PATRICK FLOT - Directeur de l'Institut Français de Tunisie

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 20/11/2013 à 02:00 | Mis à jour le 20/11/2013 à 04:15

Patrick Flot, conseiller des Affaires Étrangères, de Coopération et d'Action Culturelle, est depuis le 1er septembre 2013, Directeur de l'Institut français de Tunisie.

Lepetitjournal.com : Connaissiez vous la Tunisie avant d'y vivre ?
Patrick Flot : Je la connaissais au moins à deux titres ; j'avais en France dans mon enfance des amis Tunisiens et Franco-Tunisiens, à l'école puis au lycée. Ils m'ont fait découvrir et donné l'envie d'en savoir plus sur ce pays en m'en parlant souvent.

D'autre part, j'ai eu la chance, il y a près de 15 ans, d'être invité par un ami, devenu Ambassadeur de Grèce en Tunisie, dans sa maison de Carthage. Avec lui et sa femme j'ai parcouru la Tunisie en voiture ; J'ai découvert la capitale, visité la médina. Je me suis rendu sur la côte à Hammamet, mais aussi à Kairouan et dans les régions intérieures. J'ai le souvenir également d'avoir assisté à une représentation de Rigoletto au Festival de Carthage. J'ai eu ainsi un aperçu des diverses facettes de la Tunisie.

Quel regard portiez-vous sur ce pays ?
Un pays proche de la France avec une histoire très riche, un pays singulier par ses dimensions francophones, méditerranéennes, arabo-musulmanes, un pays qui a côtoyé Rome et les civilisations puniques dans l'antiquité ...
Cette histoire qui marie le présent, le futur et le passé fait partie intégrante de la richesse de la Tunisie. Tout cela m'a incité à vouloir approfondir ma connaissance de la Tunisie. M'y installer pour des raisons professionnelles était donc une réelle opportunité.

Est-ce un choix personnel ?
La Tunisie faisait partie de mes v?ux. Quand la DRH m'a proposé le poste, j'ai bien sûr été heureux d'accepter. ?uvrer à la coopération entre nos deux pays est un défi passionnant.
J'ai déjà été, au milieu des années 90, conseiller Culturel dans un très beau pays, le Pérou, et je souhaitais avoir l'occasion de redevenir conseiller culturel.

Je mesure la responsabilité de diriger l'IFT dans un pays qui est l'un des plus importants de notre réseau de coopération, qui plus est dans une période complexe mais stimulante. Il est toujours utile de rappeler que la Tunisie représente la troisième enveloppe de notre réseau et la première rapportée au nombre d'habitants.

Par mon expérience récente de consul général en Argentine et passée de sous-préfet en France, j'ai découvert l'intérêt du travail de terrain. J'ai appris ainsi que le rôle du sous-préfet était principalement d'animer un territoire, d'avoir des contacts directs très variés avec les institutions, les acteurs sociaux, les forces vives, les élus, pour être un facilitateur de projets.

Ici, nous agissons aussi comme interface pour mobilier des moyens financiers, de l'expertise et des échanges au profit de la coopération franco-tunisienne et j'espère que mes expériences antérieures m'aideront dans ma nouvelle mission.

Que signifie pour vous d'être à ce poste à un moment difficile pour la Tunisie ?
Etre en poste en ce moment est un magnifique défi et offre des opportunités en matière d'intérêt du travail formidables.
Depuis la période de transition démocratique, nous avons mis en place des priorités claires pour accompagner la Tunisie dans un moment déterminant de son histoire : l'appui à la société civile, le soutien à l'état de droit, enfin l'accompagnement des réformes en matière économique et sociale en faveur de l'emploi, qui correspondent à des enjeux essentiels du pays.

Quel est le rôle potentiel de la culture dans une telle conjoncture ?
Il est essentiel, transversal. La culture transparait dans tout. Pour nous la culture, c'est d'abord permettre à des créateurs de pouvoir s'exprimer, le soutien aux médias et à la formation des journalistes , des bloggeurs ...

Dans le domaine de l'art, nous travaillons à la professionnalisation des opérateurs culturels. Nos actions visent aussi à mieux faire connaitre de jeunes artistes tunisiens en France. En se frottant à d'autres réalités, à d'autres artistes, ils acquièrent des nouvelles compétences. Ils participent aussi au dialogue culturel entre nos deux pays et entre les deux rives de la Méditerranée.

Vos anciennes fonctions au ministère des affaires étrangères, étaient axées principalement sur le continent américain, comment s'adapte-t-on à la Tunisie, surtout en cette période troublée ?
Je ressens de nombreuses proximités et affinités avec la Tunisie. Ma femme latino-américaine, me fait par ailleurs découvrir des similitudes que je ne soupçonnais pas entre l'âme latino-américaine et l'âme tunisienne, telles que le relationnel très fort, l'hospitalité, où le rôle et l'importance que peuvent avoir les poètes et la poésie, qui sont reconnus dans la cité, en Amérique Latine comme dans le monde arabe. La transition a été relativement facile, particulièrement grâce aux Tunisiens qui sont indéniablement chaleureux et accueillants.

