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MARIE-CHRISTINE SARAGOSSE – La directrice de TV5MONDE répond à nos questions [Best of]

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

(article publié le 31 mars 2011)

TV5MONDE a lancé jeudi dernier le sous-titrage de ses programmes en polonais. A cette occasion, la directrice de la chaîne était à Varsovie. Lepetitjournal.com en a profité pour la rencontrer. Marie-Christine Saragosse nous parle de ses coups de c?ur et coups de gueule, de la Pologne, de la Francophonie et de son Algérie natale.

(Photo Marie-Christine Saragosse et logos TV5MONDE)

A lire les articles qui lui sont consacrés, on comprend que la directrice de TV5MONDE est un bon client. Cette wonder woman chaleureuse n'a pas sa langue dans sa poche. Mère de 3 ados, féminine et féministe, elle revendique son émotivité et défend une laïcité humaniste.

Marie-Christine Saragosse est née en Algérie en 1960. Son grand-père piémontais a fui l'Italie de Mussolini et y a ouvert une fabrique de pâtes. A 4 ans elle gagne la France. Nice. Elle apprend le dépassement de soi à l'école de la danse, et les bases empiriques du management comme capitaine de son équipe de handball.

Elle ?monte à Paris? et rentre à Sciences Po. Le doyen commence son discours inaugural : ?Vous messieurs, qui êtes ici pour préparer l'ENA. Vous, mesdemoiselles, qui êtes là pour trouver un mari?. Mais Marie-Christine veut le beurre et l'argent du beurre : elle fera l'ENA et y trouvera un mari.

Elle entre il y a près de 15 ans à TV5. Après un interlude au Ministère des Affaires étrangères, elle revient en 2008 à la direction de la chaîne francophone, malgré sa sensibilité de gauche et grâce à ses soutiens dans la Francophonie. Miracle de l'ouverture. Enfin, toujours selon les informations glanées en amont de l'entretien sur notre moteur de recherche préféré, elle porterait autour du coup un pendentif en or : une caméra frappée du logo TV5, cadeau d'un fidèle téléspectateur congolais.

Ce jour-là la directrice de TV5MONDE nous reçoit dans sa chambre d'hôtel, disponible, souriante et enrhumée. Le fameux pendentif autour du cou. Un bouquet de fleurs sur la table, c'est son anniversaire.

Lepetitjournal.com : Marie-Christine Saragosse bonjour, c'est votre première visite en Pologne ? Vos impressions ?
M-C Saragosse :
Oui, et malheureusement c'est une visite express, je n'aurai pas le temps de faire du tourisme. Je rentre cet après-midi en France avant de m'envoler lundi vers Hanoï pour le lancement du sous-titrage en vietnamien. Je suis toujours dans l'avion...

Mais même là, la magie de la francophonie est à l'?uvre ! Hier en arrivant, le steward a remarqué mon stylo TV5MONDE et m'explique comment dans les hôtels, en transit, cette chaine lui permet de se sentir à la maison. Et bientôt je me retrouve dans le cockpit avec la commandant de bord à discuter de la grille des programmes et j'y assiste à l'atterrissage ! Un très beau cadeau d'anniversaire !

Pour Varsovie, j'avais déjà vu la vieille ville en photo mais en circulant j'ai surtout été frappée par la présence magistrale du Palais de la Culture.

Après le roumain, le japonais et le coréen, vous venez de lancer les sous-titres de TV5MONDE en Polonais. La Pologne est le 3ème pays d'Europe où la chaîne est le plus distribuée. Près de 80% des Polonais la reçoivent mais moins de 10% parlent français.

Au regard de ces chiffres, le choix du sous-titrage est une
évidence. Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?
On aurait aimé tout sous-titrer tout de suite ! Mais nous manquons

de capacités techniques et surtout financières. Il a fallu étaler dans le temps ce développement et donner la priorité à certaines langues en fonction des contraintes de marché. On a par exemple commencé par l'anglais pour pouvoir justifier notre distribution dans les offres payantes américaines. Ces sous-titres ont aussi aidé notre développement en Asie. Pour l'Amérique latine, il nous fallait les sous-titres en espagnol et en portugais.

En Europe au contraire, TV5 était déjà très bien diffusée. Nous n'avons pas encore eu à utiliser nos sous-titrages en anglais et en espagnol. Mais ils arrivent. Nous avons commencé par l'allemand, le russe, et le roumain (pour des obligations de diffusion). Suivrons peut-être l'italien et le bulgare après le mandarin.

En deux ans nous avons déjà presque doublé notre offre de programmes sous-titrés. Heureusement la souplesse et la rapidité du numérique réduisent la facture (le surcoût est seulement de 36%).

Comment se repartissent vos financements ?
80% viennent des fonds publics, 20% sont privés : recettes publicitaires et surtout recettes de diffusion (les abonnements aux USA rapportent à eux seuls 5 millions d'euros !).

