Édition internationale

FRANCE CULTURE – Papusza, liseuse de bonne aventure

Écrit par Lepetitjournal.com Varsovie
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 mai 2014

Demain à 17 heures, France Culture diffusera dans son émission Sur les Docks un documentaire consacré au destin de la poétesse tzigane Papusza. L'occasion de revenir sur l'histoire d'une femme exceptionnelle avec en toile de fond l'histoire tourmentée de la Pologne.

Papusza (la poupée), enfant tzigane aux yeux et cheveux noirs naît en 1908 dans un tabor (un campement nomade) à l'Est de la Pologne situé aujourd'hui en Ukraine. Elle apprend à lire et écrire en cachette grâce à des enfants éduqués qu'elle alimente en butins divers. Très jeune, elle dit la bonne aventure, chante, danse, improvise des épopées... et joue de la harpe comme sa famille musicienne. Pleine de joie et de grâce, c'est très naturellement qu'elle devient poétesse, mais n'en fait cas. Elle mène une vie douce, tandis qu'au loin, de gros nuages assombrissent l'horizon. Rescapée des rafles et grands massacres nazis de la seconde guerre mondiale (20 000 Tziganes fusillés en même temps que les Juifs), Papusza échappe aussi aux vengeances ukrainiennes nationalistes et anti-polonaises de cette période. Dans beaucoup de ses poèmes, elle raconte le chaos quotidien de la guerre et elle sublime la forêt qui constitue le refuge instinctif de son peuple.

Dans les années 1950, Papusza est brutalement sédentarisée comme tous les tziganes du pays par les autorités communistes qui appliquent le plan de productivité organisé. Les nomades sont fixés en un lieu et contrôlés pour devenir les ouvriers des grandes usines socialistes. A cette époque, un poète polonais rebelle, Jerzy Ficowski, fait publier les nombreux textes de Papusza rencontrée en 1949. La culture tzigane étant fondée sur le refus d'intégration au monde extérieur et défend un système de rites et de secrets qu'il est interdit de transmettre aux étrangers, la communauté bannie Papusza. Elle ne se remettra jamais de ce rejet et demeurera seule et appauvrie jusqu'à la fin de sa vie, malgré sa correspondance avec le grand poète juif polonais Tuwim et son admission chez les gens de lettres du pays. Sans argent car elle refuse, par amour-propre, toute aide extérieure, rejetée par sa communauté tzigane, qui la haïe et distille de fausses accusations, elle meurt le 8 février 1987 d'une façon misérable dans un taudis. Elle a près de 80 ans.

Aujourd'hui, les tziganes polonais se sont complètement réappropriés la figure de Papusza et ses poèmes. Au-delà, elle touche même une population jeune et ouverte issue de la nouvelle société libre et libérale. La réédition de ses textes aiguise les esprits curieux et provoque l'admiration. Parallèlement, le film « Papusza », récompensé en Pologne et plébiscité à travers l'Europe et le monde entier, témoigne aussi de l'intérêt d'un public international pour cette poétesse atypique. Sans doute parce que le destin de Papusza renvoie à l'universel et touche la part émotionnelle que nous partageons tous au plus profond de nous-mêmes.

Des hommes et femmes de lettres, ainsi que des artistes ont participé à l'élaboration de ce documentaire, préparé par Dominique Prusak, en partenariat avec l'Institut Polonais. Il sera diffusé pendant l'émission « Sur les Docks » à 17 heures, demain, jeudi 22 mai, et disponible en podcast sur le site de la radio.

Un documentaire proposé par Dominique Prusak
Réalisation : Anna Szmuc
Durée : 55 minutes

Avec :
Jean Yves Potel, écrivain et traducteur en français des textes de Papusza.
Joanna Talewicz-Kwiatowska, tzigane et éditrice de la revue rom, Dialog pheniben.
Jacek Milewski, professeur de romani.
Adam Bartosz, ethnologue et créateur du musée tzigane de Tarnow.
Magdalena Machowska, universitaire, enseignante de la culture rom.
Lidia Ostalowska, grande reportrice au quotidien ?Gazeta Wyborcza?.
Romana Agnel, chorégraphe de danses tziganes.
Jan Kandy Pawluskiewicz, compositeur d'un opéra sur Papusza.
Jowita Budnik, actrice, incarne ?Papusza? à l'écran.
Lecture des poèmes de Papusza : Monique Stalens.

Mathilde TÊTE (www.lepetitjournal.com/varsovie) ? Mercredi 21 mai 2014

lepetitjournal.com varsovie
Publié le 20 mai 2014, mis à jour le 21 mai 2014
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