Etes-vous inquiet de la régression de la langue française en Tunisie?
La promotion du français est un élément structurant de notre politique de coopération. Nous essayons de prendre en compte certaines erreurs du passé s'agissant de l'enseignement du français dans les systèmes tunisiens ou de la formation dans les universités, afin d'être plus opérationnels et mieux adaptés aux besoins des élèves. Nous appuyons également la modernisation du réseau des établissements scolaires AEFE, et le développement d'homologations avec des établissements partenaires tunisiens.

Notre objectif est de développer un outil d'excellence, au service du français s'appuyant aussi sur notre centre de langue qui accueille près de 11 000 apprenants dans ses pôles répartis sur l'ensemble du territoire. Nous mettons en place une politique volontariste pour développer le français auprès de nouveaux publics, appuyer la formation des professeurs de français. Bref, élargir les possibilités offertes aux jeunes tunisiens d'apprendre et de perfectionner leur connaissance et leur pratique du français en Tunisie.

Pensez-vous que le nombre important d'entreprises françaises s'installant en Tunisie est un levier pour promouvoir le développement de la langue française ?
Bien sûr, cela ne peut être que positif. Et l'année prochaine, l'installation de l'Institut français dans nos nouveaux locaux nous permettra, en offrant une vitrine modernisée de notre présence et équipée pour établir une programmation artistique et culturelle, de mieux travailler avec les entreprises françaises. Développer des partenariats, afin que les entreprises soutiennent les projets portés par l'Institut dans le domaine culturel, de la recherche, dans le secteur universitaire également,y soient associés et valorisent leur image, contribuant au développement de la relation bilatérale franco-tunisienne.

Quels sont les autres leviers ?
La coopération universitaire est un levier important : former des jeunes ici et en France, qui au final permettront à des entreprises françaises (il y en a près de 1.500) installées en Tunisie, d'employer des personnels mieux formés. Avec ces formations universitaires professionnalisantes, on aura fait une bonne chose pour ces jeunes comme pour les entreprises. Le succès du salon Campus France qui vient de se terminer au Kram et a accueilli plus de 8 000 visiteurs, ne peut que nous réjouir.

Quelles ont été vos priorités et les actions concrètes que vous avez menées à votre arrivée, au sein de l'institut ?
Ce qui a été fait dans le cadre de notre coopération en Tunisie depuis 2 ans a été plus qu'encourageant : Je m'inscris donc dans une continuité. Pour autant, je souhaite bien sur apporter ma touche. Nous avons tous notre "équation personnelle" liée à nos parcours et à nos expériences antérieurs.
A titre d'exemple, je souhaite développer encore plus le débat d'idées, un débat d'idées pluridisciplinaire, avec des conférences sur le modèle de ce que l'on a mis en place dans le cadre des cycles organisés avec le Collège de France "Penser la science", qui nous permet de faire venir des personnalités de renommée internationale.

Il est important d'être présent sur les grandes problématiques contemporaines, qui soulèvent questions et débats : l'environnement, l'avenir de la Méditerranée, la liberté d'expression ... mais aussi de favoriser le dialogue et les échanges dans le domaine culturel et philosophique.

Autre chantier important, nous devons continuer à travailler sur l'amélioration de la mise en réseau des anciens boursiers, des anciens élèves des lycées français, des associations tunisiennes, franco tunisiennes et françaises.

L'IFT contribue, particulièrement depuis 2011, à l'amélioration des perspectives économiques et sociales en favorisant l'emploi des jeunes dans les régions défavorisées. Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets ?
L'IFT est désormais plus présent sur des projets de terrains en région. Depuis un peu moins d'un an, nous partageons ainsi avec la région des Pays de Loire une VIE (Volontaire International à l'Etranger) installée à Gafsa.

Grâce à cette présence en province nous commençons à mettre en place des projets concrets dans le domaine universitaire, du français, l'appui à la société civile et la formation. Nous accompagnons également le développement de la coopération décentralisée entre collectivité locales françaises et tunisiennes à Mahdia, Monastir mais aussi Bizerte, Gafsa et de nouveaux acteurs de nos deux pays vont continuer à renforcer cet axe majeur qui permet de renforcer la démocratie locale.

Quel est le montant du budget de 2013 et comment est-il réparti ?
L'IFT gère des moyens humains et financiers qui nous permettent d'intervenir sur de nombreux champs de coopération.
Pour 2013, nos moyens sont d'environ 10 millions de dinars en enveloppe de programmation et à peu près la même chose en ressources dégagées par l'IFT par ses activités ce qui nous donne de réelles marges de man?uvre.

Où en est l'avancement des travaux de construction du nouveau siège de l'Institut ?
L'inauguration est prévue fin 2014, début 2015. Le nouvel institut comprendra une médiathèque moderne de 750 m², un centre de langues, un espace Campus France, un auditorium de 160 places et un café-terrasse de 80 couverts ouvert sur deux patios arborés. Une vitrine moderne donc pour une ambition nouvelle pour la relation franco-tunisienne !

Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) mercredi 20 novembre 2013

Curriculum vitae de Patrick Flot

Le mot du Directeur de l'IFT, Patrick Flot 

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