Édition internationale

INTERVIEW - Zied Ahmed, ingénieur agro-économiste et coordinateur de projets

Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 avril 2013

A l'occasion de "la découverte d'un terroir du sud tunisien", événement proposé gracieusement par l'hôtel Golden Tulip El Mechtel et l'IAM de Montpellier, nous avons rencontré Zied Ahmed, ingénieur agro-économiste et coordinateur du projets au CIHEAM/IAMM

Du 28 au 30 mars, une tente berbère était installée dans le hall de l'hôtel Golden Tulip El Mechtel, à l'initiative de l'IAMM et de la société mutuelle des services agricoles Al Najah à Béni Kédache (Gouvernorat de Médenine)

On pouvait y découvrir et y acheter des produits variés de la région de Béni Khedache, tels que le miel d'une qualité exceptionnelle, de la maroquinerie, des tapis et mergoums aux motifs typiques, des bijoux ... mais aussi des informations sur les maisons d'hôtes troglodytes de la région : Ksar Jouamaa et Ksar el Halouf.

S'agissant d'une opération de commerce équitable, les produits ont pu être valorisés sans investissement et les bénéfices ont été reversés directement aux producteurs et artisans.

Le 29 mars, un dîner traditionnel de Beni Khedache a été concocté par Jamel Lassaad, le Chef de cuisine de l'hôtel Golden Tulip El Mechtel : mloukhia au chameau, couscous, agneau à la gargoulette. Clients de l'hôtel et organisateurs ont pu savourer les délices de la région.

Lepetitjournal.com : Parlez-nous de votre parcours 

Zied Ahmed : Je suis originaire du Kef, Après des études d'ingénieur à l'INAT (Institut National Agronomique de Tunis) j'ai fait un master en Gestion Agricole et Environnement en France. J'ai tout d'abord intégré le CIRAD (Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement) au Brésil, puis l'IAM de Montpellier.

Je suis depuis plus d'un an détaché à Médenine, et coordinateur des projets  de l'IAMM en Tunisie.

Quel est votre rôle exact ?

Je pilote deux projets de développement agricole et rural qui s'intégrent dans le cadre de la coopération décentralisée entre le Conseil Général de l'Hérault et le Gouvernorat de Médenine et qui sont :

. Création d'une plateforme d'exportation des produits précoces

. Amélioration des revenus des producteurs du sud tunisien

Comment est-ce organisé ?

Dans une première phase, on a diagnostiqué le territoire afin de comprendre et de chiffrer le potentiel agricole de la région. On a trouvé par exemple que :

-    le gouvernorat de Médenine pourra produire du Bio vu que les producteurs locaux n'utilisent pas beaucoup de produits chimiques.

-    Une bonne production de raisins de table précoces

-    Une production de pêches (le fruit) précoces

-    La région de Zarzis est dotée d'un potentiel de production oléicole énorme

-    La délégation de Béni Kédache est un terroir contenant différents produits exceptionnels

Ensuite, on a essayé de chercher des marchés (participation aux salons, aux foires, publicités,?) nationaux et/ou internationaux, pour les produits qui existent dans le gouvernorat.

Une fois les marchés ciblés, on accompagne les producteurs techniquement pour répondre aux cahiers des charges des importateurs. Après, on essaye d'améliorer l'image de marque de ces produits en travaillant l'emballage et les étiquettes.

Pour réussir ce travail, on a organisé deux séminaires où producteurs, institutions techniques,

financières et administratives locales et nationales étaient présentes. Les discussions qui ont eu lieu nous ont permis d'identifier des groupes de producteurs qui sont intéressés et avec lesquels on travaille aujourd'hui.

Ces groupes de producteurs ont constitués des Sociétés Mutuelles de Services Agricoles (SMSA) qui seront présentées ultérieurement dans cet article.

