Édition internationale

SOCIETE - La vraie rumeur de la fausse police des moeurs

Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 novembre 2013

 

L'"association islamiste de l'ordonnancement de la vertu et la prévention du vice" (Al Amr Bil maârouf Wa Nahy Ala Almonkar) fait beaucoup de bruit cette semaine. En effet, elle vient d'être légalisée sous son nouveau nom "association centriste de sensibilisation et de réforme" (Al Jamîyia Al Wassatiya Littawia Wal Islah) et se positionne d'emblée en législateur allant même jusqu'à s'autoproclamer police des moeurs. Cette appellation pour le moins surprenante fut reprise par de nombreux médias ajoutant ainsi à la confusion dans une ambiance générale déjà tendue

Adel Almi - crédit photo : T.Baccar

Si sa nouvelle appellation semble plus moderne, son Président Adel Almi est loin d'avoir un discours modéré. Dans une interview donnée à Mosaique FM mardi, il a déclaré "vouloir résoudre les problèmes entre les citoyens, découlant selon lui d'une dérive de la morale et de la dégradation des bonnes m?urs", puis sur la question incontournable du hijab : "la non voilée ira en enfer". Il base ses idées sur sa propre interprétation de la Charia et déclare vouloir imposer une certaine morale. Cette association a bel et bien obtenu son visa, mais aucune mission ne lui a été confiée quant à la surveillance ou la répression en matière de bonnes moeurs dans l'espace public. Elle ne peut donc en aucun cas se substituer à la police, ni en devenir un service annexe.

Adel Almi s'était déjà octroyé par le passé, et par la force, des pouvoirs indus, quand son "instance" sur ses ordres, avait empêché Ikbel Gharbi (nommée au poste de Directeur par la commission de saisie des biens de l'ex-président et des membres de sa famille) de pénétrer à Radio Zitouna sous prétexte que cette radio servait à protéger les valeurs islamiques du pays. Adel Almi indiqua aux medias à cette occasion, que l'"instance" interviendrait à chaque fois qu'elle le jugerait utile. Ikbel Gharbi n'a d'ailleurs jamais pu prendre son poste et un nouveau Directeur, Rachid Tabbagh, a été nommé entre temps.

Très actif sur les réseaux sociaux, l'organisme multiplie les appels à combattre les laïcs depuis les premiers jours de la révolution. Comme de nombreuses mouvances islamistes radicales réprimées sous Ben Ali, l'ACSR utilise la liberté d'expression à outrance.

La tentation de la surenchère

Ce ne sont pas les titres à scandale de certains medias électroniques tunisiens qui calmeront son ardeur. Pour annoncer la légalisation, beaucoup ont choisi de galvaniser l'égo d'Adel Almi, avec un style journalistique raccoleur en utilisant des titres accrocheurs et exagérés, affichant les mots "police", "milice islamique" ou "brigade des moeurs" en lieu et place du mot "association", faisant référence aux "moutawaa" (milices religieuses) comme il en existe en Arabie Saoudite, et parlant même de "coups de cravache", allusion à la police des moeurs afghane.

Quasiment aucun media n'a résisté à la tentation de la surenchère et ce "détournement" sémantique a fini par semer le doute dans l'esprit des citoyens, noyé dans un déferlement de débuts de scenarii à la Persépolis.

La Rédaction (www.lepetitjournal.com/tunis) vendredi 24 février 2012

logofbtunisie
Publié le 24 février 2012, mis à jour le 27 novembre 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos