Édition internationale

STEPHANE ANTIGA – Quand un Français offre la victoire à la Pologne

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 16 mars 2015

La France compte nombre de héros qui ont marqué l'histoire de la Pologne. Stéphane Antiga en est un. En conduisant l'équipe nationale de Volley à la 1ère place des Championnats du monde de septembre 2014 - organisés à domicile -, il s'est imposé comme un leader charismatique doté d'un grand sens de l'engagement. 5 mois après la victoire, il nous raconte cette merveilleuse aventure avec une émotion et une modestie frappantes.


Comment êtes-vous devenu entraîneur de l'équipe de Pologne en octobre 2013, sans expérience préalable dans cette fonction ?
Avant d'être choisi comme entraîneur de l'équipe nationale, j'étais depuis 7 ans en Pologne. Je jouais alors au sein de l'équipe de Be?chatów. Lorsque s'est posée la question de remplacer l'entraîneur alors en place, la fédération polonaise de Volley a pensé à moi. Je dois dire que cette proposition m'a pris par surprise ! J'ai été choisi en raison de mon palmarès dans différentes équipes (France, Italie, Espagne, Pologne?), et parce que je connaissais bien les joueurs polonais. Par ailleurs, j'allais pouvoir mettre à profit mes compétences techniques et tactiques de joueur dans mon nouveau rôle d'entraîneur.
Cette nomination était risquée car nous étions l'année des championnats du monde en Pologne ! Mais j'étais en fin de carrière et cela représentait une opportunité. J'ai pris ce risque aussi parce que j'ai pu choisir mon adjoint en la personne de Philippe Blain, mon ancien entraîneur.

Comment avez-vous réussi à vous faire accepter par l'équipe ?
Il faut imaginer ce que ma nomination a représenté pour les joueurs de l'équipe nationale: soudainement, pour certains, je suis passé du statut de co-équipier, de confident, à celui d'entraîneur. Mais finalement cette difficulté de départ s'est révélée être un atout. Bien connaître les joueurs, les caractères et modes de fonctionnement de chacun m'a aidé à devenir un bon manager.
Un enjeu important de l'entraînement en équipe nationale est de savoir gérer les conflits, nous passons notre temps ensemble ! Garder un esprit positif au sein du groupe est primordial et pour cela, il est essentiel de toujours communiquer, expliquer, être attentif à chacun, s'assurer que les décisions sont comprises? Il fallait que je désamorce les sentiments négatifs, tout en étant juste, pour l'équipe, pour gagner?

Vous avez mené l'équipe nationale à la victoire de ces championnats. Comment expliquez-vous ce succès ?
Nous n'étions pas favoris pour ce championnat, au vu des résultats de l'équipe nationale des deux années précédentes? La fédération avait pour objectif d'arriver dans les 6 premiers, quant à moi je souhaitais obtenir une médaille, mais pas nécessairement la victoire? Mon but était avant tout de faire progresser chacun des joueurs et de créer une solidarité et une cohésion au sein de l'équipe.
Il m'a fallu agir vite car nous avions 4 mois pour nous préparer. L'enjeu dès le départ était pour moi de gagner la confiance de l'équipe, de leur montrer que j'avais de bonnes idées?Très vite, le groupe m'a respecté et a accepté d'aller là où je voulais l'emmener, de travailler différemment. Cela en dépit de mes choix qui certaines fois n'étaient pas compris par la presse.
J'avais une stratégie : mettre les meilleurs sur le terrain, quel que soit leur nom, leur expérience, leur palmarès? De cette façon, je donnais à chacun sa chance et maintenais la motivation de tous au plus
haut niveau. J'essayais d'être le plus objectif dans mes choix. Lorsque, après mûres réflexions, j'ai décidé d'écarter le joueur le plus populaire de Pologne, Bartosz Kurek, j'ai créé un choc? Mais j'étais convaincu du bien-fondé de ma décision.

