

Nous avons rencontré Bertrand de la Forest Divonne, Directeur d'UBIFRANCE Tunisie depuis septembre 2013. Rappelons qu'UBIFRANCE est l'Agence française pour le développement international des entreprises, qu'elle est placée sous la tutelle du ministre de l'Economie et des Finances, du ministre du commerce extérieur, et de la Direction générale du Trésor
UBIFRANCE Tunisie fait partie d'un réseau mondial composé de 80 bureaux situé dans 60 pays, et dont l'activité est dédiée à l'accompagnement de PME et ETI (entreprises de taille intermédiaires) à l'export. Chaque année, ce sont ainsi entre 15 000 et 20 000 entreprises qui bénéficient des services de l'agence. Celle-ci est certifiée ISO 9001 pour le service aux entreprises, depuis 2002.
La Mission Economique UBIFRANCE de Tunis est un service de l'ambassade de France en Tunisie et entretient d'étroites relations avec les entreprises tunisiennes actives sur l'ensemble du territoire, et de manière générale avec l'ensemble des acteurs économiques du pays.
L'équipe d'Ubifrance TUNIS est composée d'une douzaine d'experts qui interviennent dans quatre filières et domaines d'activités : MHS (Bien-être, Consommation, Mode, Habitat, Santé), ITI (Infrastructures, Transports, Industrie), AGROTECH (Produits et Technologies Agroalimentaires) et NTIS (Nouvelles technologies, Innovation, Services).
Plusieurs missions sont confiées à ces experts :
- détecter les secteurs les plus « porteurs », en informer les entreprises françaises, et contribuer ainsi à la création de partenariats entre entreprises des deux pays
- organiser des missions de prospection pour les entreprises françaises à la recherche d'importateurs, de distributeurs, de clients ou de partenaires. L'appui aux entreprises peut se faire dans la durée, afin de pérenniser le succès de la démarche de prospection.
- organiser des événements de promotion (pavillons français sur salons professionnels, rencontres acheteurs, rencontres B to B)
- répondre aux entreprises tunisiennes à la recherche de produits et de technologies français
Quel a été votre parcours avant de prendre la direction d'UBIFRANCE Tunisie ?
J'ai été en poste à Alger durant deux ans (2008 et 2010), période durant laquelle je me suis occupé de la mise en place du bureau Ubifrance, devenu opérationnel en septembre 2009. J'ai ensuite assuré pendant deux ans les fonctions de Directeur Interrégional d'UBIFRANCE pour le Sud-Ouest de la France (Poitou Charentes, Aquitaine, Midi Pyrénées et Limousin). Enfin, j'ai été l'année dernière chargé de mener des missions d'audit au sein du réseau UBIFRANCE.
Dans un passé plus lointain, j'ai occupé des fonctions en Arabie saoudite, au Vietnam, en Egypte, en Suisse et en Islande. J'ai également été en poste en France au début des années 2000, au sein de l'ex Direction Régionale du Commerce Extérieur d'Ile-de-France, et en Préfecture de région d'Ile de France.
Vous avez participé à la mise en place du bureau UBIFRANCE d'Alger. Comment est née cette séparation des services de l'ex « mission économique » ?
Cette réforme est issue d'une réflexion qui visait à identifier les moyens les plus probants pour qu'un service public puisse aider de la manière la plus efficace possible les PME françaises
Les pouvoirs publics ont estimé, dans le cadre de la Réforme Générale des Politiques Publiques menées il y a quelques années, que la mise en place d'équipes totalement dédiées à l'appui aux petites et moyennes entreprises était la bonne solution pour que ces entreprises puissent se développer à l'international. En effet, le nombre de PME exportatrices en France était alors inférieur à 100 000, contre quelques 120 000 entreprises quelques années auparavant.
C'est ainsi que sont nées les « Missions Economique-UBIFRANCE » qui aujourd'hui s'occupent d'appui aux PME, et travaillent en liaison étroite avec leurs collègues de Paris et de Marseille et avec ceux basés en « région ».
Le processus de « dévolution », qui a consisté à scinder l'ex Mission économique en deux entités distinctes, le Service économique conservant les fonctions dite « régaliennes » et l'appui aux grands groupes, s'est déroulé de 2009 jusqu'à 2012, avec succès. Nous restons évidemment parfaitement complémentaires avec le Service économique.
Comment vous coordonnez vous avec les autres entités chargées de l'appui aux exportateurs, notamment en France ?
Nous entretenons en France des liens étroits avec les entités territoriales qui viennent en appui à leurs ressortissants locaux. Et notamment grâce à notre organisation en région, qui s'articule autour de l'action de délégués régionaux pilotés par des Directeurs interrégionaux. Nous travaillons également avec les Conseils régionaux, le réseau des Chambres de Commerce et d'industrie, en France, mais aussi à l'étranger, et avec l'ensemble des acteurs actifs à l'international sur le territoire français et à l'étranger. Nous avon noué des partenariats privilégiés avec la plupart d'entre eux ;
Nous disposons également aujourd'hui désormais d'un réseau de CAI : Chargés d'Affaires Internationaux déployés au sein de la nouvelle Banque publique pour l'Investissement. Ces collaborateurs d'UBIFRANCE sont pour nous de précieux relais car, installés au sein de la BPI, ils proposent à des entreprises aguerries à l'export des solutions de prospection ou d''implantation à l'étranger, en étroites concertation avec les experts notre réseau.
La COFACE est également présente à nos côtés. Elle propose ses produits de garanties à l'export, en complément de la palette de solutions financières proposée par UBIFRANCE.
