

L'ambassade de Grande-Bretagne et l'Institut des Affaires Publiques (un groupe de réflexion polonais) ont organisé le 28 juin dernier une conférence sur le trafic d'êtres humains. En Europe, la traite est principalement destinée à la prostitution. Cet aspect le plus visible et le plus médiatique ne doit pas faire oublier d'autres formes d'exploitations : mariage forcé, servitude domestique, mendicité forcée, adoption illégale, travail forcé, trafic d'organes...
Parmi les victimes du trafic se trouvent de nombreux Polonais. Au Royaume-Uni, la Pologne reste dans les dix premiers pays d'origine de ces femmes exploitées. Depuis son entrée dans l'espace Schengen, déjà pays source, la Pologne est aussi devenue un pays de transit et même de destination. Elle est une porte vers l'Europe de l'ouest et son développement économique en ferait presque un Eldorado vue de ses deux voisines l'Ukraine et la Biélorussie. Le trafic commence même plus loin avec la traite de victimes venant de Bulgarie, Moldavie, Mongolie ou du Vietnam... Le phénomène est difficile à quantifier mais l'ONG la Strada estime qu'annuellement en Pologne il concernerait 10.000 victimes, toutes origines confondues.
Gabriela Roszkowska, coordinatrice de programme pour Nobody's Children Foundation, présente la situation de la traite des enfants en Pologne (Photo : Christophe Quirion)
Un phénomène connu des autorités polonaises
Depuis quelques années ce trafic est un thème largement traité par les médias du pays. En 2006, l'affaire des camps de travaux forcés dans les fermes du sud de l'Italie ou un millier de Polonais auraient été exploités a été particulièrement médiatisée. Mais le sujet de la traite humaine est généralement évoqué sous un angle sensationnaliste (sexe, barbarie...) sans aborder les causes ni les solutions du problème.
Des solutions difficiles à mettre en place
Pourtant les remèdes évoqués lors de cette conférence sont connus : des campagnes de sensibilisation, une meilleur formation des juges et des policiers, l'application d'un cadre légal plus dissuasif (envers les trafiquants mais aussi les clients) et une meilleur assistance aux victimes (sociale, juridique mais aussi financière...). Reste que ces actions ont un coût et qu'elles demandent donc une réelle volonté politique qui jusque là fait défaut.
En Europe, ces victimes sont en effet "invisibles" aux yeux des décideurs politiques et de l'opinion publique : elles ne manifestent pas, ne votent pas, ne s'expriment pas dans les médias et ne portent que très rarement plainte, trop effrayées par les autorités sensées les protéger. Or cette crainte est bien souvent justifiée. Le contexte socio-économique actuel fait que l'accent est mis sur l'aspect migratoire du phénomène et non sur l'exploitation humaine. Considérées d'abord comme des sans papiers, les victimes sont trop souvent renvoyées à la misère de leur pays d'origine, le traumatisme et la honte en plus.
CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mercredi 7 juillet 2010
Pour en savoir plus :
- La Strada Pologne, une organisation luttant contre la traite des femmes : www.strada.org.pl
- Nobody's Children Foundation, une association polonaise de protection de l'enfance : www.fdn.pl







