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POLITIQUE - Interview du PJSD Le Parti pour la Justice social-démocrate

Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Cette semaine nous avons donné la parole à M. Amine Manai, l'un des fondateurs du PJSD le parti pour la justice social-démocrate. Un parti jeune et très dynamique et qui ne manque pas d'ambition

 

Lepetitjournal.com - Qui êtes-vous exactement ? Pourriez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Amine Manai, médecin trentenaire, humaniste de première, activiste de la société civile, j'ai voyagé dans plus de d'une centaine de pays pour des actions humanitaires en toute indépendance.

Le Parti pour la Justice social-démocrate est un parti fondé par un groupe de personnes indépendantes investies depuis les années 2000 dans des actions sociales et citoyennes.
Notre parti est essentiellement jeune, aucune figure ou icône politique ne se cache derrière mais, il s'adresse à toute la Tunisie et veut mettre en avant les compétences et l'implication de la jeunesse tunisienne au service de son pays. Notre slogan : "dignité, liberté, égalité", les valeurs moteur de la révolution. Le Tunisien en a longtemps été privés. Notre idéologie est social-démocrate et nous voulons concentrer les efforts de la gouvernance du pays autour des vrais soucis du Tunisien : le logement, l'éducation, l'emploi, santé, les loisirs. La fracture sociale est bien béante même si on l'a toujours cachée pendant l'ère Ben Ali et on découvre tristement les chiffres comme pour la pauvreté, par exemple, avec 25% de la population vivant au dessous du seuil de pauvreté et non 4% comme on l'a toujours dit. La précarité, sur tous les plans, sera notre premier ennemi.

Je suppose que comme beaucoup de Tunisiens, vous savourez cette liberté ?

Nous avons juste gagné notre droit d'être libre. La liberté est une quête interminable et nous avons du chemin à faire. Les Tunisiens apprennent à parler ouvertement en public de leurs soucis quotidiens et à débattre avec l'évolution politique du pays. Il y a une grande effervescence et une explosion créatrice dans tous les domaines non seulement sur internet mais aussi dans le quotidien du Tunisien : cinéma, musique, arts graphiques, photos etc...
Cette soif de l'expression s'est aussi traduite par la naissance de nombreux partis politiques et d'associations de veille politique et citoyenne
Cependant il ne faut pas crier victoire trop tôt, la liberté ne doit jamais tourner à l'anarchie ou au non respect de l'autre. La liberté est avant tout connaitre ses limites pour ne jamais transgresser la liberté de l'autre.
On doit aussi dire que les médias classiques (presse, tv, radio) mettent plus de temps pour se débrider de la langue de bois et du joug de la censure et de la désinformation

La communauté française représente environ 30.000 personnes résidentes en Tunisie, comptez-vous modifier le statut du résident français en Tunisie ?
Les Français en Tunisie sont les bienvenus. Ce n'est ni notre parti ni n'importe quel autre d'ailleurs qui viendra changer quoi que ce soit à leur statut.  Nous nous devons impérativement de promouvoir le respect et l'hospitalité tunisienne.
Nous ne ferons aucune distinction surtout sur le plan humain entre Tunisiens et Français puisque nous sommes des humanistes à la base et nous croyons en des valeurs humaines universelles. 

Les entreprises françaises sont au nombre de 1.250 environ pour 110.000 emplois locaux tunisiens. Nous bénéficions également d'allégements fiscaux de la part de la Tunisie, comptez-vous modifier cela ?
Les entreprises françaises offrent de l'emploi aux Tunisiens et dans cet objectif, les entreprises étrangères tout comme les entreprises tunisiennes seront nos alliés. Les entreprises étrangères qui bénéficiaient d'allègements fiscaux les conserveront, mais il sera essentiel de réviser notre fiscalité pour encourager les entreprises tunisiennes à investir et créer de l'emploi.

Conduirez-vous une politique d'incitation de l'investissement étranger dans le pays comme l'a fait l'ancien régime ?
Nous inciterons à l'investissement tout court national et étranger, un investissement qui pourra promouvoir la lutte contre le chômage et l'essor économique de notre pays. Tout investissement tunisien ou étranger se doit de respecter l'identité tunisienne en matière d'égalité et d'équité entre les régions. L'état tunisien doit être plus ferme en matière de respect de l'identité économique régionale du pays et doit veiller à ce que les investissements indépendamment de leurs origines respectent une cartographie plus juste et moins avide.
On voit si bien comment des régions sont restées à l'abri et comment d'autres régions ont rejoint la scène économique internationale à l'image de zones à la carte.
L'état doit dispatcher les investissements d'une façon équitable en développant les infrastructures nécessaires en proposant par exemple une meilleure incitation fiscale pour les zones restées à l'écart.

La sécurité et des personnes n'est pas très bonne en ce moment, si vous êtes élus comment comptez-vous régler ce problème ?
La sécurité est avant tout un éveil personnel et collectif et ne peut jamais être assurée par la peur, la rumeur, ou la désinformation.
La sécurité est une conscience citoyenne et une des composantes de l'éveil social que nous nous devons de promouvoir.
Notre première mission est la sensibilisation, nous allons veiller à ce que les portes du dialogue restent grand-ouvertes. Le secret de la sécurité est la communication : il ne faut plus radier les gens ou les écarter, il faut leur permettre d'exprimer leur mal et leur frustration, on doit l'avouer, frustration fruit de tant d'années de dictature. A chaque fois que quelque chose se passe : même dans les stades ou dans les quartiers on chante cette mélodie : "ils ne représentent pas le peuple !" Et bien non, c'est notre peuple et j'en fais partie, ces actes sont le fruit d'une frustration sociale qu'a cultivée le régime policier et la dictature de Ben Ali. Si on s'entête à dénigrer ces gens, à les rejeter, leur mal ne pourra que grandir : il ne faut plus étouffer notre réalité même si elle est douloureuse et pas très agréable à voir ou pas très ''touristique'', bien au contraire il faut la dévoiler la mettre à nu pour pouvoir y remédier.

