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POLOGNE-CHILI (2-2) – Les Polonais font de l’art abstrait

Par Hervé Lemeunier | Publié le 12/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 12/06/2018 à 00:00
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A une grosse semaine du lancement de la Coupe du Monde en Russie, l’heure de vérité approche à grands pas pour la Pologne. Et si l’équipe polonaise n’était pas désagréable à voir face au Chili ce vendredi soir, elle risque de délivrer de formidables séances de sudation collective aux aficionados de football polonais… qui n’étaient d’ailleurs pas venus en nombre donner de la voix à Poznań. Récap’ peu objectif de la séance artistico-brouillonne d’une équipe polonaise qui compte encore et toujours sur son chef d’orchestre, Robert Lewandowski.

 

Quinze minutes d’ennui, quatre minutes de folie

 

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Adam Nawałka a voulu pasticher le poète Alphonse Lamartine ce vendredi, en écrivant de sa plume une composition toute particulière à ses joueurs polonais. Dans le rôle de l’être, Kamil Glik, absent et probable forfait pour le Mondial. Dans le rôle du tout dépeuplé, une défense polonaise qui faisait déjà peur quand le Roc Monégasque trustait le haut des feuilles de match. Rien d’étonnant, donc, de voir Nawałka aligner une défense à 4 éléments, appuyés par deux milieux défensifs en les personnes de Grzegorz Krychowiak et Karol Linetty. Rien d’étonnant, à part que ce dispositif en 4-2-3-1 n’a plus été utilisé par les Rouges et Blancs depuis un an et demi… Un bricolage à l’entracte, juste avant le dénouement final de la pièce, c’est du genre à faire pâlir l’assistance. Et elle aurait raison, tant le premier quart d’heure de jeu des Polonais fait peur : le Néant absolu. Aucune phase de jeu digne de ce nom, des relances approximatives du milieu et un but refusé pour hors-jeu de rookies chiliens décomplexés et probablement un peu frustrés de ne pas participer à la prochaine trash-party russe. Heureusement, les artificiers polonais décident de se réveiller et sortent le bouquet final à la demi-heure de jeu. Sur une relance plein centre et parfaitement imprudente d’un défenseur chilien ébloui par la grâce, Krychowiak surgit et joue les sbires parfaits en servant Robert Lewandowski à l’entrée de la surface. Ce dernier ne se fait pas prier et envoie un pétard multicolore dans les filets d’Arias.

 

 

1-0, puis 2-0. Cette fois-ci, le renard des surfaces est incarné par Piotr Zielinski, et son compère le lièvre qui gambade joyeusement dans son couloir avant de lâcher un centre millimétré, Kamil Grosicki. Et si l’arbitre avait sifflé un « Rideau » sur cette saynète de bon aloi, cela aurait convenu à tout le monde. Mais non, le foot ce n’est jamais aussi simple.

 

La défense perdue dans les limbes

 

A cinq minutes de la mi-temps, Diego Valdés réduit le score devant une défense apathique et, on peut le dire, complètement minable du début à la fin de l’action. Angelo Sagal profite d’un marquage très laxiste côté gauche pour centrer au point de penalty. Valdés n’a plus qu’à jouer le patineur artistique en effectuant un magnifique axel pour propulser le ballon au fond des filets… le tout devant une charnière centrale aussi inamovible qu’Alexandre Loukachenko. Le retour au 3-4-3 en seconde mi-temps n’y changera rien : cette défense polonaise est décidément bien fébrile. Et elle est logiquement sanctionnée par un second but de la Roja chilienne à l’heure de jeu. Sur un corner mal dégagé, Albornoz y va de sa petite demi-volée des trente mètres. Tranquillement, comme ça. Imparable pour un Łukasz Fabiański impuissant. La dernière étincelle de la soirée sera donc sud-américaine, tant le dispositif en 3-4-3 n’a pas permis à l’animation polonaise de briller. Deux pions partout, score final, donc. Et c’est assez logique.

 

 

Il y aura finalement eu du spectacle, mais la Pologne commence à être un peu lasse de l’entertainment et des coups de pinceaux successifs d’un Nawałka qui n’en finit plus de raturer ses schémas défensifs. Parti pour être dernier défenseur, Kamil Bednarek a fait tout le match… et s’est montré passif. Son compère d’infortune Michał Pazdan n’a pas été plus rassurant, tandis que Łukasz Piszczek a joué la Belle Endormie et Linetty n’a pas tenu son rôle de milieu défensif. Des artistes devant, des ombres au tableau derrière. Du bon gros flou artistique, en somme, et une ultime répétition face à la Lituanie dans 4 jours. Alors un peu de sérieux maintenant, s’il vous plaît messieurs. Parce qu’un exploit majuscule à Moscou ne va pas se dessiner tout seul.

 

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