Édition internationale

COMMUNAUTE - Entretien avec Jean-Yves Lecomte, représentant à Varsovie des Français de l’étranger

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 septembre 2009
L'Assemblée des Français de l'Etranger (AFE) représente les intérêts des 2 millions de Français établis hors de France. Elle a pour but est de permettre à ceux-ci, malgré leur éloignement, de participer à la vie nationale et de faire entendre leurs voix. Mais à en juger par les faibles taux de participation aux élections, l'AFE est encore peu connue auprès des Français expatriés.

Sur le plan organisationnel, l'Assemblée des Français de l'Etranger (AFE) compte 12 sénateurs, 155 membres élus et 12 personnalités qualifiées. Le nombre des élus est défini à partir des listes électorales et immatriculations aux consulats. Plus les Français sont nombreux, plus le nombre d'élus est important. En Europe centrale et orientale, il n'y a que trois élus pour 17 pays : Louis Sarrazin et Jean-Pierre Villaescusa sont basés à Vienne, Jean-Yves Leconte à Varsovie.

Elu socialiste, installé depuis 19 ans en Pologne, M. Leconte effectue actuellement son 3ème mandat à l'AFE.

LPJ - Quel est le rôle de l'AFE ?
Jean-Yves Leconte - Son rôle est essentiellement informatif. L'AFE sert de soutien à la fois aux Français temporairement expatriés, mais aussi aux Français installés de longue-date en Pologne ou aux Polonais d'origine française. Sur l'ensemble de la zone Europe centrale et orientale, on estime à 20.000 le nombre de résidents français, la majorité d'entre eux étant basée en Autriche et en Pologne. Nous agissons avant tout comme des médiateurs et défendons les intérêts des Français établis hors de France afin qu'ils aient les mêmes droits que leurs compatriotes en France métropolitaine Nous apportons conseil et soutien chaque fois que cela est possible.

Quelles sont les questions sur lesquelles vous êtes le plus amené à intervenir ?
En Pologne, je travaille beaucoup sur les questions de transmission de culture, notamment pour les Français établis en Pologne depuis longtemps et qui souhaitent entretenir ou transmettre la culture française. Nous traitons par exemple beaucoup de demandes d'obtention de nationalité, surtout après la chute du communiste lorsque des personnes demandaient à faire usage de leur droit à la nationalité française alors que les délais étaient dépassés.
Ailleurs, là où des visas sont encore nécessaires, nous intervenons en complément du consulat et apportons notre conseil pour éviter les fraudes ou lorsque les services consulaires sont dépassés par la demande.
Parmi les demandes qui nous sont adressées, on rencontre aussi beaucoup de questions au sujet des retraites. Par ailleurs, l'AFE est membre du conseil de gestion de l'école et veille ainsi à la transmission des valeurs de l'enseignement français en Pologne et dans les autres écoles françaises dans le monde.

Les Français de l'étranger se distinguent-il?

Depuis que je suis élu en Pologne, je constate une homogénéisation non seulement entre les Français à l'étranger et les Français de France, mais également entre les Français de l'étranger et les locaux. Cela s'est notamment manifesté lors des dernières élections présidentielles où les résultats de vote à l'étranger ont été similaires à ceux obtenus en France métropolitaine : 46% des votes pour Ségolène Royal à l'étranger pour 47% en France, et ce alors qu'on dit souvent que les Français de l'étranger sont plutôt de droite. Ce n'est manifestement pas tant le cas.

Quels ont été les succès de l'AFE récemment ?
Nous avons obtenu la rémunération des stagiaires des services de l'ambassade. Désormais, les stagiaires recrutés depuis juin et effectuant un stage de plus de 2 mois perçoivent une indemnisation, ce qui n'était pas le cas auparavant.
Notre rôle consiste surtout à faire remonter au ministère des Affaires Etrangères les dysfonctionnements ou incohérences que nous observons. L'un des chevaux de bataille de l'AFE concerne par exemple les passeports biométriques. En Pologne, les demandeurs de passeport doivent désormais se rendre deux fois au consulat à Varsovie: en plus de l'obligation de venir chercher son passeport en main-propre, les demandeurs doivent venir une première fois pour effectuer sur place les mesures biométriques. Cela me semble abusif, d'autant que les mairies des villes polonaises devront elles aussi s'adapter aux règles de la biométrie. Pourquoi alors ne pas mettre en place une coopération efficace autorisant le consulat à utiliser les mesures prises par les mairies polonaises?
Autre exemple, il était question d'un consulat unique pour la région Autriche-Hongrie-Slovaquie. Même si les pays sont géographiquement proches les uns des autres, cela implique qu'un habitant de Budapest prenne 2 jours de congé pour faire sa demande de passeport? ça n'a pas de sens !
Autre thème récurrent : l'obtention des bourses. Les lycées français de l'étranger doivent permettre le rayonnement éducatif français, mais sans financement des collectivités aux écoles françaises, à l'étranger, ce sont les parents qui doivent mettre la main au porte-monnaie. Au final, le coût de l'inscription au lycée français est de plus en plus élevée et les bourses de plus en plus difficiles à obtenir, d'où l'intervention de l'AFE pour permettre de débloquer des crédits supplémentaires.

Quel est l'agenda de l'AFE ?
L'AFE s'est réunie en assemblée plénière du 5 au 12 septembre 2009 à Paris. A cette occasion, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, est intervenu devant l'Assemblée dont il est également le président. Parmi les points abordés : la sécurité sanitaire, la baisse des crédits pour l'action sociale et l'Agence pour l'Enseignement français ainsi que la préparation des prochaines élections de la zone Europe qui auront lieu en 2012. L'objectif est entre autres de faciliter l'accès au vote et développer le vote à distance pour assurer une plus large participation des Français établis hors de France aux scrutins qui les concernent.
Au final, l'AFE reste une organisation peu connue des Français de l'étranger, alors que c'est précisément elle qui va représenter leurs intérêts auprès des institutions françaises. Le taux de participation aux dernières élections des représentants des Français de l'étranger en 2006 n'était que de 10 à 15% en Pologne avec de très fortes disparités entre le nord et le sud du pays où les Polonais d'origine française sont plus nombreux.

Laurence Drier de Laforte. (www.lepetitjournal.com - Varsovie) mercredi 23 septembre 2009
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Publié le 23 septembre 2009, mis à jour le 23 septembre 2009
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