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SADYBA OU LA « VILLE JARDIN »- Un quartier bucolique et chargé d’histoire

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 17 mai 2016

 Si Varsovie est surtout célèbre pour sa vieille ville, lieu touristique par excellence, d'autres quartiers de la capitale moins connus méritent aussi d'être visités. C'est le cas de Sadyba, quartier au sud-ouest de la ville, que l'équipe du petitjournal.com/Varsovie vous propose de découvrir le temps d'une visite organisée par  Varsovie Accueil.  

Nous nous retrouvons à l'angle des rues Powsinska et Morszynska prêts à découvrir l'histoire de ce quartier né dans les années 1920 comme beaucoup d'autres de Varsovie (Ochota, Zoliborz,?). En effet, son indépendance retrouvée, la ville peut enfin s'agrandir car jusqu'en 1918, elle était occupée par les Russes qui se retranchaient dans des forts et empêchaient les constructions. Les restes du système de fortifications édifié par les Russes sont visibles dans nombreux endroits de la ville, à Mokotow, à Czerniakow, à Zoliborz avec la Citadelle, partie la mieux conservée et pouvant être visitée. A Sadyba, sur les ruines de l'ancien fort, se trouve désormais un musée de la technologie militaire polonaise dont on peut apercevoir de là où nous sommes des hélicoptères et camions.  Plus petit que le musée de l'armée situé dans le centre-ville à côté du musée national, il permet de voir des équipements militaires d'époque et ainsi de découvrir comment fonctionnait l'armée polonaise à la fin du XIXème siècle. 

Aujourd'hui réunies sous le nom de Sadyba, le quartier était divisé en deux parties avant la Seconde Guerre mondiale : le Sadyba des officiers où résidaient les généraux de l'armée et celui du « Jardin-ville Czerniakow » où habitaient les cadres de l'administration. La rue Powsinska relie aujourd'hui les deux mais n'existait pas l'époque. Un train qui faisait le lien entre les quartiers a fonctionné jusqu'à la fin des années 50. Mais le trajet n'était pas des plus rapides, le train faisant de nombreux détours, empruntant par exemple la rue Okrezna (qui signifie justement « détourné »en polonais) !

Le Sadyba des officiers

Dans cette partie du quartier, résidait donc le haut personnel de l'armée qui travaillait avec le maréchal Pi?sudski. La première maison que l'on voit était ainsi la résidence d'Henryk Baginski, géographe de l'armée. Il est notamment connu pour avoir exploré les côtes de la mer Baltique en 1920 et y avoir acheté un terrain de 20 hectares sur lequel il construit le quartier Hallerowo, du nom d'un général. Ce quartier fait aujourd'hui partie de Wladyslawowo, ville marquée par l'architecture des années 1930 et lieu de vacances des Polonais.

Si sa maison a été bien rénovée, d'autres ont gardé les stigmates du temps comme celle conçue par Jozef Handzelewicz. Grand architecte, c'est lui qui a conçu le vaste bâtiment de la poste centrale à ?wi?tokrzyska. C'est ce qu'indique notamment un panneau explicatif dont le quartier regorge : leurs explications en polonais vous échapperont peut-être mais les photos d'époque permettent de constater la transformation du quartier.  

 

Grâce aux photos d'époque, on remarque notamment que le niveau d'eau du fossé Legionow Dabrowskiego était bien plus élevé. Les canons que l'on voit ne sont probablement pas d'époque car ils auraient été alors immergés sous l'eau et dirigés dans le mauvais sens (ils sont pointés vers le fort russe). 

La maison suivante était celle de Tadeusz Kasprzycki, membre des Légions polonaises pendant la Première Guerre mondiale puis général de l'armée polonaise et ministre des affaires militaires de la Pologne. La villa au toit à quatre pentes a été conçue par les architectes Jozef Handzelewicz et Tadeusz To?wi?ski. Ce dernier est l'architecte du bâtiment du musée national. 

Ces maisons luxueuses à l'époque, construites sur des terrains entre 900 et 1100m2, sont parfois aujourd'hui dans un piteux état. C'est le cas des « maisons communales » : elles appartiennent à la ville de Varsovie qui les louent à bas revenus. Par manque d'argent (de la part de la ville et des habitants), les travaux de rénovation ne sont pas effectués. Certaines maisons sont ainsi très vétustes et il est parfois difficile d'imaginer qu'elles sont habitées !

Lors de notre visite, nous avons pu voir par hasard cette voiture du nom de Warszawa. Construite sur le modèle d'une voiture française, elle était très populaire pendant les années 1970, utilisée par les taxis notamment. 

