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DIPLOMATIE – L'histoire étonnante des relations entre la Pologne et la Corée du Nord

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 septembre 2015

 

La Corée du Nord et la Pologne entretiennent depuis 50 ans des relations particulières. D'abord considérés comme pays « amis » durant l'ère soviétique, leurs relations se sont  tendues lors de la prise de pouvoir de Kim-Jong-Il en 1994, sans pour autant devenir inexistantes. Retour sur un demi-siècle d'histoire diplomatique tumultueuse.

L'ouverture des échanges diplomatiques entre les deux états date de la guerre de Corée. A l'époque, l'URSS et ses périphéries européennes finançaient la Corée du Nord communiste dans la guerre qui l'opposait à la Corée du Sud soutenue militairement par les Etats-Unis Dans ce contexte, la République Populaire de Pologne avait apporté son soutien humanitaire à la fois en signant un traité pour la construction d'un hôpital polonais en Corée du Nord ainsi que l'accueil d'orphelins  fuyant la guerre dans la petite ville d'Otwock située à 30 kilomètres de Varsovie. Depuis, Otwock est toujours appelée « la glorieuse ville » dans les livres scolaires nord-coréens et est considérée comme un symbole d'amitié entre les deux pays.

Depuis cette époque, l'ambassade polonaise à Pyongyang et l'ambassade nord-coréenne à Varsovie ont perduré malgré des échanges économiques très restreints entre les deux pays (la valeur des échanges ayant été estimée à 12,3 millions de dollars par an en 2011 dont plus de 10 millions d'importations polonaises). Toutefois, on compte dans ces exportations le parc industriel inter-coréen de Kaesong , une zone économique spéciale créée en 2003 sur le territoire nord-coréen et qui permet aux entreprises de Corée du Sud d'employer plus de 50 000 nord-coréens.  Autrement dit, ce sont des entreprises sud-coréennes qui participent en partie aux échanges entre les deux pays. La Pologne y exporte principalement de la viande et des produits électroniques. Quant à la Corée du nord,, elle exporte en Pologne de la magnésite, la principale ressource minière du pays. D'un point de vue politique, 16 traités ont été signés entre les deux états entre 1953 et 2007 dont quatre après la période soviétique. Les deux gouvernements ont également arrangé des rencontres diplomatiques dans les années 2000 et quatre d'entre elles lors des dernières années du règne de Kim-Jong-Il.

L'ambassade nord-coréenne de Varsovie est indissociable de la figure de Kim-Pyong-Il, le demi-frère du défunt dictateur Kim-Jong-Il. Longtemps vu comme le successeur potentiel de son père Kim-Il-Sung, Kim-Pyong-Il a été rapidement écarté par son demi-frère et affecté aux missions diplomatiques en Europe notamment. Il fut désigné ambassadeur de Varsovie en 1998, il y resta 17 ans jusqu'à son affectation à Prague en 2015. Développant un style discret, l'ambassadeur fit quelques apparitions dans les soirées diplomatiques varsoviennes.

L'essentiel des échanges commerciaux entre la République Populaire de Corée et la Pologne sont réalisés par une seule compagnie : CHOPOL (la société de fret polono-coréenne) qui est la seule entreprise polonaise opérant en Corée du Nord. Fondée en 1965 par une association de courtiers coréens et polonais qui met en place des échanges entre Gdansk et Pyongyang, l'association devient en 1987 la CHOPOL. L'essentiel du business de la compagnie est réalisé par un cargo de 33 000 tonnes faisant régulièrement des allers-retours entre les ports nord-coréen et Gdansk. Si elle est bénéficiaire depuis la fin des années 2000, l'entreprise compte beaucoup sur les aides directes des gouvernements polonais et coréen pour pouvoir investir. Néanmoins, la compagnie est soupçonnée de s'adonner ou de participer à des activités illégales, notamment dans les trafics d'armes et de drogues opérés par le régime nord-coréen. Ces soupçons viennent de deux incidents mettant en cause des bateaux nord-coréens partenaires de l'entreprise : la découverte d'armes supposément destinées aux rebelles tamouls en 1997 et la découverte de 125 kilogrammes d'héroïne par la police australienne. L'implication de la compagnie  dans ces incidents n'ayant pas été prouvée, la CHOPOL récuse toute accusation bien qu'elle refuse de faire preuve de transparence gérant ses comptes dans le plus grand secret.

Depuis 2011, les relations entre les deux pays sont au point mort. La Pologne ayant statué que l'intensification de ses relations avec la République populaire de Corée ne dépendrait que de l'évolution du processus de paix, processus qui est mis à mal depuis l'arrivée au pouvoir de Kim-Jong-Un  peu enclin à traiter avec son homologue sud-coréen.

Sources : Krakow Post
http://www.krakowpost.com/2015/07/the-strange-history-of-north-korean-polish-relations/
http://www.msz.gov.pl/en/foreign_policy/other_continents/asia_pacific/bilateral_cooperation/democratic_people_s_republic_of_korea_

 

Hugo Guyon (lepetitjournal.com/Varsovie) - Mardi 15 septembre 2015

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Publié le 14 septembre 2015, mis à jour le 14 septembre 2015
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