, je ne suis pas forcément exemplaire. Loin de là. Mais j'avoue que ce fut une surprise pour moi, quand je suis arrivé en Pologne, de voir qu'il est répandu de doubler même si une voiture arrive en face ! Sinon, je trouve les Polonais globalement distraits sur la route. Il faut donc rester vigilant, parce que les réactions des voitures qui nous précèdent sont souvent imprévisibles !

Par contre, le point positif et remarquable est que, tout du moins en ville, personne ne prend la voiture après avoir bu, ne serait-ce qu'un verre !

Propos recueillis par Zoé Campiglia (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mardi 10 avril 2012


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Publié le 24 août 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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