

Déjà une semaine que Roland Garros bat son plein et voit défiler les stars du tennis mondial sur la terre battue parisienne. La Pologne compte parmi eux ses deux principaux représentants nationaux , Agnieszka Radwanska et Jerzy Janowicz , respectivement 4e et 23e au classement mondial. Rescapés des premiers tours les deux polonais se plaçaient en outsider à l'aube de la deuxième semaine Porte d'Auteuil, avant que Janowicz ne soit éliminé par le suisse Stanislas Wawrinka. Portrait de Jerzy Janowicz, l'un de deux ambassadeurs d'un sport presque méconnu en Pologne.
Un parcours atypique pour un joueur peu banal
Jerzy Janowicz. Comment ne pas se souvenir de ce Polonais qui s'était révélé aux yeux du grand public pour la première fois en décembre dernier au Master de Paris-Bercy. Issu des qualifications, il avait atteint la finale contre l'espagnol David Ferrer, après avoir réalisé une semaine incroyable. Une performance qui a marqué un tournant dans la vie du jeune homme.
Ce géant polonais (2,03m) de 22 ans dont les parents sont d'anciens volleyeurs professionnels n'était pourtant pas prédisposé à jouer au tennis. C'est à l'âge de 5 ans qu'il va commencer le tennis pour ensuite gravir peu à peu les échelons et entamer une carrière professionnelle en 2007, à seulement 16 ans. Ses débuts furent compliqués. "J'ai toujours eu des problèmes pour trouver des sponsors, je n'avais pas d'argent et pour poursuivre ma carrière, ce sont mes parents qui m'ont toujours aidé. Ils ont vendu leur magasin, un ou deux appartements. Ils ont décidé de tout miser pour m'aider (...)".
En Pologne, le tennis n'est pas un sport phare et ne dispose pas des ressources fédérales permettant aux jeunes joueurs d'être pris en main dès leur plus jeune âge, comme cela peut être le cas en France.
"Globalement, nous ne sommes pas préparés à la compétition. Et il n'y a pas du tout d'argent. Je me souviens quand j'étais sur le circuit junior, mes adversaires les meilleurs avaient toute une équipe autour d'eux alors que je n'avais qu'un entraîneur qui voyageait à mes frais. A Cracovie, là où s'entraîne Radwanska, il n'y a pas de courts en dur. C'est tout de même incroyable (...) je m'étonne que les gens attendent de nous je ne sais quel résultat".
C'est en 2008 qu'il remporte ses premières victoires sur les tournois Futures, la 3e division du circuit professionnel. Doté d'un talent incontestable, Janowicz développe un jeu basé sur la puissance et une impressionnante variété de coups comme l'amortie dont il use à la perfection. « Mon coup préféré est le coup droit et bien sûr mon service. J'essaye toujours de jouer de manière agressive ». Son service est en effet effrayant et l'un des plus rapide du circuit puisqu'il a été chronométré à 251 km/h au Challenge de Szczecin en novembre 2012.
La naissance d'un héros
C'est bien l'année 2012 qui l'a vu se révéler. Faisant l'impasse sur quelques grands tournois faute de budget il triomphe sur le circuit secondaire, porte d'entrée aux qualifications des tournois majeurs. L'apothéose arrive enfin à Bercy en 2012 quand ce jeune inconnu émeut le monde du tennis par ses performances et ses émotions qu'il est incapable de contenir à la fin de ses matchs. Cet exploit a permis au jeune Jerzy d'attirer les sponsors et d'assurer la suite de sa carrière.
Aujourd'hui 23e mondial, le géant natif de ?ód? est devenu le fer de lance du tennis masculin en Pologne, qui, après s'être égaré pendant des décennies semble enfin avoir trouvé un successeur à Wojtek Fibak, ancienne gloire polonaise à la fin des années 70 et dernier grand joueur du pays.
La saison 2013 a débuté doucement pour le polonais mais il a fallu peu de temps à Janowicz pour rectifier le tir. C'était en avril dernier à Wroclaw, en assumant parfaitement son rôle de leader, qu'il a offert à l'équipe de Pologne de Coupe Davis le droit de disputer les barrages en octobre pour intégrer le tableau final des meilleures nations mondiales.
Un potentiel pour aller encore plus loin
En dehors comme sur le court, Janowicz n'est pas connu avoir sa langue dans sa poche et n'hésite pas à répondre à ses détracteurs ou bien à donner son avis sur le tennis actuel : "Dans le sport, en fin de compte, c'est le caractère qui est le plus important, pas l'argent. Moi, même si j'avais une quelconque aide de l'extérieur, je ne la dilapiderais pas. Je ne m'achète rien, je ne dépense pas pour des conneries. Je sais que ma carrière est la plus importante, il faut investir sur soi".
Fort de son talent et conscient du chemin parcouru pour arriver à son niveau, le polonais ne veut pas gâcher sa chance et ne compte pas se reposer sur ses lauriers, considérant que le plus dur reste à faire : "Aujourd'hui, j'espère être un jour un joueur du top 10. J'espère être un des meilleurs joueurs du monde, Federer n'a pas remporté 17 Grands Chelems en se tournant les pouces".
Débarqué comme une comète parmi les meilleurs joueurs mondiaux, Jerzy Janowicz a bousculé toute la planète tennis par sa fougue rafraîchissante. Espérons seulement qu'il ne soit pas qu'une étoile filante dans les hautes sphères tennistiques.
Antoine Roux (www.lepetitjournal.com/varsovie) - mardi 4 juin 2013
Crédit photo : S?awek













