

Elu de l'Assemblée Nationale Constituante, Mahmoud El May est le représentant France Sud du PDP devenu Al Joumhouri depuis le dernier congrès de mars. Rapporteur de la commission du règlement interne et de l'immunité, il a intégré avec Al Jomhouri le Groupe Parlementaire Démocrate
Enfant de diplomate, Mahmoud El May a quitté la Tunisie pour l'Egypte à l'âge de 5 ans, puis a vécu au Liban, en Algérie, en Arabie Saoudite, en Italie, en Suisse et en Russie. Après une carrière dans le négoce de pétrole à Genève, il est aujourd'hui dirigeant et actionnaire d'une grande société de négoce de pétrole. Il est marié et père de deux enfants, et vit aujourd'hui entre la France et la Tunisie.
lepetitjournal.com : Quelle a été votre motivation première pour intégrer l'Assemblée ?
Mahmoud El May : Revenir en Tunisie après le 14 janvier pour aider à la transition démocratique était pour moi une évidence. Mon père était résistant, il a fait la guerre de Bizerte et a toujours oeuvré pour son pays. Il m'a transmis son amour de la Tunisie.
Je suis donc revenu le 15 janvier pour co-fonder le Parti Républicain, puis j'ai rencontré Nejib Chebbi le 19 février. J'ai découvert un militant de longue date, qui cumule des années d'opposition depuis les années 80 jusqu'à ce jour. J'ai été impressionné par les valeurs, le courage et le parcours de ce réel opposant. Depuis, notre amitié n'a fait que se renforcer.
J'ai demandé alors à ce que le Parti Républicain rejoigne le PDP. Cela n'a pas été possible, j'ai donc rejoint le PDP.
Le père de Mahmoud El May : Moncef El May, 2e homme debout en partant de la gauche, derrière Habib Bourguiba
Quel était votre rôle au sein du PDP ?
Au début j'ai pris la responsabilité des relations extérieures dans l'organisation post-révolution du PDP, ce qui m'a amené à travailler en étroite collaboration avec Nejib Chebbi, Maya Jribi et les autres dirigeants.
A l'arrivée des élections, j'étais proposé pour être tête de liste de France Sud, et j'ai été un des élus parmi les 5 de France Sud et les 10 de la France.
Lors de mes rencontres avec les tunisiens, je leur ai expliqué notre vue sociétale de la Tunisie et j'ai entendu l'étendue de leurs problèmes et également leurs difficultés en France.
Avez vous été satisfait de la mobilisation des tunisiens de France ?
Durant la période pré-électorale, j'ai apprécié la mobilisation pendant les meetings mais j'ai été ensuite très déçu par le manque de participation aux urnes, et particulièrement par l'absence totale de la 2e génération.
Les jeunes de la 2e génération sont trop coupés de leur culture, et rejettent l'administration tunisienne qui les a pendant de longues années rejetés voir méprisés. Un fossé s'est creusé entre les "immigrés" et l'administration. Une de mes missions serait de rétablir la confiance.
Quel est votre analyse des résultats des élections du 23 octobre ?
Le taux de participation a fait que nous nous sommes retrouvés dans une assemblée qui ne ressemble pas tout à fait à la Tunisie mais qui est plutôt une image reflétant les résultats des urnes au 23 octobre 2011. Il en est résulté une grande victoire du parti Ennahdha et de deux partis démocrates qui se sont accrochés à cette victoire par calcul stratégique.
Nous nous sommes retrouvés avec un gouvernement "la troïka" et une assemblée constituante où les islamistes représentent 40 %. La coalition est seulement gouvernementale, et n'existe pas au niveau des discussions constitutionnelles. C'est d'ailleurs pour cela qu'Ennahdha s'est trouvé minoritaire sur les sujets des libertés de presse et d'art, et du code du statut personnel.
Quelle est votre ambition au sein de l'assemblée ?
Concernant les Tunisiens de France, mon objectif dans l'assemblée est de défendre leurs droits et devoirs, et qu'ils soient considérés comme des citoyens à part entière. Jusqu'à présent, ils n'étaient considérés que comme une source de devises, et marginalisés. Je souhaite ?uvrer pour qu'il n'y ait plus de "Tunisie à deux vitesses".