La victoire vous a-t-elle surpris vous-même? Qu'est-ce que cela fait d'être considéré comme un vrai « héros national » par son pays d'accueil ?
Pendant le championnat, on était tellement concentré qu'on ne réalisait pas ce qui était en train de se passer. Quand on a gagné la finale, ça a été l'explosion ! Quelle émotion ! Ce qui m'a frappé est que les gens ne m'ont pas dit « bravo » mais « merci ». Cela a été et c'est encore fantastique de vivre cet engouement de la part des fans. Ils ressentent une très grande fierté d'avoir gagné à nouveau le titre de Champion du monde, 40 ans après leur 1ère victoire contre les Russes, en plein contexte de guerre froide?
Pour la première fois, j'ai eu l'impression d'être utile. Jusqu'à présent, je jouais pour moi, pour l'équipe. Pour la première fois, j'ai eu le sentiment d'avoir donné de l'espoir et du bonheur à tout le pays.

Comment s'explique un tel engouement de la Pologne pour le volley ?
La Pologne est le paradis du volley. C'est un sport très populaire, d'autant plus qu'il n'y a pas ici de prédominance du foot comme dans d'autres pays. Depuis 2006, les résultats revenaient et l'espoir avec. Un cercle vertueux s'est installé, où la croissance des ressources entraîne une amélioration des résultats et vice et versa.
Les supporters en Pologne sont particulièrement investis et passionnés. Aujourd'hui, je suis surpris de voir que les gens se souviennent encore aussi bien de chaque match. Ils ont tout suivi ! Ce championnat les a marqués.
Vous sentez-vous maintenant à moitié polonais? ?
Dans le domaine du volley, je me sens polonais, clairement ! Ce que la Pologne m'a donné, je ne l'aurais jamais eu en France. Mener à la victoire l'équipe polonaise l'année-même où la Pologne organise les championnats, avec un tel engouement dans tout le pays, ne pouvait me satisfaire davantage. Cela n'aurait pu être plus beau !
J'ai beaucoup vécu à l'étranger puisque cela fait 12 ans que je suis expatrié. J'ai pris un peu de la culture de chaque endroit où j'ai habité. Mais je ne pensais pas avoir autant de plaisir à entraîner une équipe étrangère. Cette équipe, c'est la mienne, c'est la nôtre !

Vous êtes arrivé au sommet de la gloire? Quel peut donc être votre nouveau défi ?
Après une victoire comme celle-ci, on en veut plus? On veut confirmer. Le prochain défi sera les JO de Rio en 2016. Mon objectif est d'obtenir la qualification, car elle est déjà dure à atteindre?
Pour moi, l'essentiel est de ne pas oublier pourquoi on a gagné et de réussir à recréer ces conditions. Certains joueurs vont changer, l'enjeu est de garder la même atmosphère.
Plus que tout, ce qui me motive est de voir la progression des joueurs sur le plan individuel et collectif. C'est le but premier de l'entraîneur et ce qui me donne de la satisfaction.

D'une façon ou d'une autre, est-ce que cette victoire contribue à renforcer les liens entre la France et la Pologne sur le plan sportif, mais aussi politique, économique??
Je pense que cela contribue à donner une bonne image de la France en Pologne et je suis fier d'apporter ma pierre à l'édifice. L'Ambassadeur de France nous a reçu Philippe Blain et moi-même pour nous remettre la médaille d'or de la jeunesse, des sports et de l'engagement associatif. Parallèlement, nous contribuons aussi à la promotion de la Pologne dans le monde.
A titre d'exemple, je suis contacté par des entreprises en Pologne pour intervenir dans des séminaires de managers.

Sur le plan personnel, vous êtes ici en famille. Vos proches partagent-ils votre amour pour la Pologne ?
Ma femme et mes deux enfants de 6 et 8 ans se plaisent beaucoup en Pologne. Nous habitons maintenant Wilanów, mais nous étions auparavant à Be?chatów près de ?ód?. Mes enfants sont nés en Espagne et rapidement après nous sommes arrivés en Pologne. Dans tous les cas, ils s'adaptent plutôt facilement à leur environnement. Mais il faut dire qu'ils ne se sentent pas forcément plus français que polonais ou espagnols !

Propos recueillis par Magali de Bienassis (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 17 mars 2015

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Publié le 17 mars 2015, mis à jour le 16 mars 2015
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