Nous avons mis au point un agenda de collaboration très pointu et faisons appel à des compétences tunisiennes telles que :

. CRDA de Médenine (Commissariat Régional de Développement Agricole)

. URAP de Médenine (Union Régional pour l'Agriculture et la Pêche)

. INAT (Institut National Agronomique de Tunis)

. AVFA (agence de vulgarisation de la formation agricole)

. APIA (agence de promotion des investissements agricoles)

. OEP (office de l'élevage et des pâturages),

. DGFIOP (direction Générale du Financement Investissements et Organismes Professionnels)

. DGAB (direction générale de l'agriculture biologique)

. GIFRUIT (groupement interprofessionnel des fruits)

. GIL (groupement inter-professionnel des légumes)

. ONH (office national de l'huile)

. IO (institut de l'olivier)

. CTAB (centre technique de l'agriculture biologique)

 

Quels sont les produits concernés ?

La pêche qui sera exportée cette année à Perpignan, ainsi que le raisin de table pour Marseille.

Concernant la valorisation des produits du terroir, nous étudions actuellement les possibilités depuis l'amélioration de la production et de la transformation des olives et figues séchées, jusqu'à leur packaging et les moyens de distribution.

Nous avons déjà packagé 3 types de miel (miel de thym, d'eucalyptus et toutes fleurs) de la

région de Béni Kédache. Nous travaillons sur la certification BIO de ce miel sur le moyen terme.

Nous allons créer un atelier composé de 3 à 4 machines pour la mise en bouteille de l'huile d'olives des montagnes à Béni Kédache.

Nous mettons au point également des outils de communication informatifs grand public sur les qualités et l'origine de ces produits (film documentaire, photos, blog, sites internet).

Pour l'huile d'olive de Zarzis nous avons essayé avec quelques producteurs d'améliorer les techniques de production afin d'obtenir une huile moins acide, et qui fera l'objet de deux marques distinctes : BIO et conventionnelle.

Pour finir, 6 producteurs certifiés BIO en culture maraîchère commenceront à distribuer leurs produits à Carrefour vers le début de l'été.

 

Comment sont organisées les sociétés mutuelles ?

A ce jour, trois SMSA ont été créées :

La SMSA Al Rouki à Médenine qui produit exclusivement du raisin de table précoces destiné à l'export et au marché tunisien

La SMSA Al Najah à Béni Kédache qui s'intéresse à l'élevage caprin et ovin, ainsi qu'à l'apiculture.

La SMSA Al Intilaka à Zarzis qui travaillera d'une part sur l'élevage et sur la filière huile d'olive.

 

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Les difficultés sont nombreuses, mais on peut les résumer en deux principales :

. La fidélisation des clients nationaux et internationaux

. Le manque de formation des agriculteurs.

 

Quels sont vos défis pour les contrer ?

Le premier grand défi techniquement parlant est de faire un calendrier de culture maraîchère qui puisse satisfaire le client (Carrefour dans ce cas) toute l'année, bien échelonné et varié sur le bio, afin de le fidéliser.

Le deuxième défi est de produire des fruits de qualité correspondant au cahier technique de l'importateur.

Nous avons fait un travail énorme sur le calibrage, la couleur, avec un programme de fertilisation et d'irrigation différents, grâce à des installations techniques nouvelles, une station météo, des sondes de détection de front d'humectation.

Sur ce deuxième défi, la formation est primordiale.

Un exemple ?

Dans le sud, les doses d'irrigation sont toujours dépassées, les agriculteurs croyant bien faire en irriguant toujours plus pour contrer le climat chaud et sec.

Ces plantations nécessitent un contrôle très pointu pour des raisons économiques bien sûr, mais surtout pour éviter le pourrissement de la plante et le draInage des engrais au delà les racines. Il faut donner à la plante la dose juste dont elle a besoin.

Le troisième défi réside dans le packaging et le marketing. Désormais chaque coopérative exporte en son propre nom et peut le faire circuler sur le marché européen et tunisien.

Concernant les produits plus onéreux et transformés, nous allons confier à des spécialistes de la communication et de l'image, la création de marques et de packaging par produit, destinées à un public ciblé.

Il s'agit là de redonner leurs lettres de noblesse à des produits riches et ancestraux, en leur offrant la meilleure image possible, ce qui permettra également de les vendre au meilleur prix, et d'assurer aux producteurs un revenu pérenne.


Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) jeudi 4 avril 2013

 

logofbtunisie
Publié le 3 avril 2013, mis à jour le 4 avril 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos