

Venu en week-end low-cost ou pour du tourisme médical, le visiteur occidental est forcément séduit par le niveau des (petits) prix polonais. L'insolente croissance du pays est aussi présentée comme un véritable miracle économique. La Pologne : un nouvel Eldorado ! Pour les locaux, la réalité est pourtant un peu plus complexe. Après les salaires, LePetitJournal.com s'intéresse au pouvoir d'achat des Polonais.
On l'a vu, les salaires polonais progressent mais restent trois fois plus faibles que la moyenne européenne. Problème : le coût de la vie a beau être relativement bas ("relativement" étant le mot-clé), il n'y est pas trois fois moins cher.
Le juste prix ?
Malgré l'inflation (4,3% en 2011) et une TVA à 23% (19,6% en France), la Pologne reste un des pays les moins chers d'Europe. Le niveau moyen des prix se situe à 62% de la moyenne européenne, contre 112% pour la France et la Belgique. Il n'y a qu'en Roumanie (59%) et en Bulgarie (51%) qu'il est plus bas. Si un européen achète un produit ou un service 100 ?, un Polonais le payera en moyenne 62 ?, et un Danois 143 !
53% des Polonais sont d'ailleurs contre l'adhésion à la monnaie unique (29% seulement pour). En cause, la hausse des prix qui accompagnerait le passage à l'Euro.
Parmi les biens bon marché : le transport, le mobilier ou l'alimentation. Le prix d'un kilo de pommes de terre varie par exemple du simple à plus du triple entre la Pologne et la France mais ceci vaut pour les aliments produits localement. Pour du vin français, du fromage suisse ou de la charcuterie italienne l'addition est au contraire plus salée... Idem, le matériel électronique, les voitures, les vêtements ou encore l'énergie ou les communications coûtent presque autant voire plus qu'à l'Ouest.
En pratique?
En 2010, un Polonais déclarait en moyenne un revenu de 2.100 zlotys (488 euros). Après le prélèvement des charges sociales il lui reste 1.923 zlotys. De quoi s'acheter 0,3m2 dans une ville comme Gdansk. C'est que l'immobilier est relativement coûteux en Pologne : "seulement" deux fois moins cher qu'en France. Le m2 coûte environ 1.000 ? à ?ód?, 1.500 à Gdansk et 2.000 à Varsovie contre 2.800 ? à Lille ou Marseille (mais 8.000 à Paris...).
De même, un litre de carburant coûte 5,79 zlotys (1,30 euros) en Pologne contre 1,55 euros en France. Mais n'allez pas dire à un Polonais que son carburant n'est pas cher. Avec son salaire mensuel moyen (3.422 zlotys), il peut s'en offrir moins de 600 litres, contre plus de 1.800 pour un Français.

Remboursement des emprunts, taux d'imposition, prestations sociales... Le salaire brut ne fait pas tout.
En 2010, plus de 50% de Polonais avaient un emprunt en cours. Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus l'assumer En 2011, 2,1 millions de Polonais n'arrivaient plus à payer leurs emprunts. Ce chiffre a triplé en 3 ans. 30% de Polonais arrivent toutefois à épargner même si ce sont plutôt des sommes modiques ; à peine 2,3% arrivent à mettre de côté plus de 1.000 zlotys par mois. Sachant que le niveau des retraites prévisibles se situe actuellement à 30% du dernier salaire, l'avenir est plutôt sombre?
Côté imposition directe, les Polonais ne sont pas mal lotis. Après les prélèvements obligatoires, il leur reste 74% de leur salaire brut (la moyenne européenne est de 70%). Revers de la médaille, les prestations sociales (santé, famille, chômage, invalidité...) sont très limitées en Pologne. Au détriment des revenus modestes... L'allocation pour un enfant plafonne à 98 zlotys (22 euros contre 123 en France!), le congé parental est rémunéré tout au plus à hauteur de 90 euros mensuels. De nombreuses mères ne retournent pas travailler car la garde de leur enfant coûterait l'intégralité de leur salaire.
Les soins médicaux sont gratuits. En théorie. En pratique, qu'il s'agisse de dentiste ou d'ophtalmologiste, de nombreux Polonais préfèrent éviter des mois d'attente et consulter dans des cabinets privés. Certains hôpitaux pratiquent toujours des "dépassements d'honoraires" (anesthésiste, sage-femme), ou incitent à des dons en échange de soins pourtant déclarés gratuits comme l'accouchement en présence du mari. Et les notes sont salées (100 à 150 zlotys la consultation privée, plusieurs milliers pour un accouchement aux normes occidentales) et? non remboursées.
Dernières précisions
L'évolution des modes de vie joue aussi à la hausse sur les dépenses "contraintes". Décohabitation (divorces, mariages plus tardifs, grands-parents moins souvent à la maison...) ou créations de nouveaux postes de dépenses (internet, portable...), les Polonais doivent toujours dépenser plus.
Parallèlement les hausses de salaires concernent uniquement les salariés à temps plein. Les emplois précaires, les chômeurs (13%) ou les étudiants et les retraités toujours plus nombreux en sont exclus.
Et quand bien même... avec la crise le salaire réel n'a progressé que de 1% en 2011... A ce rythme il faudra quelques siècles aux Polonais avant de rattraper le pouvoir d'achat de leurs voisins allemands...
AR (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 26 janvier 2012







