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Portrait de Krystyna, une vie partagée entre la France et la Pologne

Par Pauline Papacaloduca | Publié le 20/03/2019 à 00:00 | Mis à jour le 20/03/2019 à 00:00
portrait de seniors Krystyna

Françaises ou Polonaises francophones, elles vivent aujourd'hui leur retraite en Pologne. Témoignages précieux de l'Histoire, de vies, souvent extraordinaires. Sur une idée originale de Varsovie Accueil, ces séniors ont accepté de nous faire partager leur expérience et leur histoire. Aujourd'hui, nous vous faisons découvrir le portrait de Krystyna, polonaise d'origine ayant passé une grande partie de sa vie en France et qui est revenue s’installer à Varsovie.

 

Sa vie en Pologne

Krystyna est une Polonaise de Łódź, qui, lors de son enfance et sa jeunesse, n’entretient aucun lien avec la France, mis à part la langue qu'elle a apprise au lycée, dans un des prestigieux lycées pour filles à Łódź. Après ses études, elle occupe un poste à responsabilité, son premier mari est un architecte polonais et elle côtoie le milieu intellectuel polonais. Ingénieurs, docteurs, avocats et artistes constituent son cercle d'amis à cette époque, elle fréquente le même groupe que Polanski et sa première femme, Barbara Kwiatkowska. Elle y mène une belle vie même si elle est restreinte par le régime communiste, « il n'y avait que 2 magasins convenables où les femmes chics s'habillaient, Moda Polska et Telimena ». Cette époque est agrémentée de bals pour les occasions diverses comme la Saint Sylvestre, le carnaval ou le bal des architectes, et côté alimentation, on trouve tout ce qu’il faut même si le choix est plus restreint. Il n'y a à cette époque, pas de produits importés, seulement les denrées produites en Pologne, « c'est évident, on ne peut pas comparer la France, entourée de mers et océans, avec la Pologne qui n’est bordée que par la Baltique ». Pendant cette période en Pologne, elle en profite pour voyager. C’était évidemment plus compliqué qu'aujourd'hui mais, pour les pays du « bloc de l'est », cela reste faisable. Ainsi, elle se rend en URSS, qui est à cette époque très surveillée et nous explique qu’en voiture par exemple, il ne fallait pas quitter les autoroutes sur lesquelles on ne voyait pas grand-chose car elles étaient bordées de hauts arbres. Les trajets sont surveillés par des gardes postés en haut des tours qui contrôlent les voitures qui passent. Après cette escapade en URSS, c'est lors de son voyage en France que la vie de Krystyna bascule.

 

La découverte de la France

Grâce à son travail, Krystyna entretient des contacts avec des Français, et au début des années 1970 elle se rend en France sur invitation d'une de ses amies. Se rendre dans les pays de l'Ouest, était très difficile me raconte Krystyna, « il fallait avoir une invitation, ils vérifiaient bien qui partait et si tout allait bien on recevait le passeport », ce dernier devant être rendu au retour du voyage. C'est ainsi qu'au début des années 70, elle part à Fontainebleau, chez son amie et rencontre un monsieur qui lui proposera de lui faire visiter Paris et qui deviendra par la suite son mari. Elle me raconte en riant leur première rencontre à Paris et la différence culturelle qui s'est tout de suite fait sentir. « Quand je suis arrivée à Paris, je m'étais très bien habillée, j'avais un tailleur blanc, des escarpins et des gants en cuir, pour moi c'était normal, c'était la première fois que j'allais à Paris, à la capitale, il fallait s'habiller très chic, c'était comme ça chez les Polonais. Quand je suis arrivée à la gare, je l'ai vu en jean, chemise en jean et espadrilles, j'ai compris que j'étais beaucoup trop habillée pour la France et j'ai retiré mes gants ». En arrivant à Paris, elle découvre tous les magasins, « la première fois que j'ai vu un poissonnier, j'ai pleuré » me raconte-t-elle. A la fin de son voyage, elle rentre en Pologne, son compagnon la rejoint quelques mois plus tard pour se marier et, en 1975 ils s'installent en France.

 

Son adaptation à la France et à la culture française

Une grande partie de la vie de Krystyna est associée à la France où elle a vécu pendant 33 ans. Si aujourd'hui elle se sent plus française que polonaise et me confie ne plus comprendre certaines habitudes des Polonais, c'est sûrement parce qu’elle a dû faire un long travail pour s'adapter et s'approprier la culture française. Son mari lui apprend les codes de la société française de A à Z, qu’il s’agisse du style vestimentaire ou de l’organisation des réceptions. Krystyna n'évolue pas dans n'importe quel milieu en France, son mari, ingénieur, est issu d'un milieu aisé et reçoit notamment régulièrement chez lui l'ethnologue et écrivain Paul-Emile Victor, ou encore Jean Prouvé. Au début, c’est compliqué pour une Polonaise d'être intégrée dans ce milieu, bien qu'elle ait acquis la nationalité française par son mariage. Pendant plusieurs années, elle est considérée comme une étrangère mais au bout de quelques années, elle se sent complétement intégrée. Pendant les 5 premières années qui ont suivi son arrivée en France, Krystyna est sans emploi mais a très envie de travailler dans le domaine bancaire. Après plusieurs refus, elle décide de se rendre sur place et décroche un poste au guichet, un poste bien inférieur à celui qu'elle occupait en Pologne mais, « il fallait bien commencer » me confie-t-elle. Après le départ à la retraite de la DRH Krystyna se voit confier le poste, notamment grâce à ses compétences acquises lors de son précédent travail en Pologne. Seule femme dans un monde très masculin, elle doit travailler énormément et continuera jusqu'à la retraite. « Je ne lisais pas, je n'avais pas le temps, c'était le droit du travail que je lisais dans le métro, il fallait que j'apprenne » me confie-t-elle, son travail semble avoir été récompensé puisqu'elle reçoit, au cours de sa carrière, la médaille du mérite dans sa profession.

 

Le retour en Pologne il y a près de 10 ans

Après le décès de son mari Krystyna revient tout naturellement en Pologne car son fils unique diplômé de Beaux-Arts y habite. Elle y est installée depuis 10 ans maintenant. Quand elle est arrivée, elle a été étonnée du changement, malgré ses fréquents allers-retours  en Pologne. Elle me raconte, « quand je suis arrivée, j'ai vu la boutique Louis Vuitton, la boutique Burberry, je me suis dit que c'était très bien ». Aujourd'hui, elle se sent plus française que polonaise, elle a pris les habitudes des Français et déclare en riant « quand mes amis polonais m'appellent le soir après 20h, je sursaute, je ne suis plus habituée ».

 

 

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