

Première étape des vadrouilles polonaises de Bénédicte Mezeix. Cette journaliste française fraîchement arrivée nous fait part de ses impressions et découvertes. Elle décrit son carnet de voyage "Nie mówi? po polsku, mais je finirai bien par comprendre les Polonais... un jour !" comme "une tranche de vie, un billet d'humeur (bonne ou mauvaise, c'est selon), d'humour, d'amour, d'amer, d'humains...". Pour ce premier épisode, elle vous emmène à Gda?sk.
(photos Bénédicte Mezeix, sauf Günter Grass : Wikicommons E Mandelmann et vue aerienne Wiki)
Que savais-je de la Pologne avant d'y mettre les pieds ? Trois fois rien. Hormis Lech (Walesa), Jean-Paul (II) et ce mystérieux "plombier polonais" qui a un temps préoccupé l'opinion française, je ne connais de ce pays que ce que mes manuels d'Histoire et les journaux m'en ont raconté : pas grand chose. C'est avec ce peu que je rencontre une ville à l'histoire tumultueuse et héroïque : Gda?sk, et pose ainsi les bases de ma Filologia polska...
Première leçon de géopolitique
En arrivant à Gda?sk je découvre l'importance de la mer Baltique. La ville y accède par la Mot?awa. Son grand port est sa principale richesse. En ouvrant (déjà) des perspectives européennes, cette mer joue dès le Moyen Âge un rôle essentiel. Durant cette période, les villes de la Baltique unissent leurs forces. Elles forment la Hanse, une alliance qui leur permet d'accumuler d'énormes richesses. Parmi les villes hanséatiques les plus importantes : Riga, Novgorod, Lübeck, Hamburg, Brême et Gda?sk. Malgré la dissolution de la Ligue, ces 4 dernières sont restées liées jusqu'au XIXième siècle. D'où ce style architectural commun. Imaginez que du XIIIième au XVIIième siècle, la Hanse devint la plaque tournante des échanges de marchandises entre l'est, le nord et l'ouest de l'Europe. Une place plus que stratégique... Je commence à comprendre l'intérêt militaire d'une telle prise !
Le passé en héritage
Lors d'une discussion "agitée" sur la présence allemande à Gda?sk (comme les Polonais savent en avoir lorsqu'on parle d'histoire ou de politique), Tadeusz, l'un des "agitateurs" me lance : "Tu dois te renseigner sur l'histoire de la ville si tu veux comprendre comment pensent les gens ici ! Le sang et l'histoire de ceux qui peuplent Gda?sk aujourd'hui sont mêlés au sang et à l'histoire des ennemis d'hier, tu comprends ?". Bonne élève, je vais me renseigner...
Ceux qui écrivent l'Histoire, ceux qui la subissent
Gda?sk est passée de mains en mains au fil des siècles... Celle qui s'appelle Gedania en latin, passe aux mains des Chevaliers Teutoniques en 1308. Chargés d'or au retour des Croisades, ils se constituent un vaste empire entre la Prusse et le nord de la Pologne. Le roi polonais Casimir Jagellon IV les bat finalement et met fin, en 1466 à la Guerre de Treize ans. Gda?sk retrouve son faste et offre à la Pologne un nouvel accès à la mer. Je continue. En 1600, Gda?sk forte de ses 50.000 habitants est alors bien plus importante que Varsovie, la jeune capitale. C'est l'âge d'or. Mais les Prussiens la reprennent en 1793. Les français s'en mêlent : Napoléon "libère" la ville entre 1807 et 1813. Puis retour des prussiens. Sous le nom de Dantzig elle devient la capitale de la Prusse orientale jusqu'en 1920. En 1919 grâce au traité de Versailles, Dantzig respire un peu et devient une ville libre, sous le contrôle de la Société des Nations. La Pologne retrouve son précieux accès à la mer.