Qu'attendez-vous des sous-titrages polonais en terme de progression d'audience ?
Aujourd'hui TV5MONDE en Pologne c'est 500.000 téléspectateurs hebdomadaires. En Roumanie, les sous-titres ont quadruplé notre audimat. Si nous pouvons passer à 2 millions de téléspectateurs en Pologne, ce serait merveilleux.

Votre site contient une importante section dédiée à l'apprentissage du français. Ce service est encore peu connu malgré la qualité et l'énormité du contenu disponible. Comment le vendriez-vous ?
Gratuitement, les étudiants peuvent visiter apprendre.tv et l

es professeurs enseigner.tv. Cette partie du site se développe rapidement et ceux qui la connaissent y retournent : dans le monde, un exercice est déjà consulté toutes les 12 secondes et une fiche pédagogique toutes les 40 secondes ! Le tout est très interactif avec du texte, du son et de l'image. Nous avons par exemple déjà 1.200 vidéos en ligne sur l'usage du français !

Avez-vous un coup de c?ur parmi vos programmes ?
Hum... j'en ai beaucoup. Mon coup de c?ur historique c'est Kiosque, c'est l'une de nos plus anciennes émissions et je l'aime beaucoup. Elle est au c?ur du projet de TV5MONDE. Les regards croisés, la diversité des points de vue : mettre autour d'une table des gens qui, bien qu'ils aient le français en commun, n'ont pas la même culture, le même rapport au monde. Il en jaillit une richesse, une liberté de penser très précieuse. C'est aussi une leçon d'humilité et d'humour. Et je trouve extrêmement savoureux de voir un américain, un russe et un chinois s'engueuler en français !

Au niveau professionnel, sans doute Coup de pouce pour la planète. L'émission vient d'être primée par le monde de l'audiovisuel (catégorie développement durable). C'est la première fois qu'une de nos émissions est récompensée par la profession. On y parle d'écologie, mais le ton n'est pas du tout culpabilisant. On explique comment on peut agir, par des choses simples, avec humour et parfois avec un ton décapant.

Enfin une émission qui me tient à c?ur sur le plan personnel c'est Quoi de neuf doc ?, le rendez-vous santé hebdomadaire de TV5MONDE. En 8 min, on met les pieds dans le plat et on aborde les grands enjeux de santé en donnant des conseils pratiques. Sur le sort des femmes notamment. Je ne supporte plus qu'on fasse comme si de rien n'était avec le fait que les femmes, sous prétexte de religions ou de traditions, soient lapidées, excisées, vitriolées...
Je voulais absolument opposer à ces pratiques la parole du médecin, qui en présente les risques et diffuser largement cette émission. Les médias ne s'intéressent pas assez à ces sujets, ce qui ne m'étonne guère car à leur tête, en général, il y des hommes et leur sens de l'altérité n'est pas souvent exacerbé...

Comment voyez-vous TV5MONDE dans 5 ou 10 ans ?


En télévision, c'est une éternité ! Quand en 2008 nous avons fait notre plan stratégique, l'iPhone commençait à peine et personne ne parlait encore de télés connectées ni des tablettes. Je pense qu'on doit se concentrer sur le contenu, le support suivra. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.

Vous êtes née en Algérie. Un grand pays de la Francophonie. Y retournez-vous souvent ?
Pour le travail. J'ai beaucoup de chance. En 2009 nous avons soutenu là-bas un grand festival panafricain. Et j'ai été accueillie comme une fille du pays, couverte de cadeaux, c'était une superbe fête, j'ai passé trois jours à pleurer. Une sénatrice a même dit, en parlant de moi, ?elle a le sourire des filles de chez nous?.

Vous sentez-vous pied-noir ?
Je ne le sentais pas jusqu'à ce que mon père meure. J'ai revisité sa vie et redécouvert mon histoire. L'indépendance de l'Algérie n'avait pas laissé de stigmates. On est d'ailleurs resté vivre là jusqu'en 1965. Mes parents étaient deux enseignants de gauche qui étaient favorables à l'indépendance. Deux camusiens. D'ailleurs Camus est mort en janvier 1960. Quel dommage. S'il était resté parmi nous je sais bien qu'il aurait trouvé les mots pour raconter cette réalité-là, celle de mes parents, celle dont je me sens héritière. On est les enfants de Camus... et de Bedos.

Une passion ?
La danse ! J'ai dansé avant de savoir marcher. J'ai eu la chance de faire l'Ecole de danse de Cannes Rosella Hightower et j'ai continuer à prendre des cours sur Paris. Et là récemment je m'essaie justement à la danse orientale et africaine !

 

Propos recueillis par CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) jeudi 31 mars 2011

Pour en savoir plus sur TV5MONDE et le sous-titrage polonais : consulter notre article de jeudi dernier

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 17 août 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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