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DECES - Violetta Villas ou la chute d'une étoile filante

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Au même titre que le Palais de la Culture, elle était en Pologne un des symboles de la PRL : un monument kitsch, pathétique et raillé. Mais si le Palais a survécu à son époque et s'illumine maintenant tous les soirs, Violetta Villas, en diva déchue, vient de s'éteindre dans l'indifférence quasi générale

Elle avait pourtant tout pour être une vraie star : sa voix unique (une soprano couvrant cinq octaves) qui la prédestinait à une grande carrière d'opéra, à laquelle elle renonça finalement, son éducation musicale (elle jouait du piano, du trombone et du violon, elle étudiait le chant lyrique), enfin son véritable tempérament scénique.

Une voix phénoménale
Violetta Villas devient célèbre en Pologne au début des années 60. Elle est ensuite encensée par la presse française et américaine qui la surnomme « la voix de l'ère atomique » ou « le merle blanc de la vocalistique mondiale ».

En 1966, cette fille de mineur polonais (de son vrai nom Czes?awa Maria Cie?lak), née à Liège mais revenue avec sa famille en Pologne, se produit à l'Olympia à la demande personnelle de Bruno Cocquatrix. Elle y remporte un grand succès : « une voix au registre exceptionnel qui suscite des émotions extraordinaires », « une voix véritablement étonnante, on a du mal à croire sa force et son échelle », écrivent des critiques parisiens.

C'est à Paris que Violetta Villas rencontre un producteur de revues américaines qui l'invite à Las Vegas. Pendant trois saisons, elle chante aux côtés de Frank Sinatra et Charles Aznavour dans la revue du Casino de Paris en interprétant, à sa façon mi-érotique mi-cabotine, le tube Strangers In The Night, des airs d'opérette et d'opéra dans plusieurs langues.

6 films et 300 chansons en 10 langues
À cette époque, elle mène grand train : le coût de la revue où elle se produit atteint la somme, colossale pour l'époque, de 50.000 dollars. Ses tenues extravagantes sont confectionnées par la maison Dior, elle fait son apparition sur scène sur un cheval blanc ou au volant d'une Jaguar. Le ballet qui l'accompagne compte 100 personnes.

Au début des années 70, Violetta Villas revient en Pologne pour soigner sa mère malade, mais le régime lui interdit de retourner à l'Ouest. Elle achète une grande villa près de Varsovie où elle se fait construire un studio d'enregistrement. Dans son jardin, il y a une piscine chauffée, à l'intérieur de la maison un sauna et une chapelle. Elle se promène en Mercedes (chose impensable, elle en possède même deux !), et scandalise la Pologne populaire grisâtre et étriquée par son style tape-à-l'?il, son franc-parler et sa crinière blonde dont elle prend le plus grand soin. Le public est toujours au rendez-vous, on lui organise des récitals dans toute la Pologne, la télévision et la radio s'intéressent encore à elle, mais son heure de gloire est passée. Elle s'installe durablement dans le rôle de l'artiste qui a laissé passer sa chance et qui gaspille son immense talent dans un répertoire indigne de son rang.


Ses derniers succès datent des années 90. En 1996, elle chante avec Kazik Staszewski, une étoile alors montante de la chanson polonaise rock, un tube au titre évocateur : « Kochaj mnie, a b?d? twoj? » (« Aime-moi, et je serai à toi »).

Une figure tragique
À cette époque, malgré ses nombreuses apparitions en public en Pologne et à l'étranger, Violetta Villas a commencé à s'isoler et à dilapider sa fortune : il semblerait que, suite à une mauvaise gestion ou à l'influence de personnes mal intentionnées à son égard, elle aurait négligé de s'assurer des droits d'auteur sur ses chansons. À la fin de sa vie, elle vivait dans une grande propriété à Lewin K?odzki, village où elle a passé son enfance, avec une centaine d'animaux, chats, chiens et chèvres, qu'elle a recueillis. Malheureusement, son refuge a dû être fermé, en raison de son incapacité financière ? et peut-être mentale ? à s'en occuper. Violetta Villas est morte dans sa maison lundi dernier, à l'âge de 73 ans.

Qui était-elle ? Ses deux biographies, ses interviews dévoilent une femme sensible et généreuse, farouche dans sa volonté de rester fidèle à elle-même, travailleuse et brave mais peu préparée à faire face à sa propre légende. Une femme naïve et influençable, une proie facile pour les profiteurs de toutes sortes. Une femme éprise d'absolu mais qui vira dévote. Une femme simple dans un monde compliqué, et qui finit par se tourner vers ses « frères cadets », comme elles appelait les animaux.

Anna Kryst (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) lundi 12 décembre 2011

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 12 décembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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