Une partie des tunisiens sont déçus de la lenteur de l'ANC à rédiger la constitution, ont-ils raison de s'inquiéter ?
Ces personnes inquiètes oublient que l'Assemblée a été élue pour remplir deux rôles :
faire office de parlement et rédiger la constitution. De plus, le brouillon a été publié dans les temps.
Il y avait six commissions pour la rédaction de la constitution, et huit commissions législatives. En huit mois, il y a eu plus de 300 réunions de commission et une dizaine de plénières qui ont duré en moyenne 48 h chacune.
Aujourd'hui, après 8 mois l'assemblée a réussi à écrire, dans le consensus le plus total, une constitution qui sera celle de tous les Tunisiens et pas d'un seul parti, ni d'une coalition de partis, et qui je l'espère garantira les droits des générations futures.
Cette constitution ne pourra pas avoir d'amendement pendant les premières cinq années et ne pourra être modifiée que par une majorité qualifiée.
Nous sommes en démocratie embryonnaire et le Tunisien doit s'habituer à accepter la différence, à la confrontation des idées par les idées, à l'ouverture au dialogue.
Quel est réellement le poids des démocrates sur la rédaction de la constitution ?
Lorsque des questions majeures sont discutées, les démocrates des deux bords font front pour préserver les acquis, les valeurs humanistes, identitaires et modernistes de la société tunisienne.
Les victoires des démocrates à l'Assemblée ont été l'indépendance de la Banque Centrale, placement CSP en loi fondamentale, veiller à construire un régime politique mixte où le parlement est élu au suffrage universel, alors que Ennahdha seul voulait un régime parlementaire, instituer les régions et veiller à la décentralisation des décisions notamment dans le domaine du développement économique et social, et refuser toute loi de censure de la liberté d'expression, des médias et de l'art.
Par rapport à la constitution de 1959, le nouveau projet est beaucoup plus libéral, républicain, démocratique et n'est aucunement islamique comme beaucoup le craignaient. Malgré quelques imperfections, les droits et l'égalité de la femme tunisienne sont garantis par l'Etat.
Le brouillon est le travail de six commissions, et pour être définitif devra passer par une commission de coordination pour lever les incohérences.
Le grand désaccord qui reste à résoudre : le brouillon donne des prérogatives assez larges au président de la République et parle toujours d'un régime parlementaire. Ceci sera débattu en plénière, à savoir que tous les partis, à part ENNHADHA soutiennent un régime présidentiel modifié, où le président de la République est élu au suffrage universel, le parlement aussi et le pouvoir partagé entre les deux.
Les urgences aujourd'hui sont :
. la détermination du régime,
. la loi sur l'instance supérieure indépendante pour les élections,
. la détermination de la date de la prochaine échéance électorale
et la mise en place de l'instance qui va diriger le pouvoir judiciaire.
Les élections pourront-elles réellement avoir lieu en mars 2013 ?
La rédaction de la constitution devrait être terminée entre octobre et décembre, il restera alors huit mois à l'ISIE pour se constituer.
Il sera effectivement difficile de tenir la date des élections pour Mars 2013, mais le dépassement ne sera pas excessif.
Pour finir, quelques mots sur Al Jomhouri ?
Je suis convaincu qu'un régime démocrate permanent et stable nécessite une interaction entre les partis politiques, c'est pour cela que le parti Al Jomhouri a rassemblé dans ses rangs, PDP, Afek Tounes, le Parti Progressiste, la Voie du Centre, le Parti Républicain, Al Irada, le mouvement Biladi, le Parti Justice Social et Développement, Al Karama.
C'est aussi 25 personnalités politiques parmi lesquelles 10 ex ministres, et 15 groupes politiques et listes indépendantes de huit régions qui ont eu des sièges, générant de ce faite une représentation et une implantation sur tout le territoire.
Nous ?uvrerons pour l'objectif commun de faire de la Tunisie un état de droit,démocratique et développé, où vivent des citoyens libres assumant leur identité.
Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) lundi 20 août 2012
RENCONTRE - Mahmoud El May, député et Citoyen du Monde. Elu de l'Assemblée Nationale Constituante, Mahmoud El May est le représentant France Sud du PDP devenu Al Joumhouri depuis le dernier congrès de mars. Rapporteur de la commission du règlement interne et de l'immunité, il a intégré avec Al Jomhouri le Groupe Parlementaire Démocrate. Enfant de diplomate, Mahmoud El May a quitté la Tunisie pour l'Egypte à l'âge de 5 ans, puis a vécu au Liban, en Algérie, en Arabie Saoudite, en Italie, en Suisse et en Russie. Après une carrière dans le négoce de pétrole à Genève, il est aujourd'hui dirigeant et actionnaire d'une grande société de négoce de pétrole. Il est marié et père de deux enfants, et vit aujourd'hui entre la France et la Tunisie. lepetitjournal.com : Quelle a été votre motivation première pour intégrer l'Assemblée ? Mahmoud El May : Revenir en Tunisie après le 14 janvier pour aider à la transition démocratique était pour moi une évidence. Mon père était résistant, il a fait la guerre de Bizerte et a toujours oeuvré pour son pays. Il m'a transmis son amour de la Tunisie. Je suis donc revenu le 15 janvier pour co-fonder le Parti Républicain, puis j'ai rencontré Nejib Chebbi le 19 février. J'ai découvert un militant de longue date, qui cumule des années d'opposition depuis les années 80 jusqu'à ce jour. J'ai été impressionné par les valeurs, le courage et le parcours de ce réel opposant. Depuis, notre amitié n'a fait que se renforcer. J'ai demandé alors à ce que le Parti Républicain rejoigne le PDP. Cela n'a pas été possible, j'ai donc rejoint le PDP. Quel était votre rôle au sein du PDP ? Au début j'ai pris la responsabilité des relations extérieures dans l'organisation post-révolution du PDP, ce qui m'a amené à travailler en étroite collaboration avec Nejib Chebbi, Maya Jribi et les autres dirigeants. A l'arrivée des élections, j'étais proposé pour être tête de liste de France Sud, et j'ai été un des élus parmi les 5 de France Sud et les 10 de la France. Pendant la campagne, en ma qualité de représentant sud France du PDP, j'ai du couvrir un territoire 5 fois plus grand que la TUNISIE. Contrairement aux candidats nationaux , la campagne fut éprouvante et difficile en raison des longues distances et du temps limité pour enchaîner les meetings à Marseille, Nice, Toulouse, Toulon, Bordeaux, Grenoble, Lyon ... Pendant mes rencontres avec les tunisiens, je leur ai expliqué notre vue sociétale de la Tunisie et j'ai entendu l'étendue de leurs problèmes et également leurs difficultés en France. Avez vous été satisfait de la mobilisation des tunisiens de France ? Durant la période pré-électorale, j'ai apprécié la mobilisation pendant les meetings mais j'ai été ensuite très déçu par le manque de participation aux urnes, et particulièrement par l'absence totale de la 2e génération. Les jeunes de la 2e génération sont trop coupés de leur culture, et rejettent l'administration tunisienne qui les a pendant de longues années rejetés voir méprisés. Un fossé s'est creusé entre les "immigrés" et l'administration. Une de mes missions serait de rétablir la confiance. Quel est votre analyse des résultats des élections du 23 octobre ? Le taux de participation a fait que nous nous sommes retrouvés dans une assemblée qui ne ressemble pas tout à fait à la Tunisie mais qui est plutôt une image reflétant les résultats des urnes au 23 oct. 2011 . Il en est résulté une grande victoire du parti Ennahdha et de deux partis démocrates qui se sont accrochés à cette victoire par calcul stratégique. Nous nous sommes retrouvés avec un gouvernement "la troïka" et une assemblée constituante où les islamistes représentent 40 PCT. La coalition est seulement gouvernementale, et n'existe pas au niveau des discussions constitutionnelles. C'est d'ailleurs pour cela qu'Ennahdha s'est trouve minoritaire sur les sujets des libertés de presse et d'art, et du code du statut personnel. Quelle est votre ambition au sein de l'assemblée ? Ma motivation première est d'aider les démocrates à réussir la transition, avec tous les moyens dont je dispose, intellectuels ou autres. Ayant vécu dans des pays où pareilles transitions ont eu lieu, je compte apporter mon expérience et mes connaissances en la matière. Concernant les Tunisiens de France, mon objectif dans l'assemblée est de défendre leurs droits et devoirs