Début de l'enfer
Le 1er septembre 1939, Adolf Hitler s'empare de la ville et déclenche alors la Seconde Guerre Mondiale. Je me rafraichis la mémoire sur les accords secrets du pacte germano-soviétique en août 1939, qui permet à l'URSS d'entrer à son tour en Pologne, en me replongeant dans un livre d'histoire. La Pologne en tant qu'État disparaît donc une nouvelle fois, partagée cette fois-ci entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique, la peste et le choléra. Les nazis vont ouvertement réduire les Polonais non juifs à l'état de servage et essayer d'exterminer tous les juifs du pays.
Otage de la faucille et du marteau
En février 1945, à la conférence de Yalta, Staline met les alliés occidentaux devant le fait accompli : la Pologne se déplace vers l'ouest. Elle cède certains territoires à l'URSS. En compensation, elle reçoit des territoires enlevés à l'Allemagne... Et comme si Dantzig n'était pas assez meurtrie, l'armée soviétique la rase à son tour à la fin de la guerre.
J'ai su tout ça, je l'ai appris, récité tant de fois, mais d'un seul coup, je ne suis plus dans la théorie d'un manuel scolaire : j'ai en face de moi des gens qui portent en eux les stigmates bien réels de ces souffrances, vécues ou héritées. Pour bien comprendre ce pays, il faudra désormais que je tienne compte du fait qu'en Pologne, l'histoire est une plaie qui a beaucoup de mal à cicatriser...
Sur les traces d'un esprit libre, Günter Grass
Pour ma première grande balade dans la ville, je choisis de mettre mes pas dans ceux de Günter Grass, l'un des écrivains allemands les plus marquants du XXième siècle. Il est né d'un père allemand et d'une mère cachoube dans la Ville Libre de Gda?sk (Freie Stadt Danzig). J'ai lu au lycée la trilogie de Gda?sk, composée du Tambour, Le chat et la souris et Les années de chien. A l'époque, j'ai particulièrement aimé son écriture, teintée d'humour noir et d'ironie qui mêle réalisme historique et conte fantastique.
Les chemins sinueux de la pensée
En 2006, le citoyen d'honneur de la ville de Gda?sk jette
Le quartier de Wrzeszcz
Je vois enfin les enseignes de la Galeria Ba?tycka dans le quartier de Wrzeszcz, je suis maintenant très proche du lieu où Günter Grass a vécu. Aujourd'hui les blocs d'immeubles communistes côtoient les maisons allemandes entourées de jardins. Direction la rue Lendziona au 5a. Je m'arrête devant cette maison où il est né. Je continue vers l'église du Sacré Coeur, au style néo-gothique au 3 rue Zator-Przytockiego, où a été baptisé le futur Prix Nobel. En me perdant un peu, je finis par arriver place Wybickiego et là, à côté de la fontaine, se trouve un kiosque avec un banc sur lequel est assis Oskar, le personnage du "Tambour". Il est assis pour l'éternité, conformément à son voeux : cette statue lui permettra de ne plus grandir, même si le régime nazi n'est plus..
Le soir, je revois mon groupe "d'agitateurs". Mes pérégrinations donnent lieu à un nouveau débat houleux. Une Polonaise, Magda, lance en guise de conclusion : "Oui, Gda?sk c'est un peu Hélène de Troie, maintes fois enlevée, qui finirait, après de longues années d'attente par retrouver son époux Menelas, alias la Pologne, grâce à la pugnacité de sa 's?owia?ska dusza !'", son âme slave.
Et Tadeusz d'ajouter sous les rires "Moi je dirais plutôt, Nie ma nocy bez poranka, s?o?ce powróci jutro !" ( qu'on peut traduire par "il n'y a pas de nuit sans matin, le soleil reviendra demain").
Ci?g dalszy nast?pi... A suivre...
Bénédicte Mezeix (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mardi 21 décembre 2010
Pour en savoir plus :
- notre article sur Gda?sk, un paradis touristique au bord de la baltique
- un court sujet sur les 400 ans du consulat français à Gda?sk
- le site de la ville de Gda?sk (en Français) : http://www.fr.gdansk.gda.pl/





















