La Cour en charge de l'instruction sur la mort mystérieuse du Général Wladyslaw Sikorski a rejeté l'appel qui demandait la poursuite de l'enquête, laissant planer le doute quant aux circonstances de ce décès vieux de 70 ans.
Le général Władysław Eugeniusz Sikorski, militaire, général et chef des forces armées polonaises, puis Premier ministre du gouvernement polonais en exil de 1939 à 1943, a trouvé la mort dans un accident d'avion le 4 juillet 1943 à Gibraltar. A l'époque, aucun Polonais, civil ou militaire, ne fut admis à participer à la commission d'enquête alors créée par les Britanniques (indice qu'il y avait quelque chose à cacher ?). De plus, le fait que beaucoup d'archives britanniques restent classées « secret défense » jusqu'en 2050, alors que la règle prévoyait qu'elles soient ouvertes en 2013, biaise le débat. Les doutes sur la théorie officielle empêchent les théories du complot de s'appuyer sur autre chose que sur des présomptions. Le débat a tourné en âpre controverse en raison de la Guerre Froide : les théories ont toutes été instrumentalisées. La théorie officielle en Grande-Bretagne, aux États-Unis et ailleurs reste que le Général Sikorski est mort dans un simple accident d'avion ; mais dans la Pologne post-1989, c'est la théorie du complot anglo-soviétique sur ordre de Staline, qui est quasi-officielle.
La théorie du complot
Depuis plus de cinq ans, l'Institut de la Mémoire nationale a exploré de nombreuses pistes entourant la mort du Général Sikorski en 1943. Fin 2013, ils ont conclu qu'ils ne disposaient pas de preuves suffisantes permettant d'infirmer ou de confirmer le sabotage de l'avion. L'Institut a assuré que les conclusions du rapport britannique fait à l'époque étaient cohérentes : les commandes du Liberator se sont bloquées de manière accidentelle. Depuis des décennies, les théories de complots se sont succédé, pointant du doigt une trahison des Russes, des Anglais ou même de quelques Polonais fidèles au Général Anders.
L'incident a eu lieu peu de temps après que Moscou a coupé les relations diplomatiques avec le gouvernement polonais en exil à Londres. Le Général Sikorski venait de demander une enquête de la Croix-Rouge sur les charniers découverts à Katyn, dans lesquels reposaient vraisemblablement des prisonniers polonais détenus par les Soviétiques. A l'époque, Staline faisait pression sur la Pologne et ses alliés occidentaux pour que le massacre soit imputé aux nazis. Outre la théorie du crime russe, une autre piste présumait que les Britanniques avaient commandité le crash de l'avion afin d'apaiser leurs relations avec Moscou. Enfin, la piste de désaccords entre les généraux Sikorski et Anders, qui auraient poussé les « fidèles » du second à tuer le premier, a elle aussi eu un certain écho.
Le combat de Teresa Ciesielska
La théorie, selon laquelle Sikorski aurait été assassiné avant même le crash, considérée comme une des moins probable par l'IPN, est défendue par Teresa Ciesielska, fille d'une des onze victimes de l'accident, le Colonel Andrzej Marecki. Elle a fait appel de la décision de clôturer l'enquête prise en décembre 2013. Pour elle, il existe des preuves, ce pourquoi elle a demandé l'exhumation du corps du courrier de l'Armia Krajowa, Jan Gralewski, victime lui aussi du crash. Selon la documentation officielle, le corps de Gralewski a été retrouvé dans la mer quatre jours après l'accident, mais Teresa Ciesielska clame que les lettres de sa femme trouvées sur lui ne donnaient pas l'impression d'avoir passé autant de temps sous l'eau. La Juge Katarzyna Smolka, de la Cour de Katowice, a approuvé l'avis de l'IPN soutenant que l'exhumation n'était pas nécessaire. En effet, pendant cette longue investigation, les corps de Sikorski et de trois autres victimes ont été précédemment exhumés de la Cathédrale du Wawel à Cracovie. Les tests médico-légaux ont confirmé que les blessures sur les corps étaient typiques des accidents d'avion et ne témoignaient pas d'autres choses.
Ainsi, bien que la Juge Smolka ait affirmé que la décision d'abandonner cette affaire « est irréversible », l'enquête pourrait être rouverte à la lumière de nouvelles preuves, car la controverse elle n'est pas close.
Mathilde TÊTE (www.lepetitjournal.com/varsovie) – Jeudi 3 avril 2014