et pour qu'ils soient considérés comme des citoyens à part entière. Jusqu'à présent, ils n'étaient considérés que comme une source de devises, et marginalisés. Je souhaite ?uvrer pour qu'il n'y ait plus de "Tunisie à deux vitesses". Une partie des tunisiens sont déçus de la lenteur de l'ANC à rédiger la constitution, ont-ils raison de s'inquiéter ? Ces personnes inquiètes oublient que l'Assemblée a été élue pour remplir deux rôles : faire office de parlement et rédiger la constitution. De plus, le brouillon a été publié dans les temps. Il y avait Six commissions pour la rédaction de la constitution, et huit commissions législatives. En huit mois, il y a eu plus de 300 réunions de commission et une dizaine de plénières qui ont duré en moyenne 48 h chacune. Aujourd'hui, après 8 mois l'assemblée a réussi à écrire, dans le consensus le plus total, une constitution qui sera celle de tous les Tunisiens et pas d'un seul parti, ni d'une coalition de partis, et qui je l'espère garantira les droits des générations futures. Cette constitution ne pourra pas avoir d'amendement pendant les premières cinq années et ne pourra être modifiée que par une majorité qualifiée. Nous sommes en démocratie embryonnaire et le Tunisien doit s'habituer à accepter la différence, à la confrontation des idées par les idées, à l'ouverture au dialogue. Quel est réellement le poids des démocrates sur la rédaction de la constitution ? Lorsque des questions majeures sont discutées, les démocrates des deux bords font front pour préserver les acquis, les valeurs humanistes, identitaires et modernistes de la société tunisienne. Les victoires des démocrates à l'Assemblée ont été l'indépendance de la Banque Centrale, placement CSP en loi fondamentale, veiller à construire un régime politique mixte où le parlement est élu au suffrage universel, alors que Ennahdha seul voulait un régime parlementaire, instituer les régions et veiller à la décentralisation des décisions notamment dans le domaine du développement économique et social, et refuser toute loi de censure de la liberté d'expression, des medias et de l'art. Par rapport à la constitution de 1959, le nouveau projet est beaucoup plus libéral, républicain, démocratique et n'est aucunement islamique comme beaucoup le craignait. Malgré quelques imperfections, les droits et l'égalité de la femme tunisienne sont garantis par l'Etat. Le brouillon est le travail de six commissions, et pour être définitif devra passer par une commission de coordination pour lever les incohérences. Le grand désaccord qui reste à résoudre : le brouillon donne des prérogatives assez larges au président de la République et parle toujours d'un régime parlementaire. Ceci sera débattu en plénière, à savoir que tous les partis, à part ENNHADHA soutiennent un régime présidentiel modifié, où le président de la République est élu au suffrage universel, le parlement aussi et le pouvoir partagé entre les deux. Les urgences aujourd'hui sont : la détermination du régime, la loi sur l'instance supérieure indépendante pour les élections, la détermination de la date de la prochaine échéance électorale et la mise en place de l'instance qui va diriger le pouvoir judiciaire. Les élections pourront-elles réellement avoir lieu en mars 2013 ? La rédaction de la constitution devrait être terminée entre octobre et décembre, il restera alors huit mois à l'ISIE pour se constituer. Il sera effectivement difficile de tenir la date des élections pour Mars 2013, mais le dépassement ne sera pas excessif. Pour finir, quelques mots sur Al Jomhouri ? Je suis convaincu qu'un régime démocrate permanent et stable nécessite une interaction entre les partis politiques, c'est pour cela que le parti Al Jomhouri a rassemblé dans ses rangs, PDP, Afek Tounes, le Parti Progressiste, la Voie du Centre, le Parti Républicain, Al Irada, le mouvement biladi, le Parti Justice Social et Développement, Al Karama. C'est aussi 25 personnalités politiques parmi lesquelles 10 ex ministres, et 15 groupes politiques et listes indépendantes de huit régions qui ont eu des sièges, générant de ce faite une représentation et une implantation sur tout le territoire. Nous ?uvrerons pour l'objectif commun de faire de la Tunisie un état de droit,démocratique et développé, où vivent des citoyens libres assumant leur identité. Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) lundi 20 août 2012













