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CINE – Rencontre avec Xavier Durringer, réalisateur du film "La Conquête", sur les écrans espagnols depuis vendredi

Écrit par Lepetitjournal Valence
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Ce n'est pas un hasard du calendrier. Tandis que la France se prépare, dans une semaine, à voter pour son Président de la République , "La Conquête" (en Espagne "De Nicolas a Sarkozy"), le film sur Nicolas Sarkozy, est depuis vendredi dernier dans les salles espagnoles. Xavier Durringer était la semaine passée en déplacement à Madrid, pour présenter son biopic. Rencontre

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous expliquer quelles ont été vos motivations pour faire ce film ?
Xavier Durringer :
Dans ce film, il y a plusieurs composantes. D´abord, en ce qui concerne Nicolas Sarkozy, il faut voir ce film entre 2002 et 2007 et non pas avec le regard de ce qu´il vient de faire depuis cinq ans. Ce film devient une sorte de memento de ce qu´il avait dit, de ce qu´il avait promis, au regard de ce qu´il a fait. Ce qui est intéressant dans la lecture du scénario, travaillé par Patrick Rotman, qui est un documentaliste politique qui avait déjà travaillé notamment sur Mitterrand ou Chirac, c´est l´image de Sarkozy comme un JFK moderne, une star des médias qui s´expose aux caméras, même dans sa vie privée. Et ça, pour un Président de la République, en France, c´est quelque chose de nouveau. Il faut voir aussi que dans le discours de Sarkozy, il y a beaucoup d´aspects vides, qui correspondent à cette image superficielle. Par exemple, il parle constamment  de "souffrance", mais souffrance de qui ? Par rapport à quoi ? Il ne le précise jamais. J´ai voulu aussi faire une réflexion sur le couple moderne et cela m´a beaucoup intéressé. Le film raconte, en définitive, l´histoire d´un homme qui prend le pouvoir et perd sa femme.

"Sarkozy est une Star des Medias"

On peut considérer "La Conquête" comme un film de droite ou de gauche ?
Je n´aurais pas osé faire un film ni de droite, ni de gauche. Ce n´était pas dans mes intentions. Non, ce n´est pas un film vraiment politique. D´ailleurs, je peux dire que mon seul acte politique est précisément d´avoir pu faire ce film et de l´avoir tourné en toute liberté.

Le film a été présenté au Festival de Cannes de l´année dernière et il sort maintenant en Espagne. Pourquoi cette longue attente ?
En effet, le film est sorti en France l´année dernière mais en Espagne il arrive juste maintenant. La raison c´est qu´on a voulu que ce soit le plus près possible des élections françaises.

Le jeu des acteurs est remarquable et les ressemblances avec les personnages réels sont frappantes. Comment l´avez-vous traité ?
Dans le travail des acteurs, il y a, pour moi, deux axes importants. L´axe théâtral avec cette ambiance grotesque, comique, de circus, qui est marquée par la formidable musique de Nicola Piovani, compositeur qui a fait, entre autres, plusieurs films de Fellini. Et, aussi, il y aurait un axe de film noir, un peu de "thriller". Denis Podalydès a beaucoup apprécié cette façon de l´envisager et quand on lui a proposé le rôle de Nicolas Sarkozy , il a dit "oui" tout de suite au projet.

"Le film raconte l´histoire d´un homme qui prend le Pouvoir mais perd sa femme"

Comment vous voyez la situation du cinéma français ?
La Production est très disparate, très variée et c´est cette pluralité qui enrichit énormément notre cinématographie. On a Intouchables mais aussi plein de petits films, des films d´auteur? Il ne faut pas non plus oublier que c´est le 3e cinéma au monde, après L´Inde et les Etats-Unis et notre production interne est remarquable, de 200 à 300 films par an.

Que pensez vous du cinéma espagnol ? Avez-vous l´occasion d´en voir beaucoup en France ?
Malheureusement, je ne vois pas beaucoup de cinéma espagnol en France, car il y en a peu. C´est le cinéma américain qui l´emporte. De plus je m´interroge souvent sur la culture européenne. Je pense qu´il n´y a pas de culture latine. Où est la culture ? Pensons que ni Sarkozy ni Hollande n´ont énoncé le mot dans leur programme.

"Où est la Culture ? Ni Sarkozy ni Hollande n´ont énoncé le mot dans leur programme"

Quel est votre futur projet ?
Mon projet suivant s´appelle La Fortune de Sylla. C´est une adaptation d´un roman, dont les producteurs sont Eric et Nicolas Altmeyer, les mêmes que ceux de La Conquête. C´est surtout un thème idéologique, pas politique. Ça parle de comment les gens durcissent leur c?ur. On voit, par exemple, des Roumains, dans les rues, mais personne ne fait rien? Ce film parle de l´idéologie de l´aveuglement de l´homme.

Carmen PINEDA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 16 avril 2012
Photo : Benjamin Idrac


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Publié le 16 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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