Aujourd'hui, la palette de produits d'accompagnements proposée « Bpifranceexport » doit permettre à l'exportateur de se doter des moyens nécessaires à la bonne mise en ?uvre de son projet. J'ajouterai enfin que le métier historique d'appui à l'innovation exercé par OSEO devenu partie prenante de la BPI est un « plus » apporté à tout explorateur. Nous savons que pas ou peu d'export n'est possible sans innovation.
De manière générale, l'objectif visé par tous les acteurs français, et qui n'est pas un simple affichage, est de faciliter la démarche de l'entrepreneur qui cherche des relais de croissance à l'étranger. Nous ?uvrons donc aux côtés d'acteurs, de type « PRAMEX », dont les activités sont souvent très complémentaires aux nôtres. Toute concurrence entre organismes chargés d'aider les PME dans leur démarche d'internationalisation serait stérile et contreproductive.
Quelles sont les priorités géographiques d'Ubifrance ?
L'activité d'Ubifrance s'exerce dans des pays où nous savons que notre présence est considérée comme très utile, pour ne pas dire essentielle, et où les entreprises ont besoin de notre appui et de notre expertise.
C'est ainsi que nous venons d'ouvrir un bureau au Kenya et en Angola. Au total, le réseau de bureaux couvre un ensemble de pays qui absorbent plus de 95 % des exportations françaises
Quels sont les atouts principaux pour réussir sa prospection à l'étranger ?
Deux critères sont indispensables pour qu'une entreprise réussisse à l'export : innover et persévérer dans son action, donc travailler dans la durée. Un patron de PME est soumis à une contrainte temporelle très forte, ses fonctions sont multiples et variées, et son rôle ne se limite pas à celui du PDG. L'export demande du temps, et des moyens. D'où la nécessité de guider ces responsables d'entreprises dans leurs démarches, et d'assurer pour eux, si ils le souhaitent, un relais à travers des actions de type "suivi de contacts".
Quels changements majeurs vont être engagés sous votre direction ?
Le bureau Ubifrance de Tunis fonctionne déjà de manière très efficace. Dans un contexte complexe que connait la Tunisie d'aujourd'hui, nous allons poursuivre notre action d'accompagnement d'entreprises qui souhaitent développer leurs actions sur ce marché de proximité, où la langue nous est commune et où il est possible de nouer de véritables partenariats « gagnant-gagnant », en sortant du commerce courant classique.
Certaines filières doivent être explorées, car elles sont prometteuses. Je pense notamment à celle du numérique pour laquelle un accord a été signé lors de la visite présidentielle de juillet 2013. L' "Alliance Numérique Franco Tunisienne" existe et elle prévoit la mise en place d'une cinquantaine de partenariats. Nous sortons de la logique de délocalisation pour aller vers celle de « colocalisation ». D'ores et déjà, les partenaires qui travaillent « main dans la main » sur les marchés français et tunisiens, en y créant de l'emploi, souhaitent prospecter ensemble des pays « tiers », situés en Afrique francophone, ou encore au Proche et Moyen orient. Sans oublier la Libye, débouché naturel pour bon nombre d'entreprises tunisiennes, et qui intéresse aussi de nombreuses entreprises françaises.
D'autres secteurs doivent être exploités, que ce soit dans le domaine de la santé, de la formation, du tourisme, de l'agro-industrie. Aucune activité n'est à écarter et nous devons être à l'écoute de toutes les entreprises, en demeurant très attentif aux évolutions des créneaux porteurs afin de se fixer, chaque année, des priorités dont découlerons des actions d'appuis efficaces, durables, et qui seront mises en ?uvre sous une forme individuelle ou collective.
Au moment où le nouveau code des investissements est en voie de promulgation, il est difficile d'être très précis sur ce sujet si important qu'est l'investissement direct étranger. Mes collègues du Service économique régional, qui suivent très attentivement ce dossier, constatent que si certaines entreprises partent, pour des raisons diverses et variées, d'autres arrivent, faisant le choix de la Tunisie qui offrent des conditions d'implantation favorable, et une main d'?uvre qualifiée.
Comment travaillez-vous avec la CTFCI ?
Nous sommes plus complémentaires que concurrents. La CTFCI exerce, entre autres, une activité de formateurs, ce qui n'est pas notre cas. Nous discutons chaque année de notre programme d'actions prévisionnel, afin d'éviter les « doublons sectoriels », et de ne pas travailler au même moment sur la même problématique. Nous sommes logiquement, et depuis longtemps, des partenaires qui s'entendent très bien, et qui se comprennent grâce à un dialogue régulier.
Sur quelles actions portera la programmation d'Ubifrance Tunis en 2014 ?
Toutes filières confondues, nous allons organiser une dizaine d'opération de types « rencontres acheteurs », « missions découvertes ». Nous allons notamment nous intéresser au secteur de la logistique et des équipements portuaires, à celui de la santé, au machinisme agricole, au secteur de l'habitat, aux énergies renouvelables, poursuivre notre action dans le domaine du numérique, etc?. Par ailleurs, les accompagnements d'entreprises sous la forme de programme de prospection individuel ont vocation à se développer, à travers des accompagnements de plus en plus personnalisés.
Je précise enfin que plusieurs actions seront menées conjointement avec nos collègues d'Ubifrance à Tripoli, puisque c'est logiquement que nous fonctionnons en mode « zone », les intérêts des entreprises pour ces deux marchés étant non négligeables. De nombreuses entreprises ont besoin de nos services sur ces marchés complémentaires mais pas toujours simples à prospecter. Nous sommes à leur disposition pour les y aider.
Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis) mercredi 18 décembre 2013













