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GAY PRIDE – Un arc-en-ciel qui ne cache pas la grisaille

Par Hervé Lemeunier | Publié le 12/06/2018 à 00:00 | Mis à jour le 12/06/2018 à 00:00
Photo : AP Photo/Czarek Sokolowski
Gay Pride

Ce samedi s’est déroulée, dans une atmosphère festive et haute en couleur, la Gay Pride annuelle de Varsovie. Ses organisateurs espèrent voir dans cette dix-huitième édition locale, qui n’a pas cessé d’exister depuis 2001, une progression significative dans la prise de conscience collective en faveur de la communauté LGBTI. Si l’objectif annoncé reste d’obtenir le mariage homosexuel, la tendance n’est pourtant pas à l’optimiste dans une Pologne encore très conservatrice sur le sujet. A moins que l’année 2020 n’apporte un bouleversement providentiel …

 

L’arc-en-ciel en hologramme : Un Nouvel Espoir

 

Cette fois-ci, le mouvement LGBTI de Pologne semble parti pour durer, « indestructible » même. C’est en tout cas comme cela que ses créateurs ont qualifié le gigantesque arc-en-ciel en hologramme, qui trône au milieu de Plac Zbawiciela depuis son inauguration vendredi. Tout un symbole, puisque ce dernier, qui doit remplacer une ancienne structure florale d’arc-en-ciel vandalisée à sept reprises en trois ans par des militants nationalistes anti-LGBTI avant d’être définitivement retirée en 2015, ne peut tout simplement pas être endommagé. Une façon de dire que le mouvement LGBTI, cette fois, est prêt à mettre en avant ses droits dans une Pologne très conservatrice sur le sujet. « Nous étions très tristes quand le précédent arc-en-ciel a été enlevé, car c’était un symbole pour nous, explique Sylwia Chelchowska, une étudiante de 20 ans venue assister au show inaugural de l’arc-en-ciel. Nous devons montrer aux gens que nous existons. »

 

Et pour cela, le mouvement LGBTI a mis le paquet. Outre cet arc-en-ciel, donc, la Gay Pride de samedi a réuni 45 000 participants, selon les organisateurs. Bien plus que l’an dernier. Et, en prime, le cortège a pu compter sur un invité de marque pour ouvrir la Marche des Fiertés : l’ambassadeur d’Irlande. Dans cette actualité encourageante pour la reconnaissance du droit à l’homosexualité, ce dernier a lu une lettre ouverte signée par 52 émissaires étrangers issus des ambassades varsoviennes. C’est dix de plus que l’an dernier : outre les Etats-Unis et le Canada, les cinquante-deux diplomates comptent dans leurs rangs des soutiens venant de Turquie, du Brésil, d’Australie ou encore du Monténégro. A savoir des pays où il ne fait pas bon vivre lorsque l’on souhaite vivre son orientation sexuelle librement ; plus que jamais, l’union fait la force.

L’autre grand motif de satisfaction, c’est l’expansion de la prise de conscience collective dans les endroits plus reculés de Pologne. Outre la Gay Pride de Varsovie, aujourd’hui la plus développée de Pologne, une autre douzaine d’événements de ce genre sont attendus dans tout le pays pendant l’été. C’est tout simplement du jamais vu, surtout que des villes réputées conservatrices comme Rzeszów ou Opole ont été cochées dans le programme des militants LGBTI. Une ambition nouvelle et dévorante qui ouvre la voie à de nouvelles espérances, si l’on en croit les paroles de la porte-parole de l’association Love Does Not Exclude, Ola Muzinska, pour le Telegraph : « Cela marque le début d’une campagne plus large de sensibilisation des droits des LGBT, et en particulier le droit à l’égalité face au mariage. »

 

Des lendemains qui déchantent, mais des surlendemains plein d’espoirs

 

Mais comme après chaque grande fête, la gueule de bois et l’haleine biberonnée viennent rappeler que les rêves éclatent quand on ouvre l’oeil. Parce que les Polonais sont finalement assez peu à partager cet enthousiasme fait de tolérance et de liberté. Quarante-six pour cent de personnes interrogées souhaiteraient que la société polonaise n’accepte pas l’homosexualité, d’après l’institut de sondages Equaldex. Soit une marée humaine, qui vient s’écraser sur la communauté LGBT et lui rappeler que la Pologne n’est pas encore prête à faire sa mue modernisatrice. Longtemps taboue, l’homosexualité ne plaît pas en Pologne, deuxième pays le plus homophobe de l’Europe des 28, d’après une enquête de l’association internationale des LGBTI. Et ce n’est probablement pas la présence du PiS à la tête du pays qui pourrait faire changer les choses. Depuis son arrivée au pouvoir, le Parti Droit et Justice a pour l’instant fait montre d’une politique rigoureusement anti-LGBTI. La loi portant sur la reconnaissance du genre en Pologne, ratifiée par les deux chambres du Parlement, aurait pu lancer un premier pas lors de l’été 2015 : simple coup dans l’eau, puisque le Président Andrzej Duda y a finalement mis son veto, laissant la communauté transgenre sans processus de reconnaissance juridique codifié. Et quand il s’agit de se justifier quant à la réticence à légaliser le mariage homosexuel, les parlementaires du PiS se cachent derrière … la Constitution, qui serait supposée n’autoriser uniquement les unions de sexes opposés. Il semble donc difficile de s’imaginer dire oui à l’être aimé avant un certain temps…

 

Le motif d’espoir repose sur une date, et un nom : 2020 et Robert Biedroń. Les élections présidentielles pourraient voir Duda détrôné par l’homme de 42 ans, ouvertement gay-friendly. Longtemps leader du mouvement LGBT en Pologne, il a été élu maire de Slupsk en même temps que la députée transgenre Anna Grodzka entrait au Parlement, en 2015, et reste aujourd’hui encore particulièrement populaire auprès des Polonais. Ils étaient d’ailleurs 13 % à souhaiter l’inviter à partager un barbecue, soit juste devant Duda, d’après le très sérieux institut de sondages Pollster. Au moins, Biedroń saura quoi emmener lorsqu’il suivra les chars arc-en-ciel dans les villes du pays cet été. Et lui ne devrait pas mettre son veto sur une belle brochette grillée.

 

 

1 CommentairesRéagir
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Laurent mar 12/06/2018 - 09:18

Petites rectifications : 1) Robert Biedroń n’est pas seulement gay-friendly mais c’est le premier homme politique polonais ouvertement gay. 2) Robert Biedroń a d’abord été élu député en 2011 en même temps qu’Anna Grodzka sius l’étiquette Ruch Palikota puis maire de Słupsk en 2014.

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