En matière touristique, une des plus grandes ressources de la Tunisie, certains ont déclaré vouloir un tourisme plus islamique et moins occidental ou bien tourisme vert, écolo, concrètement quelles sont vos idées ?
Indépendamment de la politique, nous avons pensé en 2009 avec des spécialistes du tourisme à un projet de réforme touristique : tourisme hors piste, tourisme vert, tourisme écologique par exemple le birdwatching ou l'observation d'oiseaux. Entre 3.000 et 4.000 touristes viennent chaque année pour observer soit des oiseaux de passage (le golfe de Gabes héberge la moitié des oiseaux qui hivernent en Méditerranée) ou des espèces endémiques dont l'oiseau le plus rapide du monde : le faucon pèlerin que nous comparons tant à notre révolte populaire : rapide ne laissant aucune chance à sa proie despotique.
Mes amis Français vous avez du travail a faire sur ce plan : les Anglais et les Hollandais vous devancent au classement (sourire)
Sinon nous veillerons à ce que le tourisme ne vienne ni effacer ni détruire notre patrimoine culturel ou naturel. Je pense que l'authenticité et le respect de notre patrimoine nous est bénéfique même en matière de tourisme : un touriste même en cherchant le confort aimerait mieux plonger dans la culture du pays qu'il visite et non dans un cadre standard qu'il aurait pu trouver n'importe où ailleurs.
La Tunisie n'est pas seulement un cliché de plage, l'ensemble de son territoire mérite d'être visité avec une identité bien propre pour chaque région.

Sur le mode vie, vous savez qu'il existe quelquefois des différences avec le mode de vie occidental (alcool, liberté des tenues, droits des femmes, viande porc, etc..) Comptez-vous concilier les deux modes de vie côte à côte ?
La différence n'a jamais été étrangère à la Tunisie. La différence ne peut être dangereuse que si elle s'entête à raser, détruire tout ce qui lui est ''différent''. Partant encore une fois d'un point de vue humaniste et humain, chacun est libre de se comporter, de se vêtir, de consommer ce qui lui convient en respectant les autres et en ne forçant personne à faire pareil. Nos différences indépendamment des nationalités ne peuvent en aucun cas être bannies ou censurées, elles ne peuvent que nous enrichir.

Quelles sont vos attentes pour cette élection constituante, et plus tard ?
Un parti c'est pour la vie, un rêve c'est pour l'éternité.
Je préfère parler de notre espoir citoyen avant tout et non de notre espérance statistique en nombre de sièges. Notre première attente est que tous les Tunisiens qui ont le droit d'aller voter, aillent voter, notre mission sera ainsi réussie pour cette constituante.
Si 6 ou 7 millions de Tunisiens votent, on pourra avoir une assemblée constituante vraiment représentative de ce peuple, sinon on aura fui une dictature pour tomber dans une ?'démocrature'.'
Il faut arrêter de promettre monts et merveilles aux jeunes de bluffer ou de soudoyer ce peuple, vote pour qui tu veux, mais au moins vote libre et conscient.

Comment comptez-vous vous y prendre ?

Notre mission s'annonce difficile, on devra faire face au désintérêt, à l'allergie aux partis politiques et nous agirons en simplifiant le message à tous les Tunisiens indépendamment de leur niveau socioculturel. Pour plus tard, nous croyons en une Tunisie meilleure tout simplement axée autour de la dignité, de la liberté et de l'égalité. Mots d'ordre : Communication, dialogue, action sur le terrain. Nous n'avons pas peur d'aller vers le peuple en organisant des meetings et pas dans des hôtels de luxe ou des conférences de palabres dont le vrai peuple n' entendra même pas parler.
Ce peuple nous en faisons partie : les quartiers, les cafés, la rue, ses soucis sont les nôtres et notre langage est le sien.
Nous avancerons en protégeant notre identité tunisienne en défendant nos valeurs (dont surtout l'intégrité morale) tant bafouées.
Nous croyons en un éveil social et politique inhérent et immanent et non vertical et transcendant.
La première étape de la démocratisation d'une société est de reconnaître ses limites et d'avouer ses défauts pour pouvoir travailler dessus et un jour les corriger.
La Tunisie est un nouveau-né dans le monde des démocraties, on doit être vigilant  à ce qu'elle grandisse sainement. Si on s'entête à cacher ses tares, même minimes, elle grandira chétive et un jour ces tares deviendront flagrantes .

La démocratie est un long processus de rectification, le plus sage saura qu'il est simplement interminable.
Flatteurs nous sombrerons, humbles nous avancerons.

Propos recueillis par Emmanuel Caltagirone (www.lepetitjournal.com/tunis.html) jeudi 1er septembre 2011

 

logofbtunisie
Publié le 1 septembre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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