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INTERVIEW - La dernière folie de Patrick Sebag

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 10/09/2012 à 00:00 | Mis à jour le 10/09/2012 à 06:39

Patrick Sebag est un homme d'affaires tunisien, PDG du Groupe Sebag Sella. Il entreprend cette année la construction d'un complexe hôtelier à Gammarth, le "Touring Club",  sur un concept novateur pour la Tunisie, résolument festif

 

 

 

Lepetitjournal.com : Vous entreprenez la rénovation totale du complexe "Henry Club" à Gammarth. Quel en sera le nouveau concept ?

Patrick Sebag : Ce sera tout d'abord un hôtel composé de 45 suites (qui remplaceront les 200 bungalows), basé essentiellement sur la fête. Ibiza m'a beaucoup inspiré pour proposer cet endroit novateur qui manquait en Tunisie.

Le complexe comportera 3 restaurants lounge, 2 restaurants et un bar de plage, 2 bars à thème, 2 discothèques dont une en plein air face à la mer et de très grande capacité, et un casino.


C'est un endroit qui sera réservé à l'élite ?

Justement non, j'ai prévu un filtrage normal à l'entrée, comme pour n'importe quel endroit festif. A l'intérieur la sélection pourra se faire naturellement par les clients eux-mêmes en fonction de leurs goûts, de leur envie du moment et de leurs moyens. Nous proposerons au premier niveau, l'hôtel et ses suites dont certaines avec piscine privative, le spa, la grande piscine. On y trouvera également une discothèque et  un bar underground indépendant dont le concept sera une rame de métro parisien. Il  recevra également des expositions temporaires.

Les établissements du deuxième niveau sont tous face à la mer : côté piscine,  un restaurant de tapas et une pizzeria, ainsi qu'un bar de plage.

Nous avons prévu un bar à vin et champagne interdit au moins de 40 ans, où l'on pourra déguster des assiettes de charcuterie et de fromages, en écoutant de la musique des 60 / 90.

Le grand restaurant lounge central sera géré par une équipe de Saint Tropez, dont le chef cuisinier de "La Voile Rouge".

Un deuxième restaurant, très sélect et branché, sera dirigé par l'ancien gérant du "Noga Hilton" de Cannes.

La discothèque à ciel ouvert sera ouverte à tous, avec des carrés VIP. Pour finir, un autre bar à tapas, pour une clientèle plus "baba cool" sera géré par l'ancienne équipe des "Jasmins".


Pourquoi investir en Tunisie en pleine transition ?

Je suis persuadé qu'il y a énormément d'opportunités en Tunisie. Le pays ne pourra pas survivre sans le tourisme, et les Tunisiens sont des bons vivants qui aiment la fête sous toutes ses formes. D'ailleurs, le personnel du secteur du tourisme a fait un gros effort depuis la révolution pour le maintenir.


Les rumeurs d'islamisation de la Tunisie et de la désertion des touristes ne vous freinent pas ?


Je suis leader dans le commerce de la viande porc et d'alcool en Tunisie, et de plus je suis juif. Je devrais être le premier à hésiter si cette situation présentait un vrai danger. Or, je peux vous assurer que le tourisme a complètement repris et je me base pour cela sur les commandes passées par les hôtels, qui n'ont pas baissé. La vente d'alcool a d'ailleurs augmenté de 30% en un an.


Il ne subsiste pas un risque si la transition démocratique restait cahotique ?


J'aime ce qui est risqué. Nous avons en Tunisie un jeu populaire "Noufi" équivalent du black jack : soit on fait "Noufi" (gagner le jack pot), soit on perd.

De plus, j'ai toutes mes activités ici, je n'ai pas envie de tout recommencer à zéro ailleurs, donc si je devais le faire ce sera uniquement quand je n'aurais plus le choix, aujourd'hui non : j'ai le choix d'investir et d'entreprendre, et mes associés anglais et hollandais ont dit oui à ce projet sans hésiter.


Vous avez toujours travaillé dans ce milieu ?

Oui, j'ai commencé à travailler très jeune dans le monde de la nuit. J'étais l'un des premiers en Tunisie à proposer des soirées à thème, particulièrement pour "la Baraka", et qui ont rencontré un énorme succès.

Je suis ensuite parti à Paris et je suis devenu Directeur artistique du "Palace", pendant la grande époque de Régine. J'y suis resté 5 ans.

Puis je me suis lancé dans l'organisation de concerts et j'ai créé le concept "Dance Machine Rave", que j'ai ensuite revendu à M6, qui l'a lui même revendu à Bercy ! Il s'agissait de regrouper des plateaux d'artistes dans un même concert, au moment de la période "Dance".

Fort de ce succès, j'ai voulu alors tenter ma chance aux Etats Unis pour proposer le même concept en surfant sur la "vague Latino". Très vite, j'ai été contacté par les responsables du "Miami American Arena Stadium", pour l'organisation  du concert de l'inauguration.

Malheureusement, mes concurrents ont cherché comment me déstabiliser et ils ont trouvé : ils ont dénoncé ma situation illégale, je n'avais pas encore obtenu de carte de résident ...


C'est pour cette raison que vous avez abandonné le "rêve américain" ?

Je n'avais pas du tout l'intention d'abandonner ! je n'avais alors qu'une solution pour ne pas perdre ce marché : rentrer en Tunisie  et trouver 40 000 USD pour payer un avocat et faire les documents nécessaires pour obtenir mon permis de séjour. Je ne pensais pas rester.

J'ai donc cherché le moyen de gagner de l'argent rapidement et cherché un établissement à louer pour lancer un restaurant ou un lounge. Je n'ai rien trouvé d'intéressant, j'ai alors décidé d'ouvrir un bar dans le jardin de mes parents à la Goulette en 2000 : "Les Jasmins".

Mon idée était un endroit où tout le monde peut venir s'amuser, où les classes sociales, les hommes et les femmes se mélangent et discutent, boivent un verre ou dansent sans tenir compte des barrières sociales. Il n'y avait pas de possibilité d'avoir une bouteille aux Jasmins, pour préserver ce sentiment d'égalité. L'endroit et le concept ont énormément plu et "Les Jasmins" ne désemplissaient pas. Nous avions des ministres, des fonctionnaires, des filles de diplomates, des employés qui se côtoyaient le plus naturellement possible, le temps d'une soirée.


Finalement, vous aviez réussi en Tunisie ?


J'ai failli ! Au moment où mon affaire fonctionnait à plein régime , un membre du "clan Ben Ali" a voulu devenir associé. J'ai refusé et j'ai donc commencé à subir contrôles et intimidations. Avant que cela ne me mène à la faillite, j'ai préféré fermé l'établissement.

Heureusement, je n'étais pas très sûr que "Les Jasmins" perdurent. En effet, connaissant bien le monde de la nuit, je sais que les endroits les plus réputés peuvent souffrir des phénomènes de mode. J'avais donc commencé à investir dans d'autres branches, au fur et à mesure que je gagnais de l'argent.


C'est comme cela qu'est né votre groupe ?


Tout à fait. Aujourd'hui le Groupe compte 9 sociétés et emploie 200 personnes, dans divers secteurs : nous sommes leaders en importation de spiritueux et produits surgelés,  leaders du commerce de la viande de porc, nous importons entre autres des produits d'alimentation  pour bébé, et fabriquons les cosmétiques Shada en Tunisie.

Nous avons commencé dernièrement l'importation de fromages français et italiens qui manquaient tant aux amateurs. Nous proposons déjà une gamme complète à des prix proches ou en dessous des produits tunisiens, alors que c'était un luxe il n'y a pas si longtemps ...

 

Pour finir, quand votre "dernière folie" ouvrira-t-elle ses portes ?

Une partie du complexe ouvrira en fin d'année, et la totalité l'été prochain.


Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) lundi 10 septembre 2012

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