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RENCONTRE - Soeur Françoise : une vie en Tunisie

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 04/08/2014 à 00:00 | Mis à jour le 04/08/2014 à 06:57

Soeur Françoise a passé 47 ans en Tunisie. Elle a décidé de rejoindre aujourd'hui, à 81 ans, sa ville natale : Montréal. Retour sur une carrière bien remplie

Soeur Françoise est entrée dans les ordres en 1955. Tout d'abord formée comme Soeur Blanche à Alger, elle est nommée à Tunis en 1961.

Comment s'est déroulée votre installation à Tunis ?

J'ai d'abord appris l'arabe dialectal pendant un an. Puis j'ai passé deux ans dans la Medina à Sidi Brahim, dans la protection médicale infantile, en qualité d'aide puéricultrice.

Je suis ensuite partie trois ans en Belgique pour faire mes études d'infirmière puéricultrice. Revenue à Tunis, j'ai pris mon poste à l'hôpital d'enfants de Bab Saadoun.

Vous avez toujours mené vos deux fonctions en parallèle ?

Oui, en dehors de mon métier, j'ai toujours visité les malades et particulièrement les femmes, ce qui est la spécificité des Soeurs Blanches.

Nous avions des contrats avec la santé publique, ce qui est très difficile, donc quand nous avions un poste, nous nous y accrochions.

Comment êtes vous arrivée au Kef ?

C'est Soeur Josette qui m'a appelée pour occuper un poste vacant, en 1975.

L'école d'infirmières a ouvert en 1974. Avant cela, il n'y avait que des aides-soignantes, sorties de l'école des aides-soignantes, qui a débuté en 1963.

A cette époque, il y avait 2/3 de garçons pour 1/3 de filles, il n'y avait pas de motivation pour ce métier, pas de vocation.

Quelle est pour vous la différence entre Tunis et le Kef ?

J'aimais beaucoup Tunis, j'y ai créé beaucoup d'amitiés. Au niveau professionnel, j'étais entourée d'une équipe très travailleuse et très organisée, les choses ont bien changé ...

Au Kef, nous avions une ambiance très familiale, en particulier grâce au caractère de notre Directrice de l'école de la santé.

Vous avez donc passé presque 40 ans au Kef ?

Pas tout à fait. En 1978, la Direction reçoit l'ordre de ne plus engager d'étrangers. Mon contrat était presque terminé, donc je suis donc partie à Rome pour faire un "recyclage religieux",
puis deux ans d'école de la foi à Fribourg.

Puis la Directrice m'a demandé de revenir au Kef, c'était en 1981. J'y suis restée jusqu'en 2011 avant de revenir à la Marsa pour m'occuper de soutien scolaire et de la bibliothèque, avec Soeur Josette.

Quelles étaient vos principales tâches au Kef ?

Je faisais de la formation dans une école d'infirmière le matin et l'après-midi je donnais des cours.

En 1993, j'ai pris ma retraite, puis j'ai commencé à m'occuper des handicapés mentaux tous les matins.

Je m'occupais également des personnes démunies. Notre porte était toujours ouverte, donc nous avions toujours beaucoup de "travail".

L'accueil était permanent. Ca allait des démunis qui venaient demander de l'aide, aux enfants pour le soutien scolaire, des femmes européennes mariées à des Tunisiens qui venaient simplement pour échanger, des femmes qui venaient prendre des cours de couture, mais aussi des amis, des collègues.

Au niveau de la religion catholique pure, aviez vous des fonctions précises ?

Non aucune. Nous avons toujours vécu en amitié avec les musulmans et chacun a toujours respecté la religion de l'autre.

Vous avez ouvert un club de Lecture au Kef ?

Oui, et ce fut un succès. Nous travaillions sur un seul livre, souvent d'auteurs maghrébins d'expression française, sur des sujets variés mais rarement religieux, et des auteurs tels que Yasmina Khadra, Albert Camus, Amine Malouf ...

Nous nous réunissions une fois par mois pour échanger sur le sujet. Ces réunions étaient très riches et génératrices d'ouverture vers l'autre.

Le Club est d'ailleurs toujours très actif au Kef, trois ans après notre départ.

Votre bilan de toutes ces années ?

J'ai eu une très belle vie, un travail très intéressant. Les rencontres que j'y ai faites ont été très riches. J'ai beaucoup aimé, mais j'ai toujours été aimée en retour. J'ai toujours été dans la paix et la joie de vivre.

J'ai eu beaucoup de chance, j'ai pu visiter quasiment toute la Tunisie, et plus de cent fois les ruines du Kef ! Je suis allée trois fois dormir dans le désert près de Tembaïne, c'est une expérience extraordinaire de beauté et de silence.

Comment devient-on Soeur ?

Je suis d'une famille canadienne pratiquante et très croyante. Nous vivions avec ma grand-mère paternelle qui nous faisait apprendre nos prières quotidiennement. Ma vocation a grandi naturellement en moi, à 15 ans je savais que je deviendrai Soeur. A 22 ans, je suis devenue Soeur Blanche d'Afrique. J'ai visité deux autres communautés, mais la certitude est venue des Soeurs Blanches.

Quel a été votre pire sacrifice ?

Ne pas avoir d'enfant, mais cela fait partie de notre choix de se donner au Seigneur. Mais je n'ai finalement pas manqué d'enfant en travaillant presque toute ma vie en pédiatrie.

Avez vous eu des doutes ?

Au début non, j'étais très forte et certaine de ma vocation. J'en ai eu plus tard, mais nous avons une communauté tellement solidaire, nous sommes tellement entourées que cela passe très vite.

Vos projets ?

Je rentre chez moi et je vais tout d'abord visiter ma famille. Je vais m'installer dans la maison "carrefour providence" qui est organisée pour les soeurs âgées.

Bibliothèque et soutien scolaire

Soeur Josette et Soeur Maria vous accueillent à la Marsa pour le soutien scolaire ou la bibliothèque. Contact : 71 728 799

Les cours d'arabe dialectal

les « s?urs blanches » délivrent des cours à raison de deux fois par semaine (soir ou journée) via une méthode particulière et qui fait ses preuves, celle de professeurs en binôme : une s?ur blanche et une/un tunisien(ne), de CD audio et de textes adaptés (Centre d'études d'arabe ? Soeurs blanches ; 9, rue Raspail, Tunis, Montfleury, Tel : 71 331 970). La méthode mise au point durant des années par les S?urs blanches, parue en tiré à part de la revue de l'IBLA, n°43, début mai 2014, est désormais disponible au prix de 50 DT à Montfleury, 9 rue Raspail, chez les S?urs blanches (s'adresser à Sr Chantal : tél. 24 18 78 66), ou chez les Pères blancs à l'IBLA, et dans les librairies suivantes : Clairefontaine, El Kitab, Gai Savoir (à Tunis) - Clairefontaine, Mille Feuilles ( à la Marsa).

Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) lundi 4 août 2014

 

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