En se promenant à Sadyba, vous apercevrez aussi des statues de vierges. Elles datent de 1943-1944, une période marquée par la terreur à Varsovie. Sortir dans la rue devenait très dangereux sous l'occupation allemande, les Allemands ayant notamment décidé que pour un des leurs tué, 100 Polonais seraient exécutés en représailles. Pour pouvoir se recueillir sans s'aventurer dans les rues, et surtout pour les grandes célébrations religieuses (baptêmes, mariages, enterrements), les habitants construisent ainsi des vierges à l'intérieur des cours de maison. On peut en apercevoir dans tout Varsovie, et plus particulièrement à Praga, le quartier ayant moins souffert de destructions pendant la guerre. Généralement très bien entretenues, il est possible de voir des personnes âgées s'y rendre encore pour prier. 

 « Ville-jardin Czerniakow » 

Découvrons maintenant l'autre partie de Sadyba, s'appelant autrefois ville-jardin de Czerniakow. Comme pour le Sadyba des officiers, le quartier est composé de villas avec jardins, construites sur un terrain entre 900 et 1100m2 selon des lois très strictes concernant la hauteur des maisons, leur forme, les décorations, et même l'agencement du jardin, afin de préserver l'unité du quartier. Ce dernier était tout à fait indépendant avec des églises, des écoles maternelles, une place publique, etc?

Rue Okrezna, nous pouvons voir une locomotive, rappelant le train qui permettait l'accès au quartier. Car le modèle que l'on aperçoit n'est pas d'origine, même si son état et sa rouille peuvent le laisser penser ! Les rails de l'époque n'étaient pas de bonne qualité et les accidents étaient fréquents. 

Contrairement à l'autre partie de Sadyba, les maisons de Czerniakow ont été bien rénovées et sont ainsi parfois très différentes de leur aspect d'origine. Plus confortables, leur coût peut parfois atteindre aujourd'hui 3 millions de zlotys.  

Le quartier est éclairé par des lampadaires, imitant les lampes à gaz d'époque et fonctionnant à l'électricité (ci-dessous, photo de gauche), mais aussi par de véritables lampes à gaz (voir ci-dessous photo de droite) ! Datant des années 30, certaines fonctionnent encore. Pour ceux qui en doutent et sont un peu acrobates, vous pouvez vérifier par vous-mêmes : pour les allumer, il faut tirer vers le bas une petite poignée en métal dans la lampe. 

                              
 

Devant une maison qui semble abandonnée mais toutefois habitée, rue Godebskiego, se trouve une structure rectangulaire en métal. Notre guide nous révèle qu'il s'agit d'un objet fort utile, servant à étendre les tapis : enfants et parents viennent alors frapper avec des bâtons le tapis pour le dépoussiérer. Un objet typique des cours des maisons des années 1970, utilisé également comme terrain de jeu par les enfants s'amusant à grimper dessus.  

Les maisons ayant conservé leur état d'origine sont plus rares à « jardin-ville Czerniakow » mais l'on peut tout de même en trouver comme au 18 rue Jodlowa. Cette maison est l'une des plus anciennes de Sadyba, existant avant la création du quartier. Conservée en l'état, classée monument historique, elle est habitée et souvent utilisée pour les tournages de films.

Au 1er de la rue Bernardynska, nous nous arrêtons devant un joli manoir du XIXème siècle. Si son architecture est intéressante, son histoire l'est encore davantage. Au début du XXème siècle, le terrain appartient au jardinier Wojciech Zatwarnicki. Ce dernier est très connu : c'est notamment lui qui a introduit la tomate à Varsovie.  Ayant fondé une ferme modèle, le jardinier est contacté par des juifs entre 1939 et 1940 pour venir y travailler. En effet, pendant cette période, les juifs souhaitent apprendre à cultiver la terre pour préparer leur départ en Israël.  Varsovie comptait ainsi une vingtaine de kibboutz (exploitation agricole collective) dont le manoir rue Bernardynska est la dernière trace. Difficile d'imaginer qu'alors que des centaines de milliers de juifs meurent de faim et de maladie dans le ghetto, une centaine de juifs vivent ici jusqu'en 1942 avec le consentement des Allemands, dans de bonnes conditions. Ayant plus de liberté, les juifs du kibboutz auraient ainsi contribué à la naissance de l'insurrection. Le manoir qui appartient à un descendant du jardinier est aujourd'hui souvent visité par les jeunes juifs.  

Enfin, prenez le sentier à gauche du manoir pour aller voir des ruines, derniers vestiges d'une époque. Il s'agit en effet de restes d'un réfrigérateur ! On y stockait la glace provenant du lac gelé en hiver pour y conserver les aliments. Car le quartier de Sadyba est construit autour d'un grand lac naturel, le lac Czerniakow, très apprécié des habitants de Varsovie. 

Merci à Varsovie Accueil et à notre guide Malgorzata Chmielowska-Magnier ! 

© Photos : Hélène Sancey-Dodivers

Hélène Sancey-Dodivers (lepetitjournal.com/Varsovie)- Mardi 17 mai 2016 

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Publié le 16 mai 2016, mis à jour le 17 